Les exilés #2 – Prosper Mendy : « La Norvège, c’est la petite Angleterre »

Malgré des essais dans des clubs français, Prosper Mendy n’arrive pas à signer de contrat professionnel et décide d’arrêter le football. Alors qu’il travaille dans une pizzeria, une de ses connaissances lui trouve un club de 5e division belge. Également passé par l’Espagne, le latéral gauche est aujourd’hui titulaire à Strømsgodset, un club mythique norvégien. Pour UltimoDiez, il nous raconte son quotidien de footballeur dans le pays scandinave.

Peux-tu nous refaire un point sur ton parcours de footballeur ?

Je joue au football depuis toujours. De 11 à 17 ans, j’étais au FC Montfermeil, un club de ma région natale. Après ma dernière année en U19, j’ai pris un coup sur la tête parce que j’ai vu mes anciens coéquipiers signer dans des clubs professionnels, mais moi, mes essais n’avaient pas été concluants. Je me suis donc concentré sur mes études universitaires et mes petits boulots. Un ancien de mon quartier m’a vu travailler dans une pizzeria et il m’a organisé un essai en cinquième division belge. J’ai joué deux ans et demi en Belgique, puis j’ai signé début 2019 en troisième division espagnole, où je n’ai malheureusement joué qu’un match car l’équipe tournait déjà très bien quand je suis arrivé. A l’été 2019, j’ai finalement rejoint le club de Strømsgodset, en Norvège.

Comment passe-t-on d’un club de troisième division espagnole à un club de première division norvégienne ?

Moi-même j’étais surpris. Le club recherchait un latéral gauche et mon agent est entré en contact avec eux. Nous nous sommes vus une semaine durant laquelle j’ai fait mes preuves. Ils m’ont offert un contrat et j’ai signé dans ce club, qui était à l’époque dernier du championnat.

Quand tu as vu que ton transfert allait se concrétiser, comment as-tu réagi ?

Ma première réaction a été la surprise et il y a eu un peu d’appréhension, surtout vis-à-vis de la communication avec les autres joueurs et le staff. A l’époque, je ne parlais pas du tout anglais donc c’était un peu compliqué. Mais une fois dans le bain, je me suis mis à niveau rapidement. J’ai beaucoup travaillé et fait beaucoup d’efforts.

Comment t’es-tu adapté dans un nouveau pays, un nouveau championnat, une nouvelle culture ?

Le groupe m’a vraiment très bien accueilli. Au quotidien, ils étaient toujours là pour moi. Le fait de vraiment avoir le collectif derrière moi m’a permis de vite m’adapter.

Comment juges-tu ta première demi-saison ?

Au début j’étais en manque de rythme. J’ai commencé en août, je sortais de mes vacances alors qu’on était au milieu du championnat norvégien. Au début, je jouais simple, j’étais plus dans l’observation et dans l’adaptation. Au fur et à mesure, je me suis lâché et j’ai augmenté mon niveau. Je me suis vraiment imposé avec des gros matchs. Du coup, j’ai signé un nouveau contrat jusqu’en août 2021.

Comment juges-tu l’Eliteserien, le championnat norvégien ?

J’ai été agréablement surpris. Le championnat est vraiment intense et physique, ça court beaucoup mais ça joue aussi beaucoup au ballon. Je m’attendais à voir un jeu fait de longs ballons mais pas du tout. Mes proches qui sont venus me voir ont d’ailleurs été étonnés du niveau de jeu.

Et le football norvégien de manière plus général ?

Les supporters remplissent notre stade quasiment à chaque match. Ils font aussi les déplacements à 900 ou 1 000. La Norvège c’est une petite Angleterre pour moi. Les supporter chantent beaucoup, chaque club à son hymne avant les matchs et les tribunes sont proches du terrain. Cela me fait penser à ce que l’on peut voir en Premier League.

Y a-t-il une connexion avec les autres Français du championnat ?

Duplex Tchaba, un Camerounais, est prêté dans mon club par Strasbourg. J’ai aussi pu échanger avec Benjamin Karamoko, ancien stéphanois et Lenny Nangis (passé par Caen, Lille ou Bastia notamment). Mais on s’est rencontrés sur place, je ne les ai pas appelé avant de venir.

« J’étais prêt à faire des sacrifices et partir à l’étranger pour réussir »

Penses-tu que ce championnat t’offre assez de visibilité pour postuler à une place avec la sélection sénégalaise ?

Je sais que j’ai un parcours assez atypique. Aujourd’hui, je me focalise sur mon travail avec mon club et, évidemment, pourquoi pas obtenir une place en sélection. Mais ça passera par le travail avant tout. Il ne faut pas chercher à brûler les étapes.

Ton club est basé à Drammen, qui est une des plus grandes villes de Norvège. Comment t’y sens-tu ?

C’est une petite ville. Une belle petite ville ! La vie y est tranquille, calme. Les habitants sont gentils et respectueux. Quand ils me reconnaissent dans la rue, c’est toujours agréable. Après, mon quotidien est vraiment basé sur le football. Je vais à l’entrainement, puis je rentre chez moi me reposer. Le froid et le fait que depuis octobre le jour se couche vers 15h30 n’aident pas non plus à sortir, mais ça me permet d’être concentré à 100 % sur le football.

Te voyais-tu voyager grâce au football ?

Il y a quelques années, j’avais vraiment mis le football de côté. Je ne voulais même plus remettre sérieusement les pieds sur un terrain. Quand j’ai repris le football en Belgique, on avait fait un match contre Charleroi, une D1 belge. J’avais sorti une grosse prestation et ça a été un déclic, j’ai compris que je pouvais jouer à un bon niveau. Je ne me voyais pas partir en Norvège, mais j’étais prêt à faire des sacrifices et partir à l’étranger pour réussir. Aujourd’hui, je joue en première division et quelque que soit le pays, c’est mon niveau de jeu qui va payer.

Envisages-tu un retour en France, à court ou à moyen terme ?

La France ça reste mon pays de naissance donc forcément qu’un retour me plairait. Mon contrat se termine en août 2021, ce n’est pas un hasard. Je l’ai aussi signé par rapport à la fenêtre du mercato estival.