Coupe de la Ligue : adieu petite sœur

C’était pressenti depuis quelques années, c’est désormais officiel depuis le 18 septembre : la Ligue de football professionnel (LFP) a « décidé de suspendre l’organisation de la Coupe de la Ligue à l’issue de l’édition 2019-2020 », faute d’avoir pu s’entendre avec un diffuseur pour la période 2020-2024. Malgré tout, cet aurevoir officiel sonne comme un adieu officieux au football français. Souvent décriée, elle aura tout de même eu le mérite d’avoir tenu 26 ans. Dommage : à un an près, elle rentrait au panthéon du club des 27, en compagnie d’Amy Winehouse et Jimi Hendrix. Frédéric Thiriez et le PSG sont en deuil.

Une disparition programmée

Tôt ou tard, tout le monde savait que la coupe aux bandes dorées finirait par disparaître : plus personne ne voulait d’elle. Depuis sa naissance en 1994, elle a toujours été déconsidérée, au profit de sa sœur aînée, la vieille dame, plus fédératrice et plus prestigieuse. L’histoire était donc mal partie pour la Coupe de la Ligue. Sur le papier, sa conception partait pourtant d’une bonne idée. A une époque où les coupes européennes ne vampirisaient pas encore le calendrier des clubs professionnels, rajouter une compétition nationale ne paraissait pas comme une idée incongrue. D’autant plus que le format paraissait alléchant. A l’époque, le président de la Ligue de football professionnel (LFP), Noël Le Graët, reprenait les concepts de la League Cup anglaise et d’anciennes coupes françaises non-officielles pour créer la Coupe de la Ligue, dans l’idée de percevoir de nouveaux fonds via les droits TV.

Au-delà de la motivation économique, l’idée est également de rassembler les clubs professionnels sur un seul et même tableau, pour faire une sorte de deuxième championnat en somme. Au folklorisme de la Coupe de France se distinguerait désormais l’élitisme de la Coupe de la Ligue. On ne vibrerait plus devant les exploits des clubs amateurs face aux clubs professionnels, mais plutôt grâce aux affiches alléchantes et au spectacle proposé par les meilleures équipes de France, avec à la clé une finale à Paris comme pour la Coupe de France. Sauf qu’avant même la création de la compétition, celle-ci est déjà contestée par les dirigeants du football français. Il faut dire que la LFP n’y a pas vraiment mis les formes. Elle est mise en place dans la précipitation en novembre 1994, avec un premier match à la clé quelques semaines plus tard. En 1995, le Paris Saint-Germain devient le premier vainqueur de la Coupe de la Ligue face à Bastia au Parc des Princes, ce qui préfigure déjà le seul intérêt aujourd’hui de cette compétition : garnir l’armoire à trophées du PSG.

L’échec de la « Coupe Moustache »

Amoché avant même de venir au monde, le nouveau bébé de la LFP survit tant bien que mal année après année, alors que les critiques ne désemplissent pas. C’en est trop pour Frédéric Thiriez, le nouveau président de la Ligue à partir de 2002. Loin de céder face à l’opposition, Thiriez va tout faire – parfois trop ? – pour entériner la présence de la Coupe de la Ligue au sein du paysage du football français. Sur la forme, Thiriez fait appel à l’artiste franco-argentin Pablo Reinoso pour concevoir le nouveau design et trophée de la compétition, franchement réussis en comparaison aux précédents. Sur le fond, d’autres réformes vont faire polémique en 2006.

LIRE AUSSI – Comment la Coupe de France a permis à des petits clubs de devenir des grands

La Ligue décide que les deux clubs directement qualifiés pour la phase de groupe de Ligue des champions soient exempts des 1/16ème de finale, avec un système de têtes de série lors des tirages au sort, renforçant là encore le caractère élitiste de la compétition. En 2009, au moment de la renégociation des droits TV, ce principe est étendu aux six clubs qualifiés pour les coupes européennes. Autrement dit, les meilleures équipes du championnat n’ont qu’à gagner trois matches pour arriver en finale, alors que les équipes de Ligue 2 et de National doivent en gagner trois de plus pour espérer connaître le même sort. Cela ne suffit pour autant pas à susciter l’intérêt des grands clubs puisque la récompense – une place qualificative pour les barrages de Ligue Europa – peut être obtenue via de bonnes performances en championnat, ce qui est logiquement à leur portée.

Le trophée actuel de la Coupe de la Ligue, conçu par Pablo Reinoso. (source : lfp.fr)

Là est le nœud du problème. D’une part, il est compréhensible que les clubs qualifiés en coupes d’Europe soient exempts de certains matches, étant donné leur calendrier déjà surchargé. D’autre part, cela ne fait que fragiliser la légitimité déjà très faible de la compétition auprès des autres clubs, qui n’hésitent pas à le faire savoir en alignant le plus souvent une équipe B. Les affiches promises n’existent tout simplement pas, du moins pas avant les demi-finales. Les spectateurs en sont bien conscients, puisqu’ils désertent les stades ; tout comme les diffuseurs, alors que l’avenir de la compétition est à chaque fois remis en question au moment de la négociation des droits TV.

Loin de réussir l’objectif affiché – celui de séduire les diffuseurs et leur argent –, la Coupe de la Ligue en crée d’autres. La seule solution envisageable paraît alors de supprimer la compétition. La dernière finale en date, Strasbourg-Guingamp, a sans doute sonné le glas en ne réunissant que 2,2 millions de téléspectateurs le 30 mars 2019, soit plus de deux fois moins que lors de la finale de Coupe de France deux mois plus tard.

Vraiment une bonne nouvelle ?

Rarement une décision de la LFP n’aura suscité une approbation aussi unanime auprès de l’ensemble des suiveurs du football français. Ce que tout le monde semblait réclamer depuis des années sera enfin effectif en 2020, avec un calendrier allégé de quelques matches pour les clubs concernés. Pour autant, faut-il vraiment se réjouir de la disparition de la Coupe de la Ligue ? Certes, il est facile de se rallier à la majorité en pointant du doigt les défauts visibles de la compétition : remplaçants alignés, stades creux, intérêt médiocre de la part de tous les acteurs… D’autant plus que le format de la compétition n’existe nul part ailleurs dans les grands championnats européens, excepté en Angleterre où la League Cup est ancrée depuis 1960. Au-delà de ça, il faut surtout se préoccuper des conséquences directes que cette décision aura sur le football français : les matches supprimés seront-ils remplacés ? Lors de la réunion entérinant la décision, le conseil d’administration de la LFP ne s’était pas montré séduit par la proposition d’un « boxing day », réunissant les huit premiers de la saison précédente lors d’un mini-tournoi durant la trêve hivernale. Une autre proposition émettait l’idée de constituer quatre groupes territoriaux (Nord, Sud, Est, Ouest) lors de la phase préliminaire. Il est fort probable que la Coupe de la Ligue ne reviendra pas sous son format actuel, mais il est sans doute possible qu’un nouveau dispositif soit réfléchi par la LFP pour les années à venir.

Pour les fans de football n’ayant pas les moyens de souscrire un abonnement aux chaines de sport, la suppression de la Coupe de la Ligue est aussi synonyme de toujours moins de matches diffusés en clair. Pour l’heure, l’offre en clair en 2020 se limitera donc à quelques matches de Coupe de France, quelques matchs de Ligue Europa et… la finale de la Ligue des champions (sans compter les matchs internationaux). Pas forcément une bonne nouvelle de ce point de vue. Au-delà de cet aspect, cette décision peut aussi être analysée comme un affaiblissement du football national, à l’heure où les dirigeants des clubs européens et l’UEFA réfléchissent de plus en plus à la création d’une ligue fermée européenne. En soi, remplacer la Coupe de la Ligue par des matches européens ravirait n’importe quel fan de foot. Mais si tel était le cas, les « petits clubs » seraient une nouvelle fois laissés pour compte, sur l’autel de l’argent et du foot business. Les principaux intéressés apprécieront sans doute moins.

Crédit photo : Icon Sport