Alors que le Bayern, Leipzig et Dortmund ont triomphé en huitièmes aller de Champions League, la lutte fait rage au sein même de la Bundesliga. Une joute à laquelle Mönchengladbach est venu se mêler tandis que Leverkusen s’est placé dans l’angle mort des favoris. D’ordinaire le suspense ne connaît pas une si longue espérance de vie en Allemagne, résistera-t-il jusqu’à faire vaciller la dynastie de sept titres du Bayern ?

Une compétition aux allures de Game of Thrones saison 9. En ce début de décennie, rares sont les championnats où la victoire finale concerne autant d’équipes. L’an passé le Bayern avait déjà été bousculé par le Borussia mais cette saison, les forces en présence sont disséminées partout sur le territoire. Alors, amateurs de Currywurst, fans de Schumacher ou amoureux de Daenerys en manque de séries à sensations, cap sur le sprint final de GOD (Game of Deutschland, pas de Griveauseries) dans la langue de Goethe.

Résultats des courses après 25 journées

Si l’infime écart qui sépare le Bayern de ces poursuivants au classement est étonnant, c’est le spectacle de cette Bundesliga qui laisse croire qu’une énorme bourrasque pourrait faire chavirer le Rekordmeister de son piédestal. Aujourd’hui les Bavarois sont en tête, et ce depuis 6 journées, mais ils ont pris le temps avant d’aiguiser les crampons.

Source : WhoScored

À l’aube de la saison, Niko Kovač n’avait convaincu personne, son effectif manquait de profondeur, il n’en fallait pas plus pour exciter les autres écuries allemandes. Le Borussia de Gladbach et le RB Leipzig sont partis en trombe et se sont échangés la première place jusqu’à la trêve. Les Fohlen sont restés en tête de la 7ème à la 14ème journée, mais avec 7 victoires en 8 matchs pour conclure l’année et un Werner efficace, c’est Leipzig qui finit champion d’automne.

De leur côtés, les Borussen ont fait le yo-yo de la première à la huitième place avant d’envoyer une claque à 5 buts à Düsseldorf et de s’installer durablement dans le Top 4. Le temps pour Lucien Favre de stresser un coup pour son job et d’en prendre quatre contre le Bayern… d’Hansi Flick. À la suite d’un revers de 5 à 1 à Francfort début novembre l’ex-adjoint de Kovač dépasse le maître et fera plus que de l’intérim.

Ce n’est qu’après des défaites contre Leverkusen et Gladbach que les Bavarois ont ressorti le rouleau compresseur. Depuis onze rencontres, seul Leipzig a obtenu 1 point de ce Bayern imbattable. Ce 0-0 avait permis aux Leipziger de garder toutes leurs chances après avoir perdu contre l’Eintracht Francfort et arraché le nul contre Mönchengladbach. En revanche le 0-0 de ce week-end à Wolfsburg est regrettable pour le RB et Dortmund en profite pour booster son classement. Le BVB est venu à bout des Fohlen tombés à la cinquième place et victimes du réveil éclair de Leverkusen.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que chacun a fait de l’irrégularité une amie intime cette saison. Les dynamiques sont inégales mais l’esprit de conquête est bien là et les buts pleuvent.

Bundesliga saveur spectacle

Devant ce Top 5, des tendances assez équivalentes se dégagent. Les effectifs ont été bâtis à l’image de leur entraîneur respectif et ces coachs ont de réelles idées de jeu. Culture du gegenpressing, des blocs médians/hauts, recherche de verticalité et de vitesses d’exécution… Les techniciens à la mode en Bundesliga raffolent du même football mais le mangent chacun à leur sauce.

À Munich, Hansi Flick commence à connaître le goût de la crédibilité. Avec ses principes de jeu bien plus offensifs que ceux de son prédécesseur, Flick a articulé une équipe qui aime avoir le ballon (63% de possession en moyenne) tout en progressant rapidement dans le camp adverse. Sous sa coupe, Müller est redevenu le joueur ultra intelligent qu’il était et Thiago épaule parfaitement Kimmich dans l’entrejeu. Une force collective se dégage de ce groupe, sublimée par certaines individualités.

En l’absence de Lewandowski, Flick fait confiance au jeune Joshua Zirkzee. Crédit photo : Icon Sport

Sur les ailes, la relation technique entre Gnabry et Lewandowski épate l’Europe. Serge totalise 18 buts et 11 assists TCC mais que dire de son compère. En plus de participer au jeu d’une équipe qui a inscrit 73 buts en 25 matchs, le meilleur 9 du monde a compilé 25 pions en Bundesliga. Cependant Rob’ n’a actuellement plus de genou gauche et ne devrait le retrouver qu’en fin de mois.

Malgré certaines blessures (Coman, Süle), la polyvalence de ses hommes permet à Flick d’alterner entre 4-2-3-1 et 4-3-3. Derrière, ça ne bouge pas. Le robot Neuer n’a visiblement pas l’option obsolescence programmée ; le décalage d’Alaba au côté de Boateng est une réussite et le travail de Pavard satisfait en Bavière. Mais comment ne pas évoquer le repositionnement de Davies au poste de latéral gauche ? Perché sur ses cannes de feu, il exploite au maximum son couloir.

À cinq longueurs de là, le RB Leipzig n’a jamais été aussi dangereux. Des jeunes loups qui obéissent à la craie et à l’œil de Nagelsmann. Un chef de meute plus jeune que ton père (32 ans) qui orchestre son équipe autour d’un style énergique, fait de courses et de pressing à haute intensité.

Si actuellement Leipzig pioche, le turnover de Nagelsmann et le calendrier pourrait faire la différence. Crédit photo : Icon Sport

Lui aussi a une addiction aux projections rapides vers le but. Pour ce faire il peut compter sur Timo Werner. S’il n’a inscrit que 3 buts sur la phase retour et qu’il nourrit sa réputation de fantôme frustré dans les gros matchs, Werner a tout de même marqué 21 fois. De retour aux affaires après un petit coup de moins bien, son pote Schick crée des espaces que Timo exploite au mieux avec sa vitesse. Le Tchèque pèse aussi sur coup de pied arrêté, secteur où Leipzig performe (11 buts).

Nagelsmann jongle entre les systèmes mais il a mis en place sa défense à 3 et accepte le déséquilibre tant que cela lui permet de marquer. Devant Gulácsi, Halstenberg et Klostermann sont désormais plus axiaux que lors de leur passé de latéraux. À l’inverse, Upamecano est un stoppeur pur et physique. Un cran plus haut, Laimer est le joueur de devoir de l’équipe et est souvent associé à Sabitzer, un joueur de ballon avec une grosse frappe et un beau sens de la passe. Le jeu de Leipzig s’appuie aussi sur les pistons Angeliño et Mukiele mais le Français qui fait du bruit, c’est Nkunku. 12 passes dé pour l’ex-parisien qui a poussé Forsberg sur le banc et devra résister à la concurrence de Dani Olmo.

Deux Borussia assez endurants ?

Du côté de la Ruhr, le BVB s’accroche même si la sérénité n’est pas la bienvenue au Signal Iduna Park. Souvent Dortmund s’est sabordé à coups d’erreurs individuelles (cf. 3-3 contre le RBL) et d’absence de replacements des joueurs de côté.

Des côtés qui font tout de même la force des Jaune et Noir. Sancho est un phénomène fin et dangereux (14 buts, 15 passes). Hakimi combine aussi bien avec l’Anglais qu’avec un Hazard décisif et à gauche, Guerreiro pète la forme. Avec sa riche animation offensive, le Borussia est l’équipe qui exploite le plus ses couloirs. 79% de son jeu s’articule via les ailes.

Source : WhoScored

Cependant, Favre met de l’eau dans son vin. Inquiet de prendre une valise contre Paris – et lassé de voir Hummels et Zagadou galérer à couvrir l’espace dans leur dos – c’est un nouveau Dortmund auquel nous avons affaire. Moins flamboyant, le BVB reste sur quatre succès dont trois clean sheets. Bürki et sa charnière centrale font le boulot et, sous l’impulsion de Witsel et Can, les efforts sont plus collectif. Le double-pivot du 3-4-3 a un volume monstrueux et est la rampe de lancement de contres explosifs. Can s’est vite intégré, le mercato a d’ailleurs relancé la saison de Dortmund. Håland, l’autre nouveau, a encore de l’acné mais il est un vrai renard à grosse frappe. Le Norvégien apporte énergie et verticalité et pèse sur les défenses.

Comme son homologue de Leipzig, Marco Rose a rejoint son club l’été dernier et possède un sacré bagage tactique. La doublette Rose-Marić est capable d’ajuster son système en fonction des adversaires et Max Eberl, patron du sportif à Gladbach, lui a construit un bel effectif. Thuram s’éclate et fait marquer ses partenaires (6 pions et 8 assists). Le petit de Lilian est puissant et polyvalent tandis que Pléa pèse de part ses déplacements et ses orientations de jeu.

Si Stindl auteur de deux récents doublés participe à la belle animation offensive, c’est surtout l’intensité du jeu sans ballon des Fohlen qui impressionne. Là encore, le pressing est efficace et le bloc ne recule pas à la perte. Une stratégie dépendante de l’activité de Zakaria, véritable tueur de contre-attaques. Le Suisse est aussi très fort pour casser de la ligne et lorsqu’il est replacé en charnière centrale, le bloc recule inévitablement. Néanmoins cela profite aux latéraux actifs que sont Bensebaini et Lainer. Sömmer est peut-être le meilleur gardien du championnat et couvre bien les espaces derrière Elvedi et Ginter. Le second cité a pour sa part été élu joueur allemand de 2019.

Cependant l’ex-meilleure défense d’Allemagne est plus perméable et la fatigue s’installe, à l’image de la blessure de Zakaria. Pourtant très costaud chez lui, Gladbach a sûrement dit adieu au titre en laissant le BVB gagner au Borussia Park.

Une série impossible à spoiler

Avec ces formations plus spectaculaires les unes que les autres, le sprint final sera houleux. À moins que le Bayern n’écrase la concurrence. Pour le Rekordmeister le tout sera de jouer sur plusieurs tableaux. Gérer son statut de favori en Ligue des Champions (favori selon certains observateurs)  sans sélectionner ses matchs. Augsbourg a failli en profiter hier mais Goretzka a éteint l’incendie. Tolisso ou Hernandez imiteront-t-ils l’Allemand en profitant des blessures pour se relancer ? En tout cas le calendrier est chargé. Le Bayern va devoir se fader Leverkusen ou Gladbach et surtout se déplacer à Dortmund en championnat.

Le Klassiker s’annonce bouillant : les Jaunes n’affichent aucune défaite à la maison et Reus devrait être de la partie. Son absence avait plombé le BVB en fin de saison dernière. Delaney va renforcer le milieu et le retour du complet Brandt est déjà précieux. À noter : l’importantissime enchaînement PSG-Schalke 04.

Pour sa part Leipzig recevra un Dortmund médiocre à l’extérieur lors de l’avant-dernière journée. Seul gros poisson au menu – hors LdC – alors que les taureaux ont pour hobby de torpiller les équipes moyennes. Une pensée pour Mayence, qui avait pris 8 balles à la Red Bull Arena. Calendrier abordable donc mais obligation de retrouver de l’efficacité. De plus, die Roten Bullen progressent défensivement et le turnover organisé par Nagelsmann aura permis au groupe de s’économiser… Sans compter le bonus boissons énergisantes à volo.

Dans ce groupe de tête, Gladbach est sur la moins bonne dynamique. Rééditer l’exploit contre le Bayern relève du nécessaire. La sortie de route en Europa League va permettre des économies de carburants pour une équipe largement distancée. La réception de Cologne, match en retard de la 21ème journée, est synonyme de must win.

Un mot pour le Bayer Leverkusen. La belle formation de Peter Bosz n’inquiète pas outre-mesure le leader mais présente une forme massacrante. Le Bayer est sur une belle série, use d’un jeu de possession enthousiasmant et possède un beau potentiel offensif avec Diaby, Demirbay, Amiri et Havertz. Attention, Leverkusen peut devenir le juge de paix de la course au trône. Après avoir terrassé Dortmund (4-3) et accroché le RBL (1-1), le B04 défiera Gladbach et Munich. Les prétendants ont du souci à se faire, le gardien Hrádecký est un vrai distributeur de frustration. La Werkself est encore en course en Europa League. Compétition où la Bundesliga a également placé trois équipes (B04, Wolfsburg, Francfort) en huitièmes.

Alors le final de Bundesliga sera-t-il synonyme d’apothéose ? Jusqu’ici les scénaristes ont été excellents mais qui des terrifiants “Marcheurs blancs” du Bayern ; d’un RB Leipzig rejeté puis admiré tel Tyrion Lannister ; du Gladbach du tacticien Stannis Rose ou du Borussia aux ailes enflammées façon Targaryen s’imposera ? Encore neuf épisodes et GOD rendra son verdict.

Crédit photo : PictureAlliance / Icon Sport 

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