Pourquoi les commentateurs français sont-ils si mauvais ?

On ne compte plus le nombre d’explosions de tensiomètres survenues à l’écoute des poètes commentant notre Ligue 1.  « Enigmatique Mitroglou », « En face, ce n’est pas Gijon ni Valladolid… » font notamment parti du corpus de pépites qui foisonnent à longueurs d’années sur nos antennes. Des répliques qui ne manquent pas d’alimenter les tendances Twitter au milieu d’autres bourdes tout aussi burlesques comme le fait d’avoir confondu Matuidi et Verratti ou encore d’annoncer la sortie de Florian Thauvin alors que celui-ci est blessé depuis le début de saison. Malgré tout, certains commentateurs tirent leur épingle du jeu à l’image du duo Da Silva – Da Fonseca ou encore d’Eric Di Meco ou Habib Beye. Quelques arbres qui ne cachent pas la forêt. L’histoire de désamour entre les commentateurs et les amateurs de ballon rond est bien réelle.

Le commentaire sportif, c’est l’articulation de l’image et du son mais aussi de différents espaces. L’essence même de la fonction de commentateurs sportifs est de relier le lieu où se déroule l’action à celui d’où elle est regardée. Chacun d’entre nous est en capacité de citer un commentaire marquant et de le relier à un grand souvenir sportif de sa vie. Pour beaucoup, le « Vas-y mon petit ! » du regretté Thierry Gilardi symbolise cette articulation entre le lieu de l’action et le salon de millions de français. Le lien semble pourtant brisé depuis. Les commentateurs ne parviennent plus à être ce liant entre action et spectateurs, mais pourquoi ?

Ecole française vs école anglosaxonne

 

Il est nécessaire de replacer les commentateurs français dans la globalité de la discipline. L’école anglosaxonne érige l’image comme son principal outil de travail. Elles parlent d’elles-mêmes et les prises de paroles existent pour les mettre en valeur. Un commentaire efficace est un commentaire qui ne pollue pas l’action qui se déroule à l’écran. L’illustre commentateur anglais Peter Drury illustre cela par ces mots : « Un commentateur ne manquera jamais de saisir l’instant et de vous donner des frissons avec des commentaires excitants ». Le devoir du commentateur est d’intensifier la charge émotionnelle de l’image, ses mots vont agir comme le liant entre le gazon et le salon.

C’est tout l’inverse lorsque l’on écoute les commentateurs français actuels. Les prises de paroles polluent bien souvent le spectacle proposé allant même jusqu’à déconnecter les spectateurs et l’action de jeu. Private jokes avec des collègues, jugements de valeurs inutiles ou encore commentaires imprécis sont les ingrédients de l’incompétence d’une bonne partie d’entre eux. Pire, les prises de paroles se concentrent désormais sur les éléments polémiques d’une partie de football à l’image des décisions arbitrales. Il est difficile de percevoir leurs interventions comme facilitatrices du jeu mais bien comme concurrente du spectacle proposé.

Des commentateurs qui symbolisent l’entresoi

S’ils ne parviennent plus à connecter le spectateur à l’action, c’est notamment parce qu’il est difficile pour l’amateur de ballon rond de se retrouver dans leurs interventions. Le football est le sport populaire par excellence et les commentateurs devraient en être le reflet.

Les commentateurs semblent pourtant être le reflet d’un entresoi télévisuel qui explique le désintérêt croissant pour le petit écran depuis des années déjà. Les matchs sont commentés par eux et pour eux semblent-ils. On ne manque jamais de « saluer le travail formidable » d’un collègue qui n’est connu que d’eux ou encore de se lancer des privates jokes alors que le jeu se déroule devant nos yeux.

Il en est de même pour les consultants en plateau qui sont aujourd’hui des vieux routards du circuit audiovisuel français ou même des entraîneurs de Ligue 1 dont le politiquement correct est frappant à l’heure de critiquer le jeu de leurs ex-collègues. Un contenu lisse et déconnecté de la réalité du spectateur d’autant plus qu’ils ne semblent regarder que les matchs qu’ils commentent. Difficile de réduire le championnat d’Espagne à des équipes comme Gijón ou Valladolid quand on prend la peine de s’intéresser à la Liga ou de confondre Benjamin Lecomte et Morgan Sanson lors d’un Monaco-PSG… Difficile pour les puristes de s’y retrouver tant l’ignorance footballistique à l’antenne est criante.

 

Fruits de leur époque

 

Dans une époque où la dictature de l’instantanéité fait rage, l’analyse des commentateurs footballistiques ne fait pas exception. Le résultat d’un soir remet en cause la dynamique de long terme, les jugements définitifs et arrêtés sont légions et cela nuit à la qualité de l’analyse de la partie en cours. La bonne entame de partie d’une équipe est totalement effacée lorsqu’elle encaisse un but. A l’inverse, elle n’est pas soulignée si cette équipe ne concrétise pas ses temps forts. Par ailleurs, le joueur moyen devient fantastique s’il réussit à enchainer cinq matchs de bonne facture. La vérité est forcément blanche ou noire, le gris fait défaut.

La journée de Ligue 1 qui s’est clôturée ce dimanche soir en a une fois de plus témoignée : le match nul de l’OM face à Angers a permis aux commentateurs de s’avancer sur l’effondrement annoncée d’une équipe confortablement installée à la deuxième place du podium. La belle victoire lyonnaise a semblé masquer les défaillances sportives d’un club à la peine depuis 6 mois. Bien ancrés dans leurs époques, nos chers commentateurs sportifs français font également preuves d’un certain populisme lorsque il s’agit d’analyser un match. La petite équipe qui verrouille et ne propose rien face à une équipe jugée plus prestigieuse sera systématiquement décrite comme « valeureuse » tandis que l’autre sera « en manque d’idées ».  

 

Des bonnes initiatives pourtant

Alors oui, la majorité des commentateurs à l’antenne sont difficilement défendables. Que faut-il penser quand ils sont dans l’incapacité de comprendre que Nemanja Radonjic a remplacé numériquement Dimitri Payet dans le onze olympien face à Angers mais que son rôle n’est absolument pas le même que l’international français ? Rien de bon assurément.

Critiquer à juste titre c’est bien, mais il faut également souligner ce qu’il se fait de mieux. Dans le registre, il faut dire que les commentateurs de Bein Sports ont souvent fait cas d’exception. Le duo Da Silva-Da Fonseca s’avère extrêmement complémentaire de part les envolées lyriques d’Omar et le pragmatisme apprécié de Benjamin. L’émotion que sont parvenus à transmettre Alexandre Ruiz puis Eric Di Meco lors des rencontres de Liga ou de Ligue des Champions pour le second a su trouver son public également.  Une véritable plus-value apportée par ceux qui mettent le spectacle et non leur propre personne en avant.

Credit photo : Icon Sport