[Interview] Seiti Touré (2/2) : « À Toulouse, Casanova s’inspirait des équipes espagnoles »

 Traiter le football autrement, c’est aussi mettre en lumière les joueurs de l’ombre. Ceux dont on parle peu, ceux qu’on entend peu, mais ceux sans qui beaucoup ne seraient pas où ils sont aujourd’hui. Seiti Touré est de ceux-là. Milieu de terrain franco-guinéen, il est devenu une figure à part à Toulouse, où il a passé 11 ans sans jamais signer pro. Après son enfance au Mirail et sa formation au TFC, Seiti Touré nous ouvre les portes de l’AS Béziers et du National. Et donne un avis tranché sur le football prôné par Alain Casanova, tout en saluant la sélection de Guinée.

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Ultimo Diez – D’après le site LesViolets.com, le TFC avait prévu de te proposer un contrat pro d’un an à l’été 2018, mais ce serait Alain Casanova, de retour à la tête de l’équipe, qui s’y serait opposé. Ça s’est vraiment passé comme ça ?

Seiti TouréLesViolets disent que c’est Casanova qui s’y est opposé, mais d’après moi, c’est Casanova qui voulait que je signe. Casanova a toujours été très bien avec moi. Avant qu’il quitte le TFC, j’avais repris avec lui et avec les pros. Il me faisait jouer les matchs amicaux, je m’entraînais régulièrement avec eux. Quand il est revenu, puisque j’étais encore là, il m’a fait reprendre avec eux. Il était élogieux envers moi. Je pense que c’est lui qui a proposé, et que certains ont refusé.

Comment tu le vis, quand tu comprends que tu ne passeras pas pro au TFC ?

Sans mentir, j’étais un peu dégoûté, mais sans regret. Je n’en voulais pas à Toulouse, je n’oublie rien. Toulouse est venu me chercher à 12 ans. J’y suis resté 11 ans. Ils m’ont donné mon premier salaire, ils m’ont appris beaucoup de choses. Grâce à eux, je me suis calmé aussi. J’ai appris sur le plan footballistique et sur le plan humain. Donc je ne peux que les remercier. Ce serait ingrat de ma part de parler en mal d’eux.

Tu es resté 5 ans en équipe réserve sans jamais signer pro. Tu t’y es épanoui malgré tout ?

Avec les générations qui sont montées, il y a eu de bons délires, même avec les U19. J’ai toujours eu une bonne affinité avec les plus jeunes. Sur ce plan, il n’y a pas eu de souci. Le championnat N3 est un peu compliqué, mais on avait souvent le ballon, donc on pouvait quand même se régaler. Il y a aussi beaucoup de pros qui sont descendus en National 3 et qui ne s’en sont pas sortis. Parce que ça change : c’est un championnat où ça rentre dedans, où ça joue un peu moins. Nous, on a le ballon, mais dans les équipes adverses, il y a beaucoup de joueurs âgés qui veulent influencer les plus jeunes, en leur mettant des coups, avec des paroles… C’est un peu bizarre.

« Des anciens comme Mostefa ou Tacalfred, la carrière et l’humilité qu’ils ont, c’est impressionnant »

À quel moment tu décides que tu vas quitter le TFC ?

Au retour de Casanova. Je lui ai dit que si je n’avais pas ce que je voulais, je partirais. Il m’a dit qu’il pousserait pour moi, et que si ça ne se faisait pas, il me laisserait suivre mon choix. Voyant qu’il n’y avait pas de nouvelles, j’ai entamé les discussions avec les clubs qui me voulaient.

Et il est réglo, Casanova ? Certains coachs sont connus pour te dire une chose en face et faire l’inverse par derrière…

Oui, très réglo. Ce n’est pas celui qu’ils présentent dans les journaux. Je ne veux pas non plus prendre sa défense, mais que ce soit sur l’humain, et même en tant que coach, c’est un homme très passionné. Quelqu’un qui n’est pas présent aux entraînements ne peut pas savoir. On dit souvent de lui qu’il refuse le jeu, qu’il joue la défensive… Mais les entraînements, les présaisons, tout est uniquement à base de jeu, que du travail technique pour jouer la possession. Si certains, pendant le match, décident de faire autre chose, c’est leur problème. Le travail qu’il a fourni au TFC, c’était du vrai travail. Et même humainement, c’est une très bonne personne. Avec moi, il a toujours été franc.

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Le public français a une image complètement opposée de lui sur le jeu, l’image de quelqu’un qui aligne une défense à 5 pour bétonner…

Tous ceux qui ont eu Casanova en tant que coach, et qui se sont entraînés un long moment avec lui, disent qu’il prônait le jeu. Quand il a joué le maintien, c’était différent. Mais dire qu’en début de saison il ne prônait pas le jeu, c’est faux. Je pense que pendant ses années sabbatiques, il a beaucoup regardé le football. Il aime beaucoup le jeu espagnol, donc il s’inspirait des équipes espagnoles. Par exemple, il prévoyait toujours plusieurs matches amicaux contre des équipes espagnoles, pour qu’on ait en tête leur façon de jouer.

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Qu’est-ce que tu ressens au moment où tu quittes ce club où tu es resté 11 ans ?

Sérieusement, ça m’a fait bizarre. J’appréhendais beaucoup le fait de quitter le TFC. J’ai choisi Béziers, qui était un club professionnel, qui me donnait mon premier contrat pro, à 1h45 de Toulouse. J’y connaissais deux ou trois joueurs. J’ai très bien été accueilli, que ce soit par le coach Mathieu Chabert, le président Gérard Rocquet qui est une très bonne personne, et même par les joueurs. Des anciens comme Mehdi Mostefa ou Mickaël Tacalfred, avec la carrière qu’ils ont et l’humilité qu’ils ont, c’est impressionnant. Sur les matches, ce sont eux qui avaient le plus d’envie, alors qu’ils sont en fin de carrière !

Qu’est-ce qui fait que tu choisis Béziers plutôt que Pau, par exemple ?

Le statut pro. Béziers était à côté, Pau aussi, mais je voulais le statut pro. Et je connaissais deux ou trois personnes : il y avait Redah Atassi, qui jouait à Toulouse à l’ancienne, un ancien qui m’a fait visiter la ville d’ailleurs.

« En National, il n’y a pas trop le temps de faire de la tactique »

Et tu ne regrettes pas aujourd’hui de ne pas être allé plutôt à Pau ? (qui est monté en Ligue 2)

Non, je n’ai aucun regret. Dès que je fais un choix, je le fais à fond. Puis je me dis que si j’avais été là-bas, on ne serait peut-être pas montés… On ne sait jamais. Mais non, je ne regrette pas. On est descendus, mais ça aura été une très belle expérience. Enfin pas une très belle, puisqu’on est descendus, mais une bonne expérience.

Tu as déjà des pistes pour la suite ?

Il n’y a rien eu de concret, mais ça discute. Au même niveau, en National. L’objectif va être de retrouver un bon projet, mais j’ai un conseiller qui charbonne, j’ai confiance. Si je dois aller voir à l’étranger, ça ne me fait pas peur. Le football, c’est le football.

Les sélections africaines ont souvent des joueurs dans les divisions inférieures françaises. Être convoqué avec la Guinée reste un objectif ?

Bien sûr, toujours ! Cette saison, j’ai discuté avec Kaba Diawara (entraîneur-adjoint de la sélection, ndlr), mais on n’a pas trop parlé de football. Je suis à un poste où il y a déjà des gros clients (Naby Keita, Amadou Diawara ou Mady Camara, ndlr), mais si je suis performant, je pense que j’aurai ma chance un jour.

« Non, Toulouse n’est pas une ville de foot »

Pendant le confinement, tu as donc appris coup sur coup la descente de ton club actuel en N2, et celle de ton club de cœur en L2… Toi qui as vécu ces dernières saisons de l’intérieur, la descente du TFC était-elle inévitable ?

Ça allait finir par descendre. Mais cette année, on peut dire tout ce qu’on veut, le président a fait des efforts. Si on regarde, il y en a pour au moins 15 millions d’euros d’achats. J’étais dégoûté de voir que Toulouse descendait, j’y ai encore beaucoup d’amis. Ça faisait plusieurs années qu’ils n’étaient pas loin… J’avais envoyé un message au coach Zanko quand il a repris l’équipe, mais sinon je n’ai pas eu de contact depuis.

On considère souvent qu’une descente est l’occasion de valoriser les jeunes issus du centre de formation. Le TFC a-t-il les moyens de bien figurer en L2 ?

Au centre de formation, il y a vraiment beaucoup de très bons joueurs. Certains vont pouvoir se révéler, comme Amine Adli, Moussa Diarra, Adil Taoui, Kouadio Koné, Nathan N’Goumou, Sam Sanna… Et j’en oublie plein.

De plus en plus de supporters sont épuisés par la gestion de Sadran, Soucasse et Arribagé, et réclament un changement. Il est question d’un rachat du club par un fonds américain. Quel est ton point de vue sur tout ça ?

Les fonds d’investissement, ça peut être bon parce que ça peut ramener un nouvel élan, mais ça peut être aussi moins bon parce qu’ils sont là pour faire du commerce… Ces dernières années sont un peu compliquées pour Toulouse, mais les années précédentes, lors du tour préliminaire de Ligue des champions, c’était la même direction, à part Arribagé puisqu’il était joueur. Jean-François Soucasse était déjà là quand le club disputait la Ligue Europa. Il y a toujours des bons moments et des mauvais moments. Quand certains clubs descendent, les supporters sont toujours là. Lens ça fait 5 ou 6 ans qu’ils étaient en Ligue 2. Chaque année le stade est rempli. Par contre, quand les supporters reprochent à la direction son manque d’ambition, je suis complètement d’accord avec eux. Il faut être plus ambitieux.

Pour finir, dernière question sur un débat qui revient souvent en France : est-ce que Toulouse est une ville de foot ?

Non, ce n’est pas une ville de foot. Toulouse-Marseille, tout le stade est bleu, alors qu’on est à Toulouse… Pour les joueurs, c’est compliqué !

Merci à Seiti Touré pour son temps accordé.

Par Nicolas Raspe (@TorzizQuilombo).

Crédit photo : IconSport

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