Troisième au ballon d’or 2019, à la peine sur les terrains depuis plusieurs semaines, Cristiano Ronaldo est peut-être en train d’arriver à un tournant majeur de sa très riche et longue carrière.

Dimanche 1er décembre 2019, peu après 14h. La Juve est tenue en échec par une vaillante équipe de Sassuolo, qui résiste vague après vague aux assauts turinois. On rentre dans le temps additionnel, et le Juventus Stadium retient son souffle : le temps de l’ultime attaque est arrivé. Si les hommes de Maurizio Sarri veulent arracher les trois points et par la même occasion garder leur place de leader de Serie A, c’est maintenant ou jamais. Alex Sandro progresse sur son flanc gauche ballon au pied, lève la tête, et adresse un long centre dans la surface. Cristiano se démarque de son défenseur et s’élève -comme à son habitude- au-dessus de tout le monde pour placer une tête rageuse. A peine retombé au sol, il se retourne et constate que le cadre lui a échappé. Les mains sur les hanches, le regard perdu dans le ciel gris, Cristiano parait désabusé. L’époque où il jouait la carte « SIIIIIIMMMM » tous les week-ends est révolue.

Partir pour mieux revenir

Si la vieillesse est un naufrage, alors Cristiano a longtemps donné l’impression d’être insubmersible. Quand il signe pour la Juventus en juillet 2018 à l’âge de 33 ans, il ne se rend pas dans la botte dans l’optique de profiter d’une pré-retraite arrosée au Spritz. Comme un symbole, il devient le premier trentenaire dont le coût de transfert dépasse les 100 millions d’euros et affirme haut et fort ses ambitions dès son arrivée : Il est venu pour remporter un nouveau championnat et conforter son statut de grand nom du football.

Un simple coup d’œil à son bilan suffit pour constater que sa première saison est une réussite. Avec 28 buts et 10 passes décisives en 43 matches toutes compétitions confondues, le Portugais réussit son intégration. Au sein d’une équipe en fin de cycle, il marque moins mais s’implique davantage dans la construction du jeu et aide la Juve à conquérir un nouveau titre de champion d’Italie (et en profite au passage pour être élu MVP du championnat) et à rafler la Supercoupe face au Milan. Même s’il ne parvient pas à mener les bianconeri sur le toit de l’Europe, son triplé retentissant face à l’Atlético en huitièmes de finale de Champion’s League ne fait que renforcer sa légende. Les effets du temps glissent sur lui, et la victoire en finale de Ligue des Nations avec le Portugal le 9 juin 2019 clôture sa saison en beauté. A 34 ans, le natif de Funchal est encore au top et le monde du football se demande alors quand ce monstre de travail va bien pouvoir commencer à lever le pied, que ce soit volontairement ou non…

2019-2020 : le début de la fin ?

La saison 2019-2020 est peut-être celle qui va amener un début de réponse à cette question. Son entame de saison à la Juve est poussive, et CR7 donne l’impression d’être en légère difficulté sur les terrains. Il se montre moins décisif, peine à faire la différence techniquement et, surtout, râle de plus en plus. Les compils moqueuses de ses ratés balle au pied s’amoncellent sur les réseaux sociaux et ses multiples coup-francs envoyés dans le mur n’arrangent rien. Au moment où ces lignes sont écrites, Cristiano n’a trouvé le chemin des filets que 7 fois en 16 matchs depuis le début de la saison. 6 buts en Série A et un seul en Champion’s league. Un ratio plus qu’honorable pour un attaquant lambda, mais presque inquiétant pour un joueur de sa stature. Et le premier frustré de cette situation, c’est lui.

La première quinzaine du mois de novembre braque les projecteurs sur Cristiano. Déjà remplacé en fin de match contre le Lokomotiv Moscou en milieu de semaine, le Portugais se fâche tout rouge quand le dimanche suivant Sarri ose le sortir à la 55’ du choc contre l’AC Milan après un match plus que timide de sa part. Il file directement aux vestiaires et quitte le stade avant même la fin de la rencontre. L’entraineur-fumeur aura beau dédramatiser l’histoire en invoquant une légère blessure, les faits sont là : personne n’est habitué à voir Cristiano Ronaldo sortir, encore moins deux fois en moins d’une semaine.

Le camouflet du Ballon d’Or

« Toutes les passions s’éloignent avec l’âge », disait Victor Hugo. Et en effet, CR7 a beau multiplier les stories Insta à la salle de muscu, une certaine lassitude semble poindre chez le Portugais. Une sortie médiatique, en particulier, étonne.   « Je vais vous dire : si ça ne tenait qu’à moi, je ne jouerais que des matches importants. Ceux de l’équipe nationale et de la Ligue des champions », lâche ainsi le quintuple ballon d’Or dans une interview à France Football donnée au mois d’octobre dernier, avant de nuancer dans la foulée : « Après, il faut être pro et être performant tous les jours pour faire honneur à votre famille et au club que vous représentez et qui vous paie pour ça. Donc, il faut toujours donner le meilleur. ».

Professionnel à défaut d’être motivé ? Difficile à dire, quand on sait que le professionnalisme est un des ingrédients-clé de sa carrière hors-norme. Mais, justement, tout le professionnalisme et l’abnégation du monde ne pourront contrer indéfiniment les effets de l’âge. Et comment un joueur qui s’est construit dans l’adversité (coucou Lionel) et sur son incommensurable ego va pouvoir digérer le fait de sous-performer à un moment donné ? Difficile à dire. Une chose est certaine en revanche, c’est qu’une page se tourne. Troisième du Ballon d’Or 2019 qui a vu son meilleur ennemi Lionel Messi empocher son sixième trophée -et donc en prendre un d’avance sur lui- Cristiano Ronaldo a préféré snober la cérémonie. Ce soir-là, il s’est rendu à Milan, à la soirée récompensant le MVP de la dernière saison de Serie A : lui-même. Histoire de rester encore un peu là, où il se sent si bien, sur le devant de la scène. A bientôt 35 ans, il parait en effet difficile qu’il revienne un jour à son top niveau et aille cueillir un sixième globe doré. Pour la première fois de sa carrière, il semble bien que CR cède.

Crédit photo: Global Imagens / Icon Sport