Monaco : Reculer pour mieux sauter ?

Le 9 août, Monaco inaugurera la saison de Ligue 1 2019/2020 contre Lyon, à Louis II. Trois saisons après son titre de champion de France, le club de la Principauté s’est maintenu de justesse l’année dernière. Comment rebondir après une année pleine d’échecs et de rebondissements ? En reprenant la vieille recette monégasque.

Savez-vous ce qu’il s’est passé le 17 mai 2017 en Ligue 1 ? Monaco a battu l’AS Saint-Etienne 2-0. Dit comme ça, cette victoire semble anecdotique. Pourtant, c’est celle qui a sacrée Monaco du titre de champion de France et qui a délogée un monopole parisien que rien ne semblait pouvoir faire pâlir. Après une saison 2016/2017 qui a enthousiasmé toute la France du football, l’ASM a logiquement perdu des joueurs importants de son effectif (Mbappé, Bernardo Silva, Bakayoko et Mendy). La saison suivante, le club de la Principauté reste sur des standards très élevés en Ligue 1 (dauphin du PSG), sans pour autant tutoyer ceux atteints l’année passée.

Et puis, c’est le drame. L’investisseur principal du club, Dmitri Rybolovlev, a un divorce qui lui coûte très cher et ne semble plus autant intéressé par le club, qu’il a fait remonter en L1 en 2013. Après la deuxième vague de départ de son effectif champion de France et demi-finaliste de la Ligue des champions (Fabinho, Lemar et Moutinho), l’AS Monaco sombre et évite de peu la relégation en Ligue 2 l’année dernière. Après une saison tourmentée sur le terrain et en coulisse, l’AS Monaco semble peu à peu revenir sur de bons rails.

Une remise en question du nom d’Oleg Petrov

Après avoir recruté des joueurs dignes de l’équipe du centre aéré l’année dernière, le club rouge et blanc est en train de profiter de cette période de transferts pour se forger une équipe solide. Et surtout équilibrée, entre jeunes prometteurs et joueurs confirmés. Benjamin Lecomte est arrivé en provenance de Montpellier pour de nouveau avoir un dernier rempart fiable et Gelson Martins, renfort du mercato hivernal, a été définitivement transféré. Ces deux nouveaux joueurs viennent directement ajouter une plus-value à un onze de départ en cruel manque de talent et d’expérience l’année dernière. Même sans coupe d’Europe, Monaco reste un club attractif si son projet le redevient.

Pour cela, le club de la Principauté peut compter sur son nouvel homme fort : Oleg Petrov. Arrivé au club en février en tant que Directeur Général, c’est par lui que passe le renouveau monégasque. Dans une très récente interview accordée à L’Equipe, l’homme d’affaire russe a confirmé son envie de renouer avec le 4-4-2 cher à son coach, Leonardo Jardim. Il a déclaré être à la recherche d’un « deuxième attaquant, pour épauler Falcao. Un défenseur central, un milieu et un attaquant de couloir également ». Pas question pour lui de prendre exemple sur Vadim Vasilyev, son prédécesseur. Son but est de créer une équipe compétitive dès ce mercato : « Nous avons les moyens d’effectuer d’importantes acquisitions. Nous ne nous cantonnerons pas à de jeunes recrues. Nous ne pouvons pas attendre leur éclosion », a-t-il précisé. Après une année pleine de désillusions, il n’est plus question d’attendre pour Monaco, mais bien d’agir.

Retenir les leçons de l’année dernière

Le club de la principauté a certes été touché par la malchance, en dénombrant tout au long de la saison une dizaine de blessures, mais il a aussi poussé à l’extrême la politique qui a fait son bonheur. Vadim Vasilyev, alors vice-président du club et chargé du recrutement, est un ancien trader russe. Il va exploiter au mieux les enseignements de son précédent métier et acheter beaucoup de jeunes joueurs, espérant juste réaliser une plus-value future (sur lesquelles il touchera une prime de 10%, selon les révélations de Mediapart). Sauf que le foot, ce n’est pas qu’une question d’argent. Leonardo Jardim s’est alors retrouvé avec une équipe incomplète et un banc inexistant.

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Après des résultats en berne, le coach portugais est limogé en octobre. Mais à qui la faute ? Au coach qui a emmené le club du rocher sur le sommet de la montagne ? Ou aux décideurs du club, qui, après avoir vendu pour environ 400 millions en deux ans, n’ont recruté que des joueurs qui n’ont pas encore le standing d’une équipe qui joue le haut de tableau ? Fraîchement débarqué, Thierry Henry paiera à son tour les erreurs de recrutement du club. Avec, en plus, une équipe décimée par les blessures. Et quand ils n’étaient pas blessés, Aholou, Grandsir ou Pelé, pour ne citer qu’eux, ont manqué clairement de talent pour une équipe engagée en Ligue des champions. Mais dès janvier, le club monégasque commence à relever la tête, en coulisse au moins.

Recréer le schéma de 2016/2017

Gelson Martins, Cesc Fabregas et Adrien Silva sont donc arrivés en janvier dernier, rappelant la stratégie qui a fait le succès de Monaco ces dernières années. Les premières briques d’un réveil sont posées, mais le club monégasque avait terriblement envie d’une grasse matinée la saison dernière. Il termine finalement la saison à la 17ème place. Mais si le départ de Falcao semble désormais inévitable, au moins en cours de saison selon les dernières rumeurs, les joueurs présents dans l’effectif actuel rappellent le Monaco de la saison 2016/2017.

Un milieu à deux pivots permet de trouver un équilibre entre récupération et création. Oleg Petrov a confirmé être actif sur le marché des transferts pour trouver un binôme à Fabregas afin de remplir ces rôles. Au milieu, Rony Lopes est une valeur sûre de Ligue 1 s’il est épargné par les blessures et Gelson Martins est le joueur technique et remuant capable de faire des différences à lui seul. Au coeur du jeu monégasque, Golovin est plein de promesses, après une saison d’adaptation.

Ces joueurs achetés récemment par l’ASM sont de nouveau en adéquation avec la politique du club. C’est elle qui a enrichie son palmarès et ses comptes en banque. En achetant des joueurs passés sous les radars, les mettant en harmonie sur le terrain et en les revendant, Monaco avait le modèle sportif et économique parfait pour un club de son envergure. Ce genre de modèle qui a vu Dortmund et Porto tutoyer les sommets.

A ajouter aux bonnes pioches des derniers mercatos (en attendant celui en cours), Leonardo Jardim pourra compter sur des jeunes qui auront les crocs. Quand il a joué, Pietro Pellegri a montré des qualités certaines, notamment physiques. Le joueur de 18 ans devrait être en concurrence cette année avec Willem Geubbels (17 ans), arrivé pour 20 millions d’euros l’année dernière, et surtout avec Moussa Sylla (19 ans). Ce dernier a déjà une vingtaine de matchs de L1 à son actif et était l’une des solutions privilégiées en attaque quand l’ASM était touchée par les blessures. Benoît Badiashile (18 ans) a lui aussi plus que dépanné en défense centrale et aura sans doute sa carte à jouer, dès la semaine prochaine. Ce doux mélange de jeunes talents, de vétérans expérimentés et de jeunes du centre qui poussent a déjà fait le bonheur de l’AS Monaco. Souvenez-vous, c’était il n’y a pas si longtemps. En prenant la même recette, mais avec des aliments différents, la mayonnaise pourrait prendre de nouveau. C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes non ?