Carlo Ancelotti est aujourd’hui le nouvel homme fort d’Everton. Il y a huit ans, c’est bien au PSG qu’il démarrait une mission aussi attractive que périlleuse : transformer un club conditionné pour le haut de tableau hexagonal en un mastodonte européen. Assez vite si possible, et en conciliant fièvre acheteuse et jeu flamboyant. Tout n’a pas été réussi, mais on s’est bien amusé.

Retour sur huit rencontres classiques de son mandat, qui constitue une période marquante de l’histoire du club de la capitale.

LOCMINÉ 1-2 PSG : ANCELOTTIX CHEZ LES BRETONS

8 janvier 2012, 32e de finales de Coupe de France.

PSG (5-4-1) : Sirigu, Jallet, Bisevac, Lugano, Sakho, Armand, Sissoko, Bodmer, Pastore, Néné, Hoarau.

Le maestro italien pouvait-il rêver mieux que la Coupe de France, la compétition ultime, pour débuter son défi parisien ? Sans doute. Car sur ce synthétique breton, son équipe se fait malmener par le Petit Poucet. Fort heureusement, Javier Pastore, qu’Ancelotti doit mener au sommet, inscrit un bien joli but juste après la pause. C’est alors que la magie de la Coupe opère. El Flaco frappe la barre avant que Maiga, l’attaquant local passé par le… Qatar, n’égalise sur penalty. Le football est petit, et le football est également cruel. Sous pression, les Parisiens obtiennent un dernier coup de pied arrêté dans le temps additionnel. Nêné le botte, Lugano retire la charrette et crucifie Locminé d’un coup de tête victorieux. Première victoire pour Ancelotti, et un but qui va forcément aider le capitaine de la Celeste dans la suite de son aventure parisienne (non).

VALENCIENNES 3-4 PSG : UN BEAU SAPIN SANS ÉTOILE

6 mai 2012, 36e journée de Ligue 1.

PSG (4-3-3) : Sirigu, Jallet, Alex, Camara, Maxwell, Motta, Sissoko, Matuidi, Néné, Ménez, Pastore.

Pourquoi choisir une victoire alors que Paris et Carlo vont finalement laisser le titre aux Montpelliérains ? Eh bien parce que c’est au Stade du Hainaut que le 4-3-3 « Sapin » va connaître son heure de gloire parisienne. Enfin, au moins offensivement. Car dans l’obligation de gagner pour rester au contact de la bande à Bocaly et Aît-Fana, les Parisiens sont menés 2-0 après dix minutes de jeu… C’est alors que le trio offensif sans pointe Menez-Pastore-Néné se met en route. Ce soir-là, l’alchimie est parfaite, les efforts réalisés et le talent lui reste indéniable. 2-3 à la mi-temps, 3-4 finalement, c’est dans la difficulté et le désordre que le PSG reste en vie. Une enflammade vaine, car le MHSC ira chercher un titre qu’il doit surtout à lui-même. Non, il n’est pas question de sauver le soldat Kombouaré ici.

NICE 2-1 PSG : LE VRAI TOURNANT ?

1er décembre 2012, 15e journée de Ligue 1.

PSG (4-3-3) : Douchez, Jallet, Thiago Silva (cap.), Alex, Armand, Maxwell, Matuidi, Chantome, Ménez, Lavezzi, Ibrahimovic.

Thiago Silva, Marco Verratti, Ezequiel Lavezzi et Zlatan Ibrahimovic. Bon, l’effectif a un peu changé depuis la dernière fois. Ce qui n’a pas changé, c’est que cette équipe déteste la sensation de sérénité. Alors oui, ce stade du Ray est aussi magnifique que bouillant, et Zlatan ne peut pas supporter n’importe quel footballeur adverse de plus d’1m90. Une soirée compliquée pour lui face à la charnière Civelli-Pejcinovic, et ce malgré un coup franc supersonique pour égaliser.

Plus globalement, tout se passait bien jusqu’à l’une des lubies du Mister : le changement des latéraux en fin de match, un choix de coaching qu’il affectionnait particulièrement à Milan. Constatation : ça ne s’applique pas à Van der Wiel, totalement perdu face aux permutations d’Eysseric et Bauthéac, tous les deux buteurs. Il s’agit de la première défaite parisienne de la saison à l’extérieur, à trois jours d’un choc face à Porto. Ancelotti est sur un siège éjectable, mais lui préfère prévenir : « toute l’équipe l’énerve » et le « changement sera radical, oui ». C’est l’heure.

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PSG 2-1 FC PORTO : 4-4-2 ET ARCONADA

4 décembre 2012, 6e journée de Ligue des Champions.

PSG (4-4-2) : Sirigu, Van der Wiel, Alex, Thiago Silva, Maxwell, Matuidi, Chantôme, Pastore, Lavezzi, Ménez, Ibrahimovic.

En ce 4 décembre, le PSG doit battre Porto pour terminer premier de son groupe. Afin de sauver son poste, Ancelotti remodèle son onze de départ. Exit le 4-3-3 pour un 4-4-2 qui deviendra le système privilégié. Au sein de cette nouvelle animation, le rôle de Pastore côté gauche est crucial, car il est chargé de faire le lien milieu-attaque sans perturber l’équilibre défensif et sans marcher sur la zone d’Ibra. Un pari risqué mais réussi, car les Parisiens réussissent une performance solide, en étant peu inquiétés. En bon capitaine, Silva fait trembler les beaux filets verts du Parc, même si le but décisif est inscrit par Lavezzi après une grossière « Arconada » d’Helton. Ancelotti peut dormir tranquille, il pourra aller à l’assaut de l’Europe avec son groupe.

REIMS 1-0 PSG : LE CYCLE ÉTERNEL

2 mars 2013, 27e journée de Ligue 1.

PSG (4-4-2) : Sirigu, Van der Wiel, Alex, Sakho, Armand, Matuidi, Verratti, Pastore, Lucas, Lavezzi, Ibrahimovic.

Une poignée de jours après avoir brillamment vaincu Valence à Mestalla, le PSG reprend ses mauvaises habitudes à Auguste-Delaune. Et de quelle manière ! Tout y passe. La domination stérile, la nonchalance, et l’erreur de marquage. Piégé pour la première fois par Krychowiak, le club parisien vit avec l’éternel contraste de motivation entre les joutes européennes et la Ligue 1. Une différence assumée par les joueurs, ce qui donne parfois des situations grotesques, comme cette supériorité numérique à peine exploitée contre un promu. Pire encore, Ancelotti demande à David Beckham (le spice boy) d’être une caricature de Tom Brady. Un recrutement bling-bling, ça passe, mais alors les saucisses balancées depuis ses 40 mètres, ça c’est non. Une après-midi catastrophique pour Carlo, et un recadrage par sa direction qui, paraît-il, eut accentué ses envies d’ailleurs. Merci encore, Grzegorz.

FC BARCELONE 1-1 PSG : GRANDEUR ET DÉCEPTION

10 avril 2013, quart de finale retour de la Ligue des Champions.

PSG (4-4-2) : Sirigu, Jallet, Thiago Silva, Alex, Maxwell, Motta, Verratti, Pastore, Lucas, Lavezzi, Ibrahimovic.

Sauvé sur le gong par Matuidi à l’aller, Ancelotti sait son équipe condamnée à l’exploit au Camp Nou, face à un Barca qui débutera sans Messi. Il sera notamment impératif de surmonter les difficultés de l’aller au milieu de terrain, entre la blessure de Motta et la titularisation par décret de Beckham (Romain Molina, si tu me lis, j’aimerais une vidéo à ce sujet). Et si le Barca domine l’entame de match, le rapport de force s’inverse petit à petit avec les occasions de Lavezzi puis de Lucas, et évidemment grâce à la maîtrise du trio Motta-Verratti-Pastore.

Puis viens cette 50e minute, ce ballon ressorti par Verratti avant un une-deux Ibrahimovic-Pastore, qui enverra ce dernier tromper Valdès après une course interminable. Le meneur de jeu aura la balle du doublé quelques minutes après, pour la dernière occasion parisienne du match. En effet, ils ne trouveront jamais de solutions après le but de Pedro, et traverseront la fin de rencontre sans cette adrénaline nécessaire à ces succès de haute altitude. Finalement, cette rencontre restera une simple et magnifique ébauche, un aperçu grandeur nature du potentiel de travail exceptionnel que possédaient ce groupe et ce coach pour les deux ou trois années suivantes. Ils n’auront pas l’occasion de démontrer cette valeur.

PSG 1-1 VALENCIENNES : PARISIENS ET NERVEUX

28 avril 2013, 35e journée de Ligue 1.

PSG (4-4-2) : Douchez, Van der Wiel, Thiago Silva, Sakho, Maxwell, Matuidi, Chantôme, Pastore, Lavezzi, Ménez, Ibrahimovic.

Gagner à la maison, décrocher le titre et aller fêter ça pépère au Trocadéro deux jours après, c’était le plan. Evidemment, rien ne se déroule comme prévu, et les péripéties se succédent. En effet, l’ouverture du score de Danic est suivie de l’expulsion de Thiago Silva, coupable d’avoir posé sa main sur l’épaule d’un Alexandre Castro plein de zèle. En infériorité numérique, les Parisiens tombent sur une équipe nordiste protégée par un Penneteau en état de grâce devant Pastore et Ibrahimovic.

Heureusement, on parle d’une époque où les tireurs de coups de pieds arrêtés du PSG réussissent à passer le premier poteau. Le salut vient d’une tête surpuissante d’Alex, qui emmène tout un stade vers dix minutes de folies et un potentiel titre. Mais Nicolas Penneteau joue la muraille, et il faut même un vintage Douchez pour éviter une déconvenue. En tribunes, Leonardo réfléchit à la manière idoine de bousculer l’arbitre sans être sanctionné. Il sera suspendu plus d’un an.

OL 0-1 PSG : PARISIENS ET CHAMPIONS

12 mai 2013, 36e journée de Ligue 1.

PSG (4-4-2) : Douchez – Jallet, Alex, Sakho, Maxwell – Thiago Motta, Matuidi, Pastore, Lavezzi- Ibrahimovic, Ménez.

Démarrer son règne dans l’antre du club dominant de la dernière décennie, le défi est grand et le symbole immense. Toujours dans la course pour la Ligue des Champions, l’OL ne démérite pas, l’OL est même bon. Mais le PSG est glacial. À la suite d’un ballon perdu par Dabo, Motta se retrouve aux avant-postes et sert astucieusement Ménez. Ni une ni deux, le talent brut de la génération 87 trompe Lopes du gauche. Le banc parisien explose, et Ancelotti le sait, ce but mythique peut lui permettre de ramener le titre national dans la capitale, dix-neuf ans après.

Ce sera le cas, au bout d’une fin de match gérée tranquillement, une fois n’est pas coutume pour cette équipe. Le troisième titre de l’histoire du club est en grande partie le résultat d’un virage amorcé par Carlo Ancelotti en décembre, aussi bien dans la tactique que dans le management, lorsque le projet semblait vaciller de toutes parts. Alors, après l’échec face à la surprise montpelliéraine, ce titre-là porte fièrement son sceau.

Au-delà de ces huit rencontres, les mentions honorables sont nombreuses : la victoire à Mestalla, les chocs face au Sainté de Galtier, le sulfureux 4-4 à Gerland, les désastres en coupes nationales ou la prodigieuse défaite concédée face à Rennes à 11 contre 9.

Ce sont des instantanés d’un passage inoubliable, où quasiment toutes les rencontres possédaient leurs lots d’enseignements, d’incertitudes, de nervosité et de passion. Pour d’innombrables raisons, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Que ce soit le bilan comptable, le jeu déployé ou la manière de partir, tout est évidemment discutable. Mais les émotions sont gravées à jamais. Alors merci, Monsieur Ancelotti.

Crédit photo : Icon Sport