Pourquoi le Borussia Dortmund n’a pas d’équipe féminine ?

A l’heure où les femmes commencent enfin à prendre une place de plus en plus grande sur la planète football, certains clubs se refusent toujours à franchir le cap et monter une structure féminine. Et après que le Real Madrid se soit décidé à le faire, le Borussia Dortmund est le dernier des gros clubs des cinq championnat européens à ne pas avoir agi dans ce sens. Mais pour quelles raisons ?

On ne présente plus la relation entre l’Allemagne et le football, qui fait presque office de religion. Chez tout le monde, les femmes y compris. Cependant, il y a quelques hics ci et là. À commencer par l’absence d’une équipe féminine dans l’un des deux géants de la Ruhr. Si la région compte deux équipes professionnelles évoluant toute d’eux en première division avec le SGE Essen et le MSV Duisburg,  c’est le vide du côté de Schalke 04 et donc du Borussia Dortmund. 

Une Bundesliga en perte de vitesse

Comme les championnats français, anglais ou encore italien, la Frauen-Bundesliga (créé en 1990) compte douze équipes. Cependant, le VfL Wolfsburg et le Bayern Munich se partagent les sept derniers titres. Depuis la saison 2012-2013, les deux formations remportent tout et derrière, on a du mal à suivre la cadence des deux géants. Même si le Turbine Potsdam, le FFC Francfort ou encore le SC Fribourg font bonne figure, il est devenu presque impossible de faire face à ces deux structures qui écrasent la concurrence. De fait, le championnat manque cruellement de compétitivité. Wolfsburg est presque l’arbre qui cache une forêt qui se dégarnie. 

Qui dit peu de compétitive, dit aussi peu d’attractivité et justement, cela ne fait que chuter. On en vient presque à se demander pourquoi suivre un championnat joué d’avance ? Et finalement, les matchs n’attirent plus vraiment les foules et on est loin des records de spectateurs au Royaume-Uni. Au-delà de ça, il est relativement difficile de suivre le championnat en dehors de l’Allemagne. Tout du moins, il y a une grande différence avec la Women’s Super League anglaise. En effet, depuis cette saison, on peut très facilement visionner les matchs de championnat par l’intermédiaire du FA Player, gratuit et accessible depuis n’importe quelle location. Les différences de communication autour des championnats anglais et allemand sont flagrantes et posent de vraies questions.

Finalement, on a presque le sentiment que l’Allemagne prend du retard face à une Angleterre, désormais lancée avant d’accueillir l’Euro 2021. Et pour un championnat qui existe depuis si longtemps, dans un pays au sein duquel le football féminin tient une place relativement importante, cela est problématique. 

Borussia où es-tu ? 

Pour Lina Magull, internationale allemande et joueuse du Bayern Munich née à Dortmund, le fait que le club de sa ville natale ne possède pas d’équipe féminine est presque une aberration. Elle s’était d’ailleurs exprimée à ce sujet cet été, en disant qu’agir en ce sens pourrait « faire une différence car il y a du potentiel dans le Ruhrpott ». Elle avait aussi rajouté que beaucoup de joueuses voudraient y aller. 

Effectivement, le fait que le Borussia Dortmund ne possède pas d’équipe féminine apparaît presque comme une anomalie. Surtout quand cela devient doucement la norme un peu partout en Europe. Cependant, il existe quelques arguments qui font sens dans ce refus, à commencer par les deux équipes de Bundesliga déjà installées dans la Ruhr. Si le BvB venait à mettre en place un structure féminine, du fait des moyens largement supérieurs qu’ils possèdent, cela se ferait au détriment de ces deux équipes. 

Interrogée à ce sujet, la journaliste et spécialiste du football féminin allemand, Jasmina Schweimler, évoque justement cet argument : « A un moment donné, ils ont dit qu’ils ne voulaient pas s’interposer face aux autres clubs de la région ». Elle rajoute cependant : « le club a une fois communiqué qu’il n’avait « pas d’histoire dans le football féminin » et que les départements du club avaient toujours été le football masculin, l’équipe féminine de handball, l’équipe de ping-pong ainsi que l’équipe cécifoot ». 

De fait, on voit que l’idée d’avoir une équipe féminine ne semble pas vraiment être dans les cartons. Pour ne pas aider, rares sont les montées au créneau pour demander la mise en place de cette structure. Cependant, l’air semble tourner, notamment depuis cet été avec la Coupe du monde. Durant cette première partie de saison, on a pu voir une banderole dans la Südtribune du Westfalenstadion sur laquelle on pouvait lire « Le football est pour tous – une équipe féminine, maintenant ! ». 

« Le football est pour tous – une équipe féminine, maintenant ! »

A cela s’ajoute les déclarations de quelques joueuses allemandes, comme celle de Lina Magull ou encore l’internationale allemande Almuth Schult, gardienne du VfL Wolfsburg qui n’y est pas allée de main morte, comme le rapporte J. Schweimler : « Si Dortmund organisait des essais pour les femmes, je crois qu’il y aurait des centaines de joueuses qui voudraient y participer. Je connais quelques joueuses de l’équipe nationale qui pourraient totalement jouer pour Dortmund s’ils créaient une équipe féminine. Je ne pense pas que le club réalise le potentiel qu’il a ». Ces propos ont été aussi soutenu par Alexandra Popp, tout comme la banderole apparue lors du match face à Paderborn, elle qui aimerait jouer pour son club de cœur comme elle l’avait dit sur Instagram. Preuve que l’on veut voir une section féminine du côté du Borussia Dortmund. 

Si lors des dernières années, la direction du Borussia Dortmund semblait se refuser à avoir une équipe féminine, la situation évolue et la dernière assemblée générale en est une preuve. Lors de cette réunion de novembre, où plusieurs membres du club étaient présents mais aussi les joueurs du club, la possibilité d’avoir une équipe féminine a été évoqué par Carsten Cramer et il a été promis de présenter un projet lors de l’assemblée suivante. On sent toutefois de la prudence là-dedans. Notamment parce que les coûts liés à une équipe professionnelle mettrait en danger le statut d’association du club. Il est donc impossible pour le club de se jeter à corps perdu dans cette direction, puisque le sport professionnel ne peut être financé que par l’intermédiaire de l’argent des membres. Si le club venait à créer sa structure féminine, cela se ferait sans doute en commençant par les bases, afin de ne pas précipiter les choses ni de mettre en danger la situation financière du club. À ce stade, tout cela n’est qu’hypothétique, mais il est possible qu’à terme, le Borussia Dortmund possède une équipe féminine. Mais cela ne se fera sans doute pas demain. 

Il va s’en dire que l’idée de voir Dortmund posséder une équipe féminine semble faire l’unanimité, ou au moins être demandée par de plus en plus de fans du club. La journaliste Jasmina Schweimler a un avis relativement différent : « En général, de mon point de vue, il n’y a pas de meilleur moment pour lancer une équipe féminine que maintenant. C’est aussi quelque chose dont la Bundesliga a besoin afin de rester compétitive. Et le manque de compétitivité est définitivement quelque chose qui met en difficulté le championnat. D’un autre côté, je ne suis pas une fan de l’idée qu’il faut forcer la main des clubs. Si le cœur ne le veut pas, il vaut mieux laisser les choses ainsi. Il y a déjà beaucoup trop d’équipes féminines laissées à l’abandon. Comme mentionné dans un article de Schwatzgelb.de, il est déjà clair que l’équipe féminine de Dortmund ne pourrait pas être appelé « professionnelle » puisque l’argent des membres ne pourrait pas couvrir des joueuses professionnelles ».

Il est évident qu’on est encore loin de voir le Borussia Dortmund jouer en Frauen-Bundesliga pourtant, cela pourrait être une bonne chose, surtout à l’heure actuelle. Mais aussi parce que pour un club qui se dit être progressiste, cela semble être la norme. Pourrons-nous voir cela un jour ? Lina Magull et Alexandra Popp pourront-elles porter le maillot jaune et noir ? Telle est la question. Mais il est indéniable que l’on est désormais sur la bonne voie. 

Crédit photo: Actionplus / Icon Sport

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