[Ligue 1] Duje Caleta-Car, le réveil de la force

L’aventure olympienne n’est pas un long fleuve tranquille pour Duje Caleta-Car. Arrivé le vent en poupe à Marseille après une saison aboutie au Red Bull Salzbourg, le vice-champion du monde était très attendu dans la cité phocéenne. Un transfert bouclé autour des 20 millions d’euros, et l’étiquette d’un jeune défenseur central en devenir, recruté pour former une charnière centrale pleine d’avenir avec l’étoile montante du centre de formation, Boubacar Kamara. Mais le début de cette relation idyllique eut du retard à l’allumage. Une histoire qui naquit un soir d’août 2018, au stade des Costières à Nîmes. Un cadeau empoisonné pour le vice-champion du monde qui passa complètement à côté de son sujet. Un chemin parsemé de haut et de bas entrepris il y a plus de 18 mois, où Duje gravit les étapes les unes après les autres, pour devenir une référence à son poste dans l’Hexagone. Une trajectoire réussie, et un retour à Nîmes qui sonne comme un symbole ce soir. Retour sur l’évolution de Duje Caleta-Car sous la tunique marseillaise.

Sur les tablettes du FC Séville, le jeune défenseur croate rallie l’OM et Marseille le 20 Juillet 2018, contre un chèque avoisinant les 20 millions d’euros. Une somme qui ne laisse personne indifférent. Un joueur pas totalement méconnu du public local, puisqu’il avait déjà affronté son futur club avec le Red Bull Salzbourg en Ligue Europa. Le montant du transfert intrigue à cette époque. Finaliste de la coupe du monde, Duje reprend avec le groupe tardivement. En pleine préparation, il n’est pas retenu pour la première journée.

Des débuts compliqués :

Vint cette fameuse soirée du 19 Août 2018. Deuxième journée de Ligue 1, les Olympiens se déplacent sur la pelouse périlleuse de Nîmes, fraîchement promu en Ligue 1. Un adversaire compliqué à jouer couplé à une ambiance hostile. Quoi de mieux pour lancer un jeune joueur, en manque de condition, en provenance d’Autriche. C’est sûrement ce que s’est dit Rudi Garcia, qui l’aligna avec Adil Rami. Sans surprise, la défense prend l’eau, et le Croate est déjà pointé du doigt. Nîmes contrôle les débats, et dicte le tempo du match. Défaite 3-1 des Marseillais, et première contre-performance du Croate. Une aubaine pour mettre en confiance une de ses recrues phares.

Après cette déconvenue, Duje prend place sur le banc pendant quatre rencontres. Il retrouve une place de titulaire un mois plus tard en Europa League face à Francfort, et en Ligue 1 face à Lyon. Le bilan est salé. 6 buts encaissés et 1 carton rouge face à Lyon, ses premiers pas à Marseille sont compliqués. Il doit se contenter d’un temps de jeu famélique pendant des semaines. Il pouvait grapiller des minutes en Europa League, sans pour autant augmenter son capital confiance. Emprunté dans une équipe qui tournait au ralenti, il livre une prestation en demi-teinte une nouvelle fois contre la Lazio courant Novembre. Fautif sur le premier but, Duje ne semble pas trouver sa place au sein du collectif marseillais. Ses premiers mois étaient donc poussifs. L’incompréhension régne en maître au sein des supporters Marseillais. Le montant du transfert revenant souvent sur la table.

Pour autant, tout ceci était compréhensible. Seulement 22 printemps à son actif, le robuste défenseur doit digérer un transfert onéreux, et découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture, un nouveau football. De surcroit, il n’était pas évident d’intégrer une équipe en réelle perte de vitesse, qui déjoue rencontre après rencontre, sans plan de jeu, et qui s’en remet souvent à ses individualités. Enfin, les autres centraux n’affichent pas le rendement attendu, entre Rolando blessé, ou Adil Rami la tête en Russie.
« L’année dernière, je venais d’arriver, je n’étais pas en forme, tout était nouveau en plus, j’évoluais dans un meilleur championnat, avec de meilleurs joueurs, et j’ai connu une baisse de confiance ».

Une association pleine d’espoir :

La seconde partie de saison fut déjà bien plus intéressante. Il fut rapidement associé à son jeune compère Boubacar Kamara. Très complémentaire, ils livrèrent de très bonnes prestations au sein de la charnière centrale. Ce regain de forme, lui permit de s’installer solidement au sein de la défense, et de devenir un titulaire indiscutable. Réputé pour disposer d’un jeu long de haut niveau, le Croate fit étalage de toute sa finesse pour adresser des amours de ballons à ses coéquipiers par le biais de transversales majestueuses. Défensivement, Duje semble sur courant alternatif, mais des progrès significatifs sont visibles.

Un homme clé de l’équipe :

Mais c’est surtout lors de l’exercice actuel que le talentueux défenseur central tire son épingle du jeu. Après un début de saison mitigé, où le collectif d’André Villas-Boas cherchait des automatismes, le natif de Sibenik profite de la blessure d’Alvaro, jusqu’ici très bon, pour devenir un élément indispensable de l’équipe. Au fil des matchs, Duje monte en puissance pour passer progressivement de numéro 3 dans la hiérarchie à numéro 1. En présence d’un Alvaro blessé, et Boubacar Kamara encore quelque peu tendre pour prétendre à ce poste, Duje devient peu à peu l’assurance tous risques en défense centrale. Il est par exemple l’un des rares à tenir son rang dans la débâcle survenue contre Paris. En perpétuelle évolution, ce dernier semble encore plus solide depuis 2020. Très précieux contre Rennes, Lille ou encore Toulouse, il semble être en pleine possession de ses moyens et est un acteur majeur de la solidité défensive des protégés du technicien portugais. En effet, l’arrière garde Marseillaise a encaissé seulement 10 buts sur les 15 derniers matchs, avec en prime pas moins de 7 clean sheets durant ce laps de temps. Une prouesse remarquable après avoir encaissé 15 buts en 11 journées.

Cette solidité est un facteur important des succès récents de l’OM. Proche du néant dans le jeu depuis près de 2 mois, les Marseillais ont pu s’en remettre à leur défense pour consolider leur avance au classement dans la quête de la seconde place.

Une arrière garde qui s’entend aussi bien sur et en dehors du terrain. L’arrivée d’Alvaro Gonzalez n’est pas étrangère à ce renouveau de la défense olympienne en témoigne les propos de Caleta Car : « Oui, clairement, sa venue a été une très bonne chose pour l’équipe, pour Perrin, Kamara et moi. Il est notre guide, il nous aide, nous donne des conseils, il est toujours là pour nous, il a cet esprit gagneur pendant les matchs, même à l’entraînement. »

Dans cette lignée comment ne pas évoquer l’impact du nouveau technicien, André Villas-Boas, qui semble faire l’unanimité au sein de l’effectif. Un entraîneur qui a le mérité d’avoir créé une véritable cohésion dans l’équipe, et su redonner confiance à certains éléments en proie au doute. Une méthode encensée par l’homme fort de la défense marseillaise : « On se sent tous très à l’aise avec lui. Il parle beaucoup avec nous, il nous montre nos erreurs, les corrige. On est tous très détendus, dans ces conditions, on peut faire du bon travail. Tout le monde est très satisfait. Pour ce qui est de ses compétences footballistiques, il sait ce qu’il attend de nous et ce qu’il veut faire avec nous. »

Un joueur complet :

Il présente un large éventail de qualités hautement bénéfiques à son équipe. Très à l’aise balle au pied, il n’hésite pas à prendre l’espace disponible devant lui pour faire avancer le bloc, et permettre à l’équipe d’être en surnombre sur les phases offensives, en atteste son tir monumental contre Strasbourg où il s’est retrouvé en position d’attaquant gauche. Serein dans ses passes, il est capable de casser des lignes avec des passes verticales, et donc représente une garantie importante pour assurer la première relance. Son jeu long est sûrement l’un des meilleurs d’Europe, et ses extérieurs du pied gauche ou pied droit, en font frémir plus d’un dans les travées du Vélodrome.

Une idée reçue repose sur le fait que Duje Caleta-Car soit lent. Une donnée erronée, quand on connait sa faculté à tenir la dragée haute aux attaquants prenant les espaces en profondeur. Très rapide et puissant, il assure une stabilité dans le dos des défenseurs. Son gabarit et sa détente sont également non-négligeables pour gagner les duels aériens, aussi bien défensivement qu’offensivement. Enfin sa force physique et athlétique lui confère un avantage régulier dans ses duels, où il sort généralement gagnant.

Néanmoins, tout n’est pas parfait, et certains aspects de son jeu peuvent être encore améliorés. Tout d’abord en contrôlant sa fougue et sa concentration sur tout un match. A l’instar d’un tacle pas maîtrisé face à Rennes, il se laisse parfois avoir facilement, et peut être l’auteur d’interventions musclées qui peuvent pénaliser l’équipe sur le match. Dans cette lignée, son placement laisse parfois à désirer, et les attaquants arrivent à se placer subtilement afin de prendre la profondeur derrière lui. Ces petits détails peuvent être réglés, d’autant qu’il est très jeune.

Un talent de notre chère Ligue 1 qui devrait susciter pléthore de convoitises lors du mercato estival. Très complet, il pourrait être sur les tablettes de plusieurs grosses écuries européennes. Pour autant, les supporters de l’OM espèrent bien le conserver. Ce dernier est comme un poisson dans l’eau à Marseille, et se verrait bien poursuivre l’aventure avec l’OM afin de disputer la plus prestigieuse des compétitions européennes au Vélodrome : « J’espère rester à l’OM et jouer la Ligue des champions. C’est un de mes plus grands rêves depuis tout petit, je n’ai pas pu le faire l’année dernière avec Salzbourg, j’espère le faire avec Marseille ».

Lui n’aime pas le terme revanche, mais Duje Caleta-Car a fait du chemin depuis ce soir d’Août 2018. Dans un football où le temps est de plus en plus restreint, le colosse croate a pris son mal en patience, et travaillé d’arrache-pied pour renverser la vapeur. Le football est généralement une question de cycle, de dynamique, et son parcours à l’OM l’illustre parfaitement. Après avoir intégré difficilement son nouvel environnement, Duje est devenu un élément prépondérant de l’effectif marseillais. Un retour au premier plan qui fait le bonheur des supporters de l’OM.

Crédit photo : Icon Sport.

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Sinon, c'est si cool que ça d’être champions ?