Une nouvelle génération pleine de personnalité

De plus en plus de jeunes joueurs se distinguent par leur maturité et leur personnalité sur le terrain. Ils commencent à bousculer les codes établis. Pour notre plus grand bonheur.

« Mais c’est pas possible, il ne peut pas être aussi jeune ! » Vous aussi, vous vous êtes déjà fait cette réflexion devant un match, bluffé par la maturité d’une jeune pousse ? Bienvenue au club et je pense que nous sommes nombreux.

Eduardo Camavinga est typiquement le genre de joueur pour lequel on fait ce genre de réflexion. Sa dernière rencontre, face à Montpellier, en est l’illustration parfaite. Du haut de ses 17 ans, le jeune Rennais dispose d’une maturité folle mais surtout d’une grosse personnalité sur le terrain. Libéré de certaines tâches défensives par l’arrivée de Steven Nzonzi, il a livré un récital : projections, prises de risques balle au pied et dans le choix des passes… Déjà, plus tôt dans la saison, il avait impressionné par sa science du jeu. Par exemple, à Brest en septembre, il était aligné en pointe basse dans le milieu à trois du 3-5-2 de Julien Stephan. Associé à Clément Grenier et Benjamin Bourigeaud, il s’était mué en chef d’orchestre, malgré l’expérience de ses partenaires, pour organiser le pressing et la récupération dans un schéma tactique qu’il connaissait peu.

Trop de joueurs qui se ressemblent

Eduardo Camavinga fait partie de cette nouvelle génération qui n’a pas froid aux yeux. Une génération qui semble bien décidée à bousculer les codes d’un championnat qui s’est quelque peu endormi. On retrouve, en Ligue 1 notamment, un nombre important de footballeurs qui se cachent. Peu présents à la récupération, absents à la construction, ils font presque office de fantômes sur la pelouse. Sur cette liste, non exhaustive, figurent, par exemple, Lucas Tousart, Mehdi Abeid ou encore Youssef Ait-Bennasser. Pour ce dernier, le comble est que Bordeaux s’est séparé de Zaydou Youssouf, un milieu de terrain créatif avec beaucoup de personnalité auteur d’une première partie de saison aboutie avec Saint-Etienne, capable de dicter le tempo d’une rencontre, pour le remplacer, entre autres, par un joueur qui n’a (presque) pas d’influence sur le jeu de son équipe.

La « personnalité », un terme que l’on entend de plus en plus souvent dans le football. Dans la vie de tous les jours, c’est ce qui différencie une personne de toutes les autres. Ramené au football, c’est ce qui différence un joueur de tous les autres. Si vous regardez ce (magnifique) sport assidûment, vous avez sans doute remarqué que beaucoup de joueurs se ressemblaient dans leur manière de jouer.

L’opposition Caqueret – Tousart

Ici, pas besoin de parler fort pour prouver sa personnalité. Sur le terrain, ce sont les pieds et la tête qui s’expriment. Et les leurs sont remplis de talent. Eduardo Camavinga et Zaydou Youssouf, donc, mais également Maxence Caqueret, Youssouf Fofana, Tanguy Kouassi, Ibrahima Diallo, Imran Louza. Si on quitte la France, on peut ajouter Billy Gilmour, Hamed Traoré ou encore Jean-Clair Todibo à cette longue liste. S’ils n’évoluent pas tous au même poste sur le terrain, ces joueurs se distinguent par leur maturité et leur personnalité balle au pied.

A Lyon, par exemple, Maxence Caqueret a prouvé son importance lorsqu’il jouait avec sa capacité à aérer le jeu de son équipe. Quand Lucas Tousart va chercher la solution la plus simple, la plus proche de lui et, souvent, en retrait, Caqueret va tenter de trouver une passe qui fait avancer son équipe, quitte à prendre des risques. Une meilleure qualité technique, une plus grande confiance en ses qualités mais, surtout, une recherche constante de l’amélioration du jeu. C’est la principale différence entre ces deux types de joueurs. Plutôt que de faire la distinction facile, et souvent erronée, entre le physique et la technique, il faut faire le distinguo entre la paresse intellectuelle et la recherche de l’excellence. Alors, oui, Maxence Caqueret peut avoir du déchet dans son jeu, comme tous les joueurs qui prennent des risques. Mais sur le long terme, c’est avec ce genre de footballeurs qu’une équipe progresse.

Trop de joueurs neutres

Si les milieux de terrain axiaux sont au cœur du débat, cette question concerne également les joueurs offensifs. On voit énormément de meneurs de jeu et d’ailiers manquer de personnalité. Trop stéréotypés, trop neutres sur le terrain. Presque des caricatures. Les rares fois où ils font des différences, c’est grâce à leurs qualités physiques et non pas sur une passe lumineuse ou une inspiration technique.

Jonathan Bamba fait partie des joueurs à qui on pense spontanément. La saison passée, avec 13 réalisations, il a eu une part importante dans la deuxième place du LOSC. Mais les buts ne peuvent pas masquer indéfiniment les limites d’un joueur dans le jeu. Cette année, Bamba est moins en réussite avec un but marqué (sur penalty). Il aurait très bien pu compenser ça par un apport dans le jeu. Mais non… Si son pendant à droite, Jonathan Ikoné, n’est, lui non plus, pas aussi bon que la saison passée, il a cet avantage par rapport à Bamba : un jeu plein de personnalité. Il peut passer à côté de ses rencontres mais il va oser. A 21 ans, ce n’est pas encore un produit fini. Il a encore quelques petites imprécisions techniques ou des moments où il ne comprend pas le jeu. Mais il est tout sauf un joueur neutre sur le terrain.

Ne soyez pas neutres, prenez des risques ! Vive le jeu !

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