Graham Potter et Brighton, le jeu avant tout ?

Le 13 mai 2019, Chris Hughton est remercié par Brighton, malgré le maintien acquis en Premier League. Une décision qui fait beaucoup parler Outre-Manche, puisque le technicien Irlandais a atteint l’objectif initial, à savoir ne pas descendre à l’échelon inférieur. Ce dernier est remplacé par Graham Potter en provenance de Swansea, pensionnaire de Championship. Un choix qui s’explique en grande partie par le manque de football offensif pratiqué par les Seagulls sous la houlette de Chris Hughton. Graham Potter a le vent en poupe. Il représente l’archétype du jeune entraîneur capable d’exploits retentissants et désireux de pratiquer un football alléchant porté vers l’offensive. En remplaçant un homme qui a marqué le club et sauvé les siens en Premier League par un entraîneur plein de fraîcheur et de dynamisme, Brighton prend-il la meilleure décision ?

Chris Hughton, l’homme qui a redoré le blason de Brighton

Le technicien irlandais pose ses valises dans le sud de l’Angleterre en décembre 2014. Comme dans un film sur Brian Clough et Peter Taylor ralliant Derby County, ou une partie Football Manager prise en cours, il retrouve une équipe aux abonnés absent, engluée dans les fins fonds du classement, à une piètre et peu reluisante 21ème place. En l’espace de seulement deux saisons, il réussit l’exploit de faire remonter le club en Premier League. Une performance de haute volée puisqu’il doit composer avec un budget dérisoire. Une prouesse qui ravit les fans de Brighton, qui n’avaient plus connu les ambiances de Premier League depuis près de 34 ans.

Une saveur particulière, qu’il réussit à maintenir deux saisons consécutives. Mais avec un coach adepte d’un jeu plutôt à tendance défensive, les hommes de Chris Hughton proposent un jeu relativement ennuyeux, sans prise de risques, et marquent peu de buts. En effet, les Seagulls font peu trembler les filets, en atteste leur 16ème place au classement des équipes les plus prolifiques du championnat au cours des deux derniers exercices. Seul le résultat importe dans le système Houghton, et les conséquences d’un tel schéma de pensée montrent des limites au cours du dernier exercice.

Après une première partie de saison particulièrement réussie, qui voit Brighton flirter avec la première partie de tableau, les coéquipiers de Glen Murray connaissent une seconde partie nettement plus compliquée, en témoignent les 7 points pris sur les 10 derniers matchs de championnat. Avec du jeu direct, peu de possession et de football plaisir, les résultats ne suivent plus, et Brighton se sauve in extremis, en concluant la saison à une 17ème place. Malgré le sentiment du devoir accompli, Chris Hughton ne fait plus l’unanimité, et est limogé après l’ultime rencontre de la saison qui voit les Cityzens de Pep Guardiola remporter de nouveau la Premier League.

En limogeant un homme qui a redonné de l’allant à tout un club, il faut trancher dans le vif, et nommer un successeur au profil radicalement différent. La part de plaisir et de spectacle dans le foot est une donnée non négligeable à prendre en compte. Le contraste saisissant entre le soutien indéfectible des fans de Leeds envers Marcelo Bielsa et le limogeage de Tony Pulis à Middlesborough en est la parfaite illustration. Ces deux cylindrées ont joué les premiers rôles en Championship, et manqué l’accession en Premier League. La différence se trouvait principalement dans la faculté à proposer un football plaisant et tourné vers l’attaque. La réaction des supporters exprime parfaitement l’intérêt prépondérant de proposer du jeu aux fans.

Graham Potter : jeune entraîneur en vogue ?

Méconnu du grand public, le jeune entraîneur Graham Potter est un véritable coach en devenir.

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Après avoir disputé plus de 300 matchs professionnels en Angleterre, Graham Potter obtient son premier poste en tant manager du côté d’Ostersund, pensionnaire de 4ème division Suédoise. C’est son premier fait d’armes, puisqu’il métamorphose ce club, qui passe de la 4ème division à l’Europa League en quelques années. Lauréat notamment de la coupe de Suède en 2017, il réalise un exploit retentissant en s’offrant le scalp d’Arsenal à l’Emirates en 16ème d’Europa League lors de l’édition 2017-2018. Une prestation qui marque les esprits : le nom de Graham Potter commence à s’étendre peu à peu dans le vieux continent. Auréolé du titre de meilleur entraîneur en Suède en 2017, il rallie Swansea, alors en Championship, en 2018.

Les ambitions de Swansea sont claires : il s’agit alors de remonter en Premier League. Néanmoins, les Swans ne se donnent pas les moyens de leurs ambitions, et doivent faire face à des difficultés financières conséquentes. Pour obtenir des liquidités précieuses à la bonne santé financière du club, ils se séparent notamment de leur pépite Daniel James, pistée par El Loco, et qui fait les beaux jours de Manchester United contre un chèque avoisinant les 20 millions d’euros. Le prometteur entraîneur doit composer avec pléthores de jeunes joueurs et termine à la 10ème place de Championship.

Malgré des résultats en dent de scie, en partie expliqués par des finances restreintes, les Swans s’imprégnent très rapidement du style instauré par Graham Potter. En effet, Swansea contrôle la majorité des matchs et impose son tempo, puisqu’ils figurent en seconde position au niveau de la possession, et en tête en ce qui concerne la précision des passes et le nombre de passes courtes par match. Des données encourageantes, couplées à des matchs de haut vol, à l’image de la réception de City en quart de finale de FA Cup. Au terme d’un match à rebondissements, les Cityzens l’emportent sur le fil 2-3, après avoir été menés 2-0.

En somme, une première saison mitigée sur le plan comptable mais porteuse d’espoirs en matière de qualité de jeu.

Après avoir reçu une première approche de Brighton pour Potter, Swansea décide de proposer une prolongation de contrat à Graham Potter pour le convaincre de rester au Pays de Galles. Une décision balayée par le principal intéressé, en raison d’une incapacité du club à régler ses problèmes de trésorerie. En effet, les Swans vendront pour près de 40 millions et n’injecteront que la modique somme de 550000 euros pour renforcer les troupes. De ce fait, l’ancien faiseur d’exploits d’Ostersund décide de faire le grand pas, et paraphe un contrat de 4 ans en faveur de Brighton and Hove Albion le 20 mai 2019.

Graham Potter et Brighton, le début d’une ère victorieuse ?

Très démonstratif à son arrivée, il déclare que l’opportunité d’amener Brighton à un autre niveau « était trop belle pour être refusée. »
Diplômé d’un master en leadership et intelligence émotionnelle, cet entraineur dispose de plus d’une corde à son arc, et ce pari pourrait emmener Brighton dans une autre dimension.

« Tout ce que je peux promettre est que je donnerais mon maximum. J’essaierais aussi bien que je peux. Nous voulons que notre équipe soit capable de donner du plaisir aux supporters, ils représentent une part importante de l’industrie du football, on l’oublie souvent. »

Tout d’abord, c’est un amoureux du jeu. Ses équipes pratiquent un football attrayant, animé par l’envie de se projeter vers l’avant. Il met au centre de ses préoccupations le ressenti des supporters. Dans cette lignée, il impose de relancer court, notamment à partir du gardien. Un profond bouleversement avec les instructions imposées par son prédécesseur. Le jeu se veut relativement rapide avec beaucoup de mouvement chez les joueurs, peu de touches de balles pour fluidifier la remontée du ballon, et un pressing intense et groupé. Les Seagulls devront évoluer bien plus haut qu’à l’accoutumée pour récupérer le ballon rapidement afin de lancer dans les meilleures conditions les artilleurs de l’effectif.

Mais ce n’est pas tout : Graham Potter accorde une grande importance à la progression de ses joueurs. C’est un domaine prépondérant pour faire avancer une équipe sur le long terme et bâtir quelque chose de solide. Il a joué un rôle déterminant dans la progression fulgurante de Daniel James.

« Les gens pensent que coacher implique de gagner des matchs, oui bien-sûr, mais tout au long de ma carrière j’ai aussi cherché à aider des personnes à devenir meilleures, qu’elles connaissent plus de succès que ce soit sur ou en dehors du terrain. »

Soucieux de son effectif, Brighton n’a pas hésité à sortir le chéquier en s’attachant les services de Neil Maupay qui a affolé les compteurs en Championship avec 25 buts inscrits sous les couleurs de Brentford. Le choix de rejoindre Brighton est bien évidemment lié au fait de pouvoir se frotter aux grosses écuries anglaises mais le principal intéressé évoque également Graham Potter pour expliquer son choix :

« Les plans du coach ont été la raison qui m’a fait signer à Brighton, La saison dernière, on a joué Swansea trois fois et on a perdu trois fois. Il jouait un très bon football dans lequel je me verrais bien impliqué : j’aime le jeu basé sur la possession de balle et il m’a dit que c’est ce qu’il mettrait place à Brighton. J’ai immédiatement su que ce serait bon pour moi. »

Outre Maupay, Adam Webster et Leandro Tossar sont venus étoffer un effectif qui en avait cruellement besoin. Plus de 70 millions injectés lors du mercato, pour offrir une équipe qui correspond aux attentes de leur nouvel entraineur.

Un investissement conséquent, qui implique des résultats immédiats.
Pour ses premiers pas à la tête des Seagulls, Potter a déjà laissé entrevoir toute l’étendue de son talent, mais aussi ses axes de progression. Après une entrée en matière idyllique en s’offrant une victoire pleine de maitrise à Watford 0-3, ses protégés ont accusé le coup, et ont récolté seulement 1 point en 3 matchs. Pour parachever cette période ô combien compliquée, les Seagulls s’inclinent sur leur pelouse 0-2 face à un concurrent direct pour le maintien, Southampton. Après 4 journées, Brighton est 16ème de Premier League.

Des résultats à nuancer, et des belles promesses dans le jeu

Cependant, le début de saison de Brighton est d’ores-et-déjà extrêmement intéressant. Après n’avoir fait qu’une bouchée des Hornets, avec notamment la première réalisation de Neil Maupay, les Seagulls ont largement dominé West Ham malgré le partage des points. Près de 57% de possession, deux fois plus de tirs que leur adversaire, et une envie de proposer un contenu divertissant pour leurs fans : les Seagulls méritaient sans doute mieux.

Même son de cloche face à Southampton, où l’expulsion de Andone à la demi-heure de jeu est venue contrecarrer les plans du coach. Malgré cette infériorité numérique, Brighton fait jeu égal, et s’incline en seconde mi-temps.

Vient la 4ème journée de Premier League, et un déplacement ô combien périlleux sur la pelouse du double champion en titre, Manchester City. Un terrain imprenable, où les SkyBlues imposent continuellement leur supériorité nationale. Bien que pleinement conscient des qualités multiples de l’ogre Cityzen, Graham Potter maintient ses principes de jeu, et Brighton surprend plus d’un observateur pour sa faculté à mettre City en difficulté. A plusieurs reprises, les coéquipiers de Neil Maupay, passent tout près de tromper Ederson, mais font preuve d’une grande maladresse dans le dernier geste. 4-0, le score est particulièrement sévère au vu de la prestation menée par les protégés de Potter, mais l’essentiel semble ailleurs. Brighton montre une progression flagrante dans le jeu, et peut se montrer ambitieux dans les prochaines semaines. Un constat partagé par Pep Guardiola, extrêmement flatteur à l’égard de Graham Potter et son équipe :

« Des entraineurs comme Graham, c’est bien pour le football. »

« Le football est fantastique quand les deux équipes veulent jouer. Parfois, les équipes défendent 90 minutes ici, mais cette équipe se crée plus d’occasions que les équipes qui défendent uniquement. Ils ont joué pour nous faire mal. »

Plusieurs observateurs associent la vision de jeu de Potter à celle de Guardiola, même si ces derniers ont connu des influences différentes :

« Si vous regardez sa carrière, il a été influencé par Cruyff et a joué à Barcelone. J’ai eu Brian Horton et Macclesfield. C’est un peu différent, sans manquer de respect à Brian Horton. »

A titre de comparaison, cette même rencontre s’était soldée sur un 2-0 en faveur des hommes de Pep Guardiola l’an passé. Néanmoins, les statistiques étaient radicalement différentes. 80% de possession et 28 tirs à 4 pour les coéquipiers de Raheem Sterling.

Ce match symbolise à merveille la capacité de Potter à faire progresser son équipe. Le score est peut-être lourd, mais de nombreuses actions sont à retenir. Relancer propre de l’arrière face au pressing incessant de City est une prise de risque considérable, mais qui pourrait porter ses fruits très bientôt.

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Cette saison est marquée par un véritable vent de fraîcheur au niveau des équipes jugées plus modestes du championnat. Norwich, récent promu, ne cesse d’enchanter les spectateurs du ballon rond par son style attractif, et Brighton ne devrait pas déroger à cette règle. Les écuries anglaises à l’ancienne se font de plus en plus rares, et cèdent de plus en plus de terrain à un modèle qui impose sa suprématie depuis 2017, celui de Pep Guardiola.

Crédit photo : Gareth Fuller / PA Images / Icon Sport

Sinon, c'est si cool que ça d’être champions ?