Tout doucement, l’AS Monaco sort de cette spirale négative dans laquelle elle est engluée depuis la saison dernière. Et si le fabuleux duo Ben Yedder-Slimani est le porte-étendard de ce rebond, Aleksandr Golovin possède toutes les qualités pour contribuer lui aussi au succès durable des Monégasques.

Retard à l’allumage

Transféré du CSKA Moscou après une dernière saison marquée par une belle campagne européenne, le jeune milieu de terrain avait tout pour devenir rapidement un élément clé de l’équipe de Jardim. Un investissement majeur évalué à 30 millions d’euros, et de fortes attentes au vu de ses prestations avec la Sbornaïa et de l’intérêt de clubs tels que Chelsea et la Juventus. Malheureusement, tout ne s’est pas passé comme prévu.

Une blessure à la cheville l’a en effet écarté plusieurs semaines, avant que son coach ne connaisse lui aussi le même sort. Exit Jardim donc, et place à Thierry Henry pour les résultats que l’on connaît. Un saut vers le coaching un peu prématuré pour le champion du monde français selon Golovin : « Peut-être qu’il n’a pas pu faire abstraction de son passé de joueur. Quand les choses n’allaient pas à l’entraînement, il devenait nerveux et criait beaucoup. Ce n’était peut-être pas nécessaire. Il venait alors sur le terrain et nous montrait ce qu’il fallait faire. » Exit Henry l’entraîneur-presque-joueur, et retour à Jardim pour une mission sauvetage ou une mission long terme, on ne savait pas trop à l’époque et on ne sait toujours pas aujourd’hui.

Bilan des courses pour Golovin, 4 buts et 4 passes décisives dans une équipe en dérive. Mais plus que le bilan statistique, c’est cette impression d’une intégration impossible dans ce contexte qui a gâché sa première saison en Principauté. Un vrai regret car on le sentait capable d’apporter un impact immédiat dans le championnat de France, lui qui était l’une des stars d’une Première Ligue Russe qui continue de former de belles promesses pour le football de demain.

Un profil essentiel 

Malgré les difficultés rencontrées, jamais les qualités de Golovin n’ont été remises en question. Logique, tant il correspond à l’archétype du milieu de terrain convoité dans le football actuel. Tout d’abord, c’est son volume de jeu qui impressionne. Rapide et très endurant, sa gestion des courses est très intéressante car peu importe la période du match, il est capable de partir de loin, solliciter un long une-deux où encore suivre le déroulement d’une contre attaque jusqu’à son terme. 

Dans son utilisation du ballon, il est un spécialiste des crochets courts, capable d’éliminer facilement ses adversaires tout en gardant la lucidité nécessaire pour trouver la dernière passe ou frapper. Des caractéristiques qui peuvent paraître courantes mais qui ne sont pas légions dans l’effectif monégasque derrière le duo d’attaque. Ses concurrents Baldé Keita, Gelson Martins ou encore Onyekuru sont de très bons dynamiteurs dans le dernier tiers mais ne sont pas réellement capables d’avoir une influence aussi globale dans le jeu de leur équipe.

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Enfin, et c’est une aptitude cruciale aujourd’hui, Golovin est un joueur capable aussi bien de casser un pressing adverse que de démarrer celui de sa propre équipe. Cela se justifie notamment par l’énorme intensité qu’il met dans ses interventions, même si cela lui vaut d’être très souvent sanctionné par le corps arbitral (8 cartons jaunes et deux rouges en 39 matchs de Ligue 1). Pour tout cela, Golovin peut devenir indispensable à l’ASM et cette saison est la plus belle occasion de le prouver.

La meilleure défense ? L’attaque ! 

Tout le long de cette désastreuse période sportive, les maux de l’ASM ont été reprochés aux individualités défensives, que ce soit Glik, Jemerson, Ballo-Touré ou Subasic… Pour retrouver de la solidité, le board monégasque a choisi durant le mercato de recruter plus qualitativement que quantitativement. Les arrivées de valeurs sûres tels que Lecomte et d’Aguilar ainsi que la signature d’un Maripán solide en Liga l’an passé illustrent cela. Pourtant, ce sont bien les apports offensifs qui ont permis aux Monégasques de redevenir une équipe un peu moins fébrile défensivement. 

L’explication ? L’ASM fait de nouveau peur, tout simplement. En effet, l’association de Ben Yedder, l’un des meilleurs 9 français, et d’Islam Slimani, qui pratique un football de rêve, est devenue une arme fatale. Derrière eux, le double pivot composé de Bakayoko et Adrien Silva ou Fabregas selon la configuration du match offre un bien meilleur contrôle du ballon. Enfin, entre ces deux tandems, Golovin est celui chargé du spectacle et des étincelles. Avec comme meilleur exemple sa prestation dans le derby azuréen, un match plein synonyme du potentiel offensif de cette équipe.

D’abord buteur d’un pétard du gauche, il récidive d’un petit ballon piqué après une intense course parfaitement comprise par son brillant coéquipier algérien. Enfin, il parachève la victoire monégasque en servant dans un fauteuil Ben Yedder après une délicieuse série de passements de jambes et de petits pas d’ajustements. Depuis ce match, l’AS Monaco va beaucoup mieux, en témoigne son retour dans la première partie de tableau après une victoire précieuse à la Beaujoire. 

Le script du but vainqueur est on ne peut plus significatif. Un long ballon vers Slimani, avant que Golovin ne déclenche un appel qui emmènera cinq secondes plus tard le meilleur buteur de Ligue 1 face au but. Si Leonardo Jardim dispose désormais d’un duo d’attaque à la complicité et à l’efficacité invraisemblables, il détient avec Golovin un serviteur admirable à l’immense talent. Un humble servant qui pourrait bien devenir la nouvelle star des nuits monégasques. 

Crédit photo : Eddy Lemaistre/Icon Sport