[Opinion] Alcool dans les stades : et pourquoi ne pas l’autoriser ?

Précisons d’abord que lorsque l’on parlera dans cet article d' »alcool », c’est bien de bière et de boissons faiblement alcoolisées (moins de 7% d’alcool) dont il sera question. De même, rappelons que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé et qu’il faut en consommer avec modération.

En 1991, la loi Evin a interdit la vente d’alcool dans les stades de football. Les associations sportives peuvent quant à elles profiter de dérogations afin de pouvoir s’autoriser ce droit. Récemment, une soixante-dizaine de députés du parti présidentiel La République en Marche ont proposé de rendre cette dérogation possiblement applicable aux équipes de football professionnelles. Que l’on soit politiquement opposé ou pas à ce parti, il apparaît qu’autoriser la vente et la consommation d’alcool dans les stades de foot ne soit pas une si mauvaise chose.

Juridiquement, une proposition qui permet le retour en arrière tout en normalisant une situation

Comme énoncé dans l’introduction, l’idée de ces parlementaires n’est pas de revenir sur l’amendement de la loi Evin qui interdit la vente et la consommation d’alcool, mais bien d’élargir les dérogations à cet amendement. Ainsi, comme toute dérogation, elle peut-être annulée. Dès lors, en cas de débordement justifié de manière avérée par une consommation d’alcool excessive, cette entorse faite à la règle peut être totalement remise en cause. En plus de responsabiliser les consommateurs qui ne voudront a priori pas perdre ce droit, cela fera également prendre conscience qu’une vente excessive d’alcool aux acheteurs une fois dans le stade permet de générer des bénéfices à court terme, mais pas sur du plus long terme en cas d’annulation de la dérogation. Cette décision, si bien sûr elle entre en vigueur, ne sera donc pas définitive.

Cela permettrait aussi de normaliser une situation existante. En effet, il n’est pas rare de voir un nombre de supporters important consommer de l’alcool, soit dans des bars, soit de manière individuelle avant les matchs. A tel point que certains entrent ivres dans le stade ou en amenant des boissons alcoolisées à l’intérieur de celui-ci. Permettre de vendre de l’alcool dans les stades permettrait donc de réguler cette situation et, grâce au système de simple dérogation, d’éviter le plus possible toute dérive éventuelle.

De même, ne vaut-il pas mieux que le public qui assiste au match boive, pour la même quantité de boisson, un spiritueux tel que la vodka qui est assez aisé à faire entrer dans un stade en raison de sa couleur ou de la bière ? L’arbitrage est effectué de manière rapide : la bière, bien moins alcoolisée, est beaucoup moins dangereuse pour la santé, non seulement du buveur, mais également des personnes autour de celui-ci. Agrandir le champ de la dérogation à la loi Evin permettrait donc un contrôle encore plus efficace sur les personnes consommant de l’alcool et assistant à des matchs de ballon rond.

Une question d’égalité externe mais aussi interne

La première inégalité qui existe avec la situation actuelle concerne la discrimination du football par rapport à d’autres événements culturels, sportifs, artistiques. Dans d’autres sports et notamment au rugby, la vente et la consommation d’alcool sont autorisées et les débordements sont rares, il semblerait même que cela ajoute parfois un côté folklorique à la grande fête qu’est le sport. Idem pour les festivals de musique, certains concerts, bref, tous les événements marqués par la notion de « spectacle ». Cette volonté de marquer ce type d’événements par le sceau du spectacle, de l’entertainment pousse finalement presque mécaniquement à la consommation de produits alcoolisés puisque c’est de moins en moins le jeu qui prime que l’animation en elle-même. Cette « états-unisation » du sport débouche naturellement sur cela.

L’inégalité interne a trait au fait que l’alcool est en réalité déjà autorisé dans les stades. Mais pas partout dans les stades. En effet, comme cela est connu, le champagne et autres alcools forts coulent à flots en loges. Et qui peut se permettre d’assister aux matchs depuis ces tribunes ? Les plus fortunés (l’on ne prend ici pas en compte les salariés d’entreprises partenaires des clubs qui ne représentent qu’une minorité du public des loges). L’on a alors une configuration dans laquelle les plus modestes n’ont pas droit de consommer des boissons faiblement alcoolisées là où les plus aisés peuvent se le permettre, en plus de consommer des spiritueux.

Dans un sport tel que le football, qui prône une certaine égalité entre tous, qui se veut même parfois gage d’ascenseur social, est-il normal que ce genre d’inégalités entre plus riches et plus pauvres subsistent encore ? Alors, certes, les stades de football se gentrifient de plus en plus en raison de la hausse grandissante généralisée des prix des billets. Il n’en demeure pas moins que celui-ci reste un sport populaire qu’il faut préserver au maximum des logiques libérales.

Cette idée émanant de ce groupe de députés s’apparente toutefois plus à une sorte de coup d’épée dans l’eau qu’à quelque chose de véritablement concret. La Ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est rapidement montée au créneau en affirmant que « l’alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays ». Néanmoins, l’on en revient à l’argument de l’égalité : si l’alcool est un fléau si important, pourquoi ne pas l’interdire au maximum ? Les contradictions en raison du fameux « lobby des pinardiers » (comme on l’appelait dans les années 1970-1980) ont la peau dure et l’auront encore visiblement pendant un sacré bout de temps…

Crédit photo : ODD ANDERSEN / AFP

4-4-2 losange et presunto comme exutoires.