Un mois après l’ouverture du mercato, l’OGC Nice a déjà recruté cinq joueurs, dont un certain Morgan Schneiderlin. Un recrutement intelligent et à moindres frais pour un club au projet sportif cohérent. Chez les Aiglons, ambition rime avec bonne gestion.

Un minuscule nuage dans le ciel bleu azur niçois. Voilà ce qu’aura été la défaite 1-0 face à Lyon en match amical, le 4 juillet dernier. Il en faudrait beaucoup plus pour assombrir le futur des hommes de Patrick Vieira, tant ce début d’été est porteur d’espoir. Quand les autres clubs galèrent financièrement et sportivement à cause de la crise provoquée par la Covid-19, les Aiglons profitent du mercato pour bien se renforcer. Clair, intelligent et cohérent, le projet sportif niçois a de quoi, sur le papier du moins, emballer les amoureux de notre championnat. Et permet au club d’assumer de nouvelles – et hautes – ambitions.

Recrutement intelligent

L’OGC Nice se positionne déjà comme l’un des grands gagnants de l’été parmi les clubs de l’hexagone. Racheté en août 2019 par Jim Ratcliffe, PDG du groupe de chimie Ineos et homme le plus riche du Royaume-Uni avec une fortune estimée à environ 24 milliards d’euros, le club azuréen bénéficie d’une solide santé financière. Une situation qui lui permet de mieux résister à la crise économique que traverse le football français et de rester actif sur le marché des transferts. Depuis l’ouverture du mercato estival, Nice est déjà parvenu à attirer cinq joueurs aux profils intéressants. De jeunes talents comme le défenseur central brésilien Robson Bambu (22 ans), recruté au nez et à la barbe de l’OL, le défenseur autrichien Flavius Daniliuc (19 ans), piqué au Bayern Munich ou encore l’attaquant lyonnais au fort potentiel, Amine Gouiri (20 ans). Mais aussi deux bonnes affaires : Hassane Kamara, débauché à Reims pour 4 millions d’euros et l’expérimenté Morgan Schneiderlin, pour 2 millions d’euros.

Mais au-delà du bruit médiatique généré par une telle activité sur le marché des transferts, c’est bien la pertinence des profils ciblés qui traduit la cohérence de la politique sportive niçoise. En conférence de presse, Patrick Vieira s’est d’ailleurs félicité de ce premier succès : « La cellule a très bien travaillé. Avoir autant de recrues c’était l’objectif fixé avec Julien Fournier et c’est de bon augure. Avoir à disposition ces joueurs à cette période de la saison c’est une grosse satisfaction. » Loin d’offrir pleine satisfaction la saison dernière, le secteur défensif a été renforcé et devrait permettre à l’équipe de progresser. Au milieu, Morgan Schneiderlin devrait palier à l’éventuel départ de Wylan Cyprien. Son expérience et son professionnalisme correspondent aux qualités recherchées par Vieira. L’entraîneur niçois est conscient que des joueurs cadres sont nécessaires pour stabiliser les résultats de l’équipe et favoriser la progression des jeunes.

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Bâtisseur plutôt que flambeur

Cerise sur le gâteau : les Aiglons n’ont dépensé qu’environ 20 millions d’euros pour s’offrir ces cinq joueurs. Un montant qui pourrait paraître dérisoire quand l’on connait les capacités financières du propriétaire anglais. Ce serait se tromper sur la nature du projet niçois. Si Jim Ratcliffe est arrivé, il n’est pas question de révolution. Ni de millions dépensés à tout-va, comme le rappelle le président du club, Jean-Pierre Rivère : « Il y a des fantasmes, on peut le comprendre. Ineos est puissant. Mais la puissance d’Ineos n’a rien à voir avec ce qu’il va mettre dans l’OGC Nice. […] On a un budget raisonnable, certes, supérieur à ce qu’on avait auparavant, qui nous permet de bâtir ce projet. » L’investisseur mise plutôt sur la construction pas à pas d’un projet viable, aussi bien sur le plan sportif qu’économique.

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Malgré les millions, la méthode de travail n’a donc pas fondamentalement changé sur la Côte d’Azur. Bien au contraire même, puisque le propriétaire a, depuis le début, souhaité s’appuyer sur des hommes qui connaissent le club et le football français. Fin août 2019, Ratcliffe rappelle Jean-Pierre Rivère au poste de président du club, fonction qu’il avait quittée au mois de janvier de la même année suite à des désaccords avec les précédents actionnaires chinois. Dans son sillage, Julien Fournier fait lui aussi son retour en tant que directeur du football. La cellule de recrutement est organisée autour de Morgan Boullier, tandis Serge Recordier, recruteur emblématique du club, revient lui aussi dans le giron niçois fin 2019, après une saison passée à Monaco. Tout ce petit monde connait parfaitement la maison et travaille en bonne intelligence, afin de développer au mieux le nouveau projet niçois. La confiance accordée à Patrick Vieira, qui s’apprête à entamer une troisième saison sur le banc, témoigne aussi de cette volonté de stabilité. Tous les clubs français ne peuvent pas se targuer d’une gestion sportive et administrative aussi claire…

« On aimerait jouer la Ligue des Champions, gagner des titres »

La cohérence du projet niçois se note également dans la volonté du club de garder ses joueurs. Courtisé par de grosses écuries européennes, Youcef Atal ne devrait pas partir cet été. En mai dernier, le gardien Walter Benitez a, lui, prolongé son contrat malgré l’intérêt marqué de plusieurs clubs de Premier League. Tout cela laisse penser que le projet niçois ne s’inscrit pas dans une pure logique de trading, comme cela est le cas chez le voisin monégasque. Si la valorisation de jeunes joueurs, dans une logique de post-formation (Seri, Pléa ou plus récemment Dolberg par exemple) doit aussi rapporter des liquidités au club, l’objectif n’est pas de vendre ses actifs à tout prix. Là où certains clubs ont tendance à pousser leurs meilleurs jeunes vers la sortie afin de renflouer les caisses, Nice tente de les garder un certain temps pour faire progresser l’équipe sur le terrain.

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La stratégie semble en tout cas payante lorsque l’on s’amuse à imaginer le onze potentiel des Aiglons pour la saison prochaine. L’OGC Nice est aujourd’hui en mesure de se frotter à des clubs plus huppés tels que Lyon, Monaco ou Marseille sur le marché des transferts. Qu’il arrive à concurrencer sérieusement ces clubs sur le terrain dans les saisons à venir n’a rien d’extravagant. D’autant plus que l’OGC Nice dispose d’autres atouts : l’attractivité de la Côte d’Azur, une solide base de supporters ou encore un stade moderne. Le club ne cache d’ailleurs pas ses ambitions : « On est ambitieux. On aimerait jouer la Ligue des Champions, gagner des titres », a confié Patrick Vieira à Nice Matin, le 1er juillet. Reste que bâtir une équipe compétitive au plus haut niveau prend du temps. Rien ne nous assure que la mayonnaise va prendre dès la saison prochaine. Rien ne nous assure non plus que le projet du club ne changera pas dans les années à venir, au gré des volontés des investisseurs et des dirigeants du club. Mais aujourd’hui le ciel est dégagé et les Aiglons sont prêts à prendre leur envol.

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