[Chronique] Take Us Home, A Leeds United Tale

Les géants du streaming tels Netflix ou Amazon Prime Video proposent continuellement nombre de séries documentaires sur le sport, et notamment le football. On peut se questionner sur cette arrivée massive de contenu dédié à un événement, une équipe, une compétition, tant ce phénomène a connu une existence puis une expansion rapides. Le sport contient tous les ingrédients que recherchent ces plateformes pour attirer du public. La dernière saison de Leeds United est un condensé fantastique de ce que peut offrir le sport en termes de dramaturgie, d’émotions, d’aventure.

Il était une fois un club au passé glorieux, qui a tutoyé les plus hauts sommets nationaux et européens, touché par une « malédiction » qui l’oblige à toiser ses plus grands rivaux depuis les bas-fonds, pendant que ceux-ci continuent à se battre pour la gloire. Il ne reste que l’inextinguible passion de ses fidèles, qui continuent à préserver de l’oubli cette princesse endormie, par-delà les frustrations et les défaites, dans l’espoir qu’un jour, finalement, quelqu’un l’extirpe de ce si long sommeil. L’histoire de Leeds United est un conte, de ceux que les fans que l’on suit six épisodes durant pourront raconter à leurs enfants et petits-enfants. Et comme dans chaque conte, un personnage prophétique doit accepter, envers et contre tout, d’affronter un ennemi qui paraît trop grand et d’offrir la lumière quand tout n’est qu’ombre. Marcelo Bielsa est un homme de défis; redonner sa fierté au peuple blanc et jaune n’en est pas le moindre. Et, comme toujours avec l’homme de Rosario, l’histoire s’écrira avec passion et excès, ou ne s’écrira pas.

Le stade d’Elland Road constitue l’hétérotopie parfaite, conceptualisée par Michel Foucault comme étant un lieu d’utopie dans nos sociétés actuelles, à part, dans lequel les règles de la société classique ne s’appliquent pas de la même manière, voire s’inversent. Tout au long du documentaire, ce stade, point de convergence de tous les personnages qui s’emploient à faire revivre le club ou viennent manifester leur appartenance, va permettre l’existence de miracles, de ces événements auxquels plus personne n’osait croire. Autour de ces miracles, nous spectateurs suivons les dirigeants, les joueurs, les supporters pris dans la sidération de voir renaître devant eux leur fierté abandonnée. Certainement que beaucoup de ceux ou celles qui verront cette série documentaire sauront par avance comment s’achève ce conte. Mais ce qui importe n’est pas tant l’aboutissement mais le chemin effectué, la renaissance pas à pas, effort par effort, et la communion d’un peuple autour d’une idée. 

En regardant Take Us Home, ce qui pousse les plateformes de streaming à produire ce genre de séries devient évident. Le sport est l’un des seuls espaces d’expression qui rend possible et acceptable l’invraisemblable. Il y a des scénarios incroyables qu’on aurait jugés trop gros, des personnages, plus obsédés par Leeds que par leurs enfants qui auraient paru irréalistes si tout cela avait été une fiction. Plusieurs fois on nous répète que rien n’est facile quand on s’appelle Leeds United. Et c’est en cela que l’on partage cette sidération de voir un fou, Marcelo Bielsa, poussé par toute une ville, changer une culture, une institution par la force de son travail et de sa volonté. Atteindre l’Olympe, puis échouer à sa porte.

L’objectif final n’a pas été atteint, Leeds United continuera encore au moins une saison à regarder ses rivaux avec envie, d’en bas. Mais il est certain que Marcelo a su réveiller la princesse, et qu’il est désormais prêt à écrire la suite de cette histoire à dormir debout. Marching on together.

Photo crédits : MI News / NurPhoto