Oualembo, un jeu simple à la perfection – Partie 1/2

Christopher Oualembo est un ancien joueur formé au PSG, de nationalité sportive congolaise. Il est né et a grandi en région parisienne. Il a connu un parcours assez atypique en évoluant au niveau professionnel pour 5 clubs situés dans 5 pays différents. Cette diversité a été une richesse pour son développement en tant que footballeur mais également en tant qu’homme. L’un des temps forts de sa carrière de footballeur restera la 3e place obtenue lors de la CAN 2015 avec la RD Congo, son pays d’origine. Désormais entraineur, il gère également une entreprise baptisée Leonn Sport et intervient en tant que consultant pour le groupe Canal Plus. Cette année, il a été nommé sélectionneur U23 des Léopards de la RD Congo ainsi qu’adjoint du sélectionneur national Christian Nsengi. 2019 est une année symbolique pour le football congolais car il s’agit du centenaire de sa fédération de football : la FECOFA.

En exclusivité pour U10, Christopher Oualembo a accepté d’évoquer sa reconversion  professionnelle en tant qu’entraineur ainsi que les perspectives du football congolais.

Le choix d’entraîner ?

A la base, je ne comptais pas entraîner. Comme beaucoup de footballeurs en activité, je pensais arrêter et faire autre chose… Rester un petit peu dans le football mais sans plus. Le déclic a eu lieu lors de ma dernière saison au Portugal. J’étais capitaine et un ami m’a dit que je serais un super entraineur. Je n’y croyais pas trop, puis la Fédération Française de football m’a approché pour que je puisse passer mes diplômes. Je suis ensuite devenu formateur à la Ligue, certificateur et tuteur de certains stagiaires. Avec ce diplôme (Licence UEFA A), je me suis rendu compte que je devais évoluer à un très haut niveau. J’ai trouvé de nouvelles motivations. 

En tant qu’entraineur, mon objectif est de continuer à travailler, être bon et atteindre ma performance maximale le plus longtemps possible.

Comment s’est présentée l’opportunité d’entrainer les U23 ?

En 2018, Christian Nsengi, le coach U23 m’a sollicité devenir son adjoint. J’ai été honoré et j’ai naturellement accepté. Nous avons effectué les qualifications pour la CAN U23 ensemble.  Il m’a passé le relai à la fin de la campagne.

Le statut d’ancien international a-t-il été un atout dans la prise de fonction ?

Je pense que oui. Je suis accepté plus facilement par la population et les joueurs qui me connaissaient déjà. Les jeunes me suivaient déjà lorsqu’ils avaient 10-15 ans. De plus, je suis assez réservé en ce qui concerne ma vie privée, j’évolue loin des polémiques. Les dirigeants ont été rassurés par cette image positive qui n’a fait que conforter leur choix.

Comment se caractérise la vie de sélectionneur ?

On m’a dit que j’avais sauté des étapes, des étages même. Beaucoup d’entraineurs rêveraient d’être sélectionneur. Pour les joueurs, il y a plusieurs statuts : amateur, semi-pro, pro puis international. C’est un peu pareil pour les entraineurs. Quand on franchit les étapes, on veut terminer en tant que sélectionneur, c’est en tout cas un rêve pour beaucoup d’entraineurs. 

J’ai eu la chance de pouvoir être sélectionneur très rapidement. Je l’ai saisie. Le quotidien est passionnant. La gestion est complètement différente de celle d’un entraineur de club. En club, on est davantage dans l’entrainement, le développement et dans le management… la gestion des égos. Pour un sélectionneur c’est différent car il dispose de très peu de temps. Un rassemblement ne dure généralement qu’une semaine. Il n’apprend pas à ses joueurs à jouer au football, ils viennent avec un bagage technique intéressant, ils font généralement partie de l’élite du pays. L’idée est de pouvoir mettre rapidement un projet de jeu afin de constituer une bonne équipe, un bon groupe. La prise en main est très importante. Pour que les joueurs intègrent le projet, il faut être précis, concis et efficace. Il faut être efficient si l’on veut être performant.

La spécificité d’une équipe nationale

J’observe que beaucoup de sélectionneurs sont malheureusement davantage dans le coaching au détriment du management. Le fait de materner les joueurs en sélection, ne leur rend pas nécessairement service. Les joueurs prennent déjà du plaisir à se retrouver et porter les couleurs du pays. La notion d’équipe est la clé. L’idée est de leur faire comprendre aux joueurs qu’ils sont très bons mais qu’il est essentiel de mettre avant tout le talent au service du collectif. Pour cela, il n’y a qu’un seul chef : le sélectionneur.

Du projet de jeu au onze type

Pour construire ma liste, je pars d’abord de mon projet de jeu, de mes attentes (des prérogatives que j’ai) à chaque poste, ensuite je choisis mes joueurs. Je ne prends pas les meilleurs joueurs du pays pour ensuite constituer mon équipe. Une approche comme celle-ci me ferait perdre du temps car un joueur pourrait me dire « je suis fort dans tel où tel domaine… » et il aurait raison.

L’idée est de partir d’un projet de jeu avec des qualités et des défauts à chaque poste. Les défauts sont plus importants que les qualités. Exemple : le numéro 6 en 4-3-3 va redescendre entre les centraux, tu t’attends à ce qu’il joue simple et qu’il récupère énormément de ballons. Par exemple, si j’ai deux joueurs aussi bons l’un que l’autre à la récupération et que l’un prends beaucoup plus de risque dans ses relances que l’autre car il est plus fort techniquement tandis que le second joue simplement. Pour ce poste là, je devrais prendre celui qui joue simple car il s’intègre parfaitement à mon projet de jeu. Même si certains me diront que le premier est plus fort que celui que j’ai choisi. Le projet de jeu reste la base, ce qui légitime mes choix. Le secret n’est pas d’empiler des talents mais de les organiser en fonction des besoins. Le projet de jeu doit bien entendu être modulable, il faut avoir plusieurs systèmes et animations. Dans le choix du profil de joueur, il faut être précis et être en mesure de l’expliquer aux joueurs. Cela permet d’avoir plus d’adhésion et de crédibilité. Il ne doit y avoir qu’un seul chef. 

Le modèle

J’aime beaucoup Sergio Conceição pour son approche pragmatique. J’ai eu l’occasion de l’affronter à deux reprises. On a pu discuter à la fin des rencontres. Des échos que j’ai, c’est un anti-conformiste. Il est investi à 100% dans tout ce qu’il fait sans forcément se projeter au-delà, il vit pleinement l’instant présent. Il écarte naturellement ce qui est superflu.

L’animation de jeu, un jeu simple à la perfection

Toutes les sélections doivent jouer de la même façon que les A. La devise du Coach Nsengi et la DTN c’est un jeu simple à la perfection. Mon approche est donc basée sur un jeu de manipulation. J’adore avoir des joueurs capables de manipuler l’adversaire : passer une ou deux fois dans l’axe avec l’idée de passer sur les côtés… L’adversaire resserre l’axe ce qui permet de trouver le décalage sur un côté à ce moment là. L’idée est de feinter l’adversaire en prétendant insister à un endroit pour exploiter d’autres failles. Le mental c’est 80% de la performance. 

Le travail en sélection se fait en amont. Le football se gère toujours en temps réel, il faut être en mesure d’analyser et s’adapter. Il faut constamment se réinventer. 

Crédit photo: Tony Dias / Global Images / Icon Sport