USA : les nouvelles pépites du soccer

Depuis l’échec des qualifications à la Coupe du Monde 2016, la fédé étasunienne et les différentes franchises de MLS ont investi dans le développement du soccer. Et principalement dans la formation. Des entraîneurs qualifiés, des centres d’entrainements similaires à ceux que l’on trouve en Europe, des partenariats avec la FFF ou la DFB pour la formation de leurs entraineurs… Un contexte ultra favorable aux développements de jeunes pépites, qui se retrouvent aujourd’hui dans les rangs d’une très jeune sélection prometteuse… Un objectif : préparer la Coupe du monde 2026 qui se jouera aux Etats-Unis.

Dans cette sélection, beaucoup de jeunes voire très jeunes, qui jouent en Europe. Stratégie des sélectionneurs nationaux Jürgen Klinsmann (de 2011 à 2016) et Gregg Berhalter (depuis 2018), qui souhaitent voir leurs pépites s’exporter pour mieux se former. Et dans cette équipe, on trouve d’ailleurs des jeunes qui jouent dans les réserves de grands clubs. Ce qui donne un effectif composé essentiellement de joueurs de moins de 25 ans, hormis Tim Ream (31 ans, Fulham), Sebastian Lletget (28 ans, LA Galaxy) et John Anthony Brooks (27 ans, Wolfsburg).

Dans cette équipe qui ne s’était pas réunie depuis Février 2020, un grand coup de ménage a été fait. Lors des matchs amicaux contre le Pays de Galles le 12 novembre (0-0), et contre le Panama le 16 novembre (6-2),  beaucoup de nouveaux joueurs ont foulé la pelouse avec des vestes aux messages faisant écho au mouvement Black Lives Matter. Devant et derrière leurs vestes on lit alors : « Be the change », « Unity », « Stop racism », « All equal », « For social injustice » etc.

Ces soirs là, 9 joueurs ont fait leur grands débuts avec les Stars and Stripes. 2 points communs : ils ont tous 20 ans et moins, et aucun ne joue en MLS. Lors du match contre le Panama, le XI affiché était même 100% européen.

Dans une équipe très jeune, 22 ans et 154 jours de moyenne pour le XI contre le Panama, certains jeunes comme Pulisic, Dest, McKennie, Timothy Weah, Tyler Adams (RB Leipzig), Robinson (Fulham), Matthew Miazga (Anderlecht) et Josh Sargent (Werder Bremen) se retrouvent déjà propulsés comme cadres de la sélection. Ils doivent encadrer les nouveaux arrivants, avec pour certains tout juste 10 matchs joués avec les USA.

Pour nous, il est crucial que les gars jouent ensemble, que nous les mettions à l’aise les uns avec les autres.” : l’objectif du sélectionneur est de faire jouer tout ce beau monde plusieurs fois ensemble afin qu’ils développent des automatismes avant les prochaines deadlines : la Gold Cup de 2021 et la Coupe du monde 2026.

Avant ces échéances, on va vous présenter ces petits nouveaux qui ont fait leurs débuts chez les Américains.

D’abord 6 joueurs qui ont fait leurs premiers pas contre le Pays de Galles :

Giovanni Reyna, 18 ans – Borussia Dortmund

Milieu offensif, 2 matchs, 1 but

Fils de l’ancien capitaine américain Claudio Reyna, un des premiers Américains à jouer dans un grand club européen et de Danielle Egan, ancienne joueuse internationale, Giovanni partait avec quelques avantages. Formé au New York City FC, il rejoint en 2019 l’académie du Borussia Dortmund. Il fait ses débuts avec l’équipe première le 18 janvier 2020 et devient le plus jeune joueur américain à jouer en Bundesliga, battant le record de Pulisic. Puis les titres s’accumulent : plus jeune joueur à avoir marqué en Coupe d’Allemagne, plus jeune joueur du Borussia Dortmund à faire ses débuts en Ligue des Champions, plus jeune Américain à jouer et faire une passe décisive (à Haaland) en Ligue des Champions etc.

Vous avez compris. Il est pressé. Et en sélection aussi. La veille de ses 18 ans, il célèbre sa première sélection avec les Stars and Stripes. 4 jours plus tard, titulaire, il marque son premier but avec la sélection, sur un très beau coup franc. Pour des stats toujours plus folles : 2 sélections 1 but. Souvent comparé à Kaka par sa technique et sa finition, il semble déjà être le leader technique des US, dans un match contre le Panama où il a porté l’équipe, amené constamment le danger et guidé ses coéquipiers. Quasi indiscutable au BVB cette saison avec 1 but et 4 passes décisives en 7 matchs, ce nom risque de planer un moment sur le football international…

Yunus Musah, 17 ans – Valencia CF

Ailier – milieu offensif, 2 matchs

Encore un joueur pressé. Né à New York de parents ghanéens, il a grandi en Italie avant d’atterrir à Londres et de rejoindre l’académie d’Arsenal. Il rejoint Valence à l’été 2019, et joue une saison en 3e division espagnole avec la réserve du club. À son arrivée, Javi Gracia va l’intégrer au groupe pro pour la pré-saison, qu’il ne quittera plus. À 17 ans il fait ses débuts avec l’équipe Che contre Levante et devient le premier joueur anglais à jouer pour le club. Il bat ensuite le record de Kang-in Lee en inscrivant son premier but contre Getafe il y a 2 semaines, et devenant le plus jeune buteur non-espagnol du club de Valence. Il aurait pu marquer contre le Real Madrid juste avant la trêve mais son but avait été refusé. Il est incontestablement une des révélations de la Liga cette saison, titulaire sur l’aile droite du FC Valence.

Question sélection, Yunus Musah a le choix : les États-Unis, le Ghana, l’Italie (il y a vécu 10 ans), et l’Angleterre. Il a d’ailleurs joué jusqu’en U18 avec les Three Lions. N’ayant joué que 2 amicaux avec les US, le sélectionneur se veut rassurant et affirme que l’objectif est de créer un groupe jeune avec un bon environnement pour leur développement, « ce qui semble plaire à Yunus« . L’avenir nous dira s’il restera joueur américain, en attendant sa versatilité est appréciée outre-Atlantique, lui qui peut jouer au centre ou sur une aile. Vif, rapide, toujours tourné vers le but, technique avec des déplacements intelligents et progressant bien balle au pied, son match contre le Panama a été l’occasion d’exposer aux yeux du sélectionneur l’ensemble de son panel. Et pour sûr, les USA feront tout pour le garder chez eux…

https://twitter.com/usmntonly/status/1328724063913652226?s=20

Nicholas Gioacchini, 20 ans – SM Caen

Attaquant, 2 matchs, 2 buts

Né à Kansas City d’un père italo-américain et d’une mère américaine d’origine jamaïcaine, sa formation du football se fera entre l’Italie où il déménage jeune, et Washington où il jouera pour DC United. Il déménage ensuite à Paris, et signe au Paric FC où il attendra 1 an avant de jouer, suite à des problèmes administratifs. Repéré par un entraineur de Caen, il rejoindra le centre de formation normand en 2018, avant d’être rapidement intégré en équipe première. Lancé en pro par Pascal Dupraz en octobre 2019, buteur dès sa première apparition, l’Américain s’impose rapidement en solution offensive dans un effectif normand chamboulé par la relégation, au point de signer professionnel en Décembre dernier.

Attaquant combatif, accrocheur, le numéro 7 caennais ne se cache pas au duel et n’est jamais avare de repli défensif, amené parfois à jouer sur le côté droit d’un 4-3-3. Mais Gio est avant tout un joueur d’axe, qui sait embêter les défenses, à l’aise dans les pieds comme dans l’espace. Doté d’une bonne lecture des trajectoires, il se révèle précieux dans la surface : rien que cette saison, ses 3 buts en 8 rencontres ont tous été inscrits à la suite d’un centre. Numéro 9 sur le dos, il démarre la rencontre contre le Panama comme titulaire, avant d’inscrire un doublé : but du pied et but de la tête. Quasiment un triplé s’il n’avait pas manqué son pénalty. En fin de match le sélectionneur répond aux journalistes sur son joueur proclamé « Homme du match » : « on lui a demandé de marquer des buts, et c’est ce qu’il fait« . 76 ans plus tard, au tour d’un Normand de libérer les États-Unis.

Johnny, 19 ans – SC Internacional

Milieu central, 2 matchs

Né à Denville dans le New Jersey de parents brésiliens, il grandit au Brésil et apprend le joga bonito dès sa plus tendre enfance. Formé au futsal plus jeune, il évolue jusqu’en 2015 au Criciúma Esporte Clube et Avai FC (Série A brésilienne à l’époque) avant de rejoindre le club dans lequel il joue toujours : le SC Internacional de Porto Alegre en Série A. En 2019 il remporte le championnat U20 de sa région et termine meilleur buteur avec 9 réalisations. Il fait sa première apparition avec l’équipe première en septembre 2019 et est titulaire pour la première fois en janvier 2020. En remplaçant Gabriel Boschilia (ancien de Monaco et Nantes) le 27 février dernier, il devient le 2e joueur né aux US à jouer la Copa Libertadores. 

Lui aussi pouvait jouer pour une autre sélection, la Seleçao. Mais appelé le 2 novembre dernier par Berhalter, il honore sa première sélection. Milieu central placé en sentinelle devant la défense par le sélectionneur américain, il est agile à la récupération, intelligent, technique et puissant. Avec toujours une volonté de jouer vers l’avant, une demande tactique, il est assez puissant mais avec un aspect défensif à améliorer. Seulement 47 minutes jouées pour la sélection, il est pour le moment le remplaçant de Tyler Adams. A voir s’il parvient à jouer davantage au Brésil… 

Konrad de la Fuente, 19 ans – FC Barcelone (B)

Ailier, 1 match

Né à Miami de parents haïtiens, son passage dans le soccer américain sera express. Après quelques ballons, son potentiel détonne déjà et ses parents filent à Barcelone alors qu’il n’a que 10 ans. Il progresse très vite en Catalogne, l’adaptation n’étant visiblement pas son problème et passe successivement du Tecnofutbol au CF Damm, un club réputé pour sa formation. Et il n’aura pas échappé à l’oeil du Barça, qu’il rejoint à l’âge de 12 ans. Il devient alors le 2e Américain à rejoindre les rangs de la Masia, après Ben Lenderman. Il franchit une à une les catégories de jeunes barcelonaises jusqu’à faire ses débuts avec le Barça B en décembre 2018. Pensionnaire des U19 jusqu’à l’été 2020, il va pourtant marquer son premier but en février 2020 avec la réserve. Suffisant pour participer dès le lendemain aux entrainements de Quique Setien.

Depuis il participe aux entrainements de Koeman, qui avoue être « vraiment content de lui ». Il a même joué en pré-saison contre le Nastic, devenant le premier Américain à revêtir le maillot du Barça. Avec la blessure d’Ansu Fati, il pourrait se placer comme son remplaçant selon les médias espagnols. Ailier rapide, explosif et déséquilibrant, il partage déjà quelques points communs avec le jeune espagnol. En sélection, l’Amérique le découvre pour la première fois contre le Pays de Galles, dans un match où la défense galloise aura bien limité son impact. Pouvant également porter le maillot de la Roja puisque titulaire du passeport espagnol, il a toujours joué pour les équipes américaines jusqu’ici.

Owen Otasowie, 19 ans – Wolverhampton (U23)

Milieu défensif, 1 match

Né à New York de parents nigérians, il ne commence le football qu’à l’âge de 14 ans en Angleterre, à la Mass Elite Academy. En 2017 il intègre le centre de formation des Wolves et joue aujourd’hui pour leur équipe U23. Il débute avec l’équipe première en décembre 2019 en Ligue Europa contre Besiktas, entrant en jeu pour 17 minutes. Depuis il n’est jamais réapparu sur la pelouse avec l’équipe A, mais est fréquemment appelé dans le groupe et s’entraîne avec eux. Titulaire avec les U23, à chauffer le banc chez les pros, le joueur s’aguerrit et méritait bien une petite sélection avec les USA.

Lui qui pouvait aussi jouer pour le Nigéria et l’Angleterre a choisi les Stars and Stripes, ne jouant que 6 mins contre le Pays de Galles. Suffisant pour être ajouté dans cette belle liste de jeunes cracks, il n’a pas vraiment eu le temps de montrer son talent. Dans un rôle compliqué puisqu’il semble 3e dans la hiérarchie des milieux derrière Tyler Adams et Johnny, le temps de jeu en équipe première lui fait défaut. S’il souhaite jouer davantage en sélection, il faudra sans doute d’abord passer plus de temps sur les pelouses anglaises.

3 autres ont ensuite découvert la sélection américaine contre le Panama :

Richard Ledezma, 20 ans – PSV Eindhoven

Milieu offensif, 1 match, 2 passes décisives

Né à Phoenix de parents mexicains, il intègre l’académie du Real Salt Lake en Arizona en 2016. En avril 2018 il fait ses débuts avec l’équipe réserve en 3e division américaine et inscrit 2 mois plus tard son premier but avec cette même équipe réserve. Il est dans la foulée nommé dans l’équipe type de la semaine. De quoi convaincre le PSV de le signer en décembre 2018, déclinant au passage l’offre du Barça. Gravissant les échelons de U19 à l’équipe réserve, il a fait ses débuts avec l’équipe première en Eredivisie la veille de la sortie de la liste du sélectionneur : le 1er novembre 2020, contre l’ADO La Haye. 1er match, 1e passe décisive, le compteur est lancé. 4 jours après il découvre la Ligue Europa contre le PAOK. 

Et… une semaine après il est sur le banc de la sélection américaine, avant d’entrer contre le Panama le 16 novembre. Un mois de novembre mémorable pour le joueur né en 2000. À la 67e il remplace Reyna, auteur d’un gros match, et place le curseur aussi haut puisqu’en même pas 30 mins il vient délivrer 2 passes décisives pour alourdir le score un peu plus. Très vif et technique, il distribue aux attaquants des centres millimétrés, dont un qui permet notamment à Soto de marquer. La suite pour Ledezma ? Une place de titulaire à se disputer avec son compatriote Ulysses Llanez, qui joue également en Eredivisie, sous le maillot de Heerenveen. Les deux se rencontreront d’ailleurs avec leurs clubs respectifs le 6 décembre prochain.

Sebastian Soto, 20 ans – SC Telstar (prêté par Norwich City)

Attaquant, 1 match, 2 buts

Né en Californie de parents venus du Chili et du Mexique, il commence à tâter le cuir à la ZBR Academu avant de poursuivre dans le club de San Diego Surf. En 2016, il rejoint le Real Salt Lake en même temps que Ledezma et prend toujours le même chemin vers l’Europe que son compatriote en 2018 mais pose ses valises à Hannovre. D’abord chez les jeunes, puis en Bundesliga, où il fait ses débuts professionnels en avril 2019. À l’issue de cette saison le jeune américain est sans contrat et s’en va donc à Norwich, tout juste relégué en Championship. Dans la foulée il est prêté au SC Telstar en D2 néerlandaise, où il a déjà joué 7 matchs et marqué 5 buts. Suffisant pour voir son nom s’afficher dans les sélectionnés de novembre dernier.

Appelé par le Chili en septembre dernier pour les qualifications à la Coupe du monde 2022, il décline la convocation et préfère rejoindre les USA en novembre. Si c’est depuis le banc qu’il vit son premier match, son deuxième match avec la sélection restera gravé. Alors que l’entraineur lui avait promis du temps de jeu avant le match contre le Panama, il remplace Gioacchini à la 77e, et vient inscrire 2 buts en 13 minutes. Avec un bon timing, de bons déplacements et un vrai coup de tête le jeune buteur sait utiliser l’espace quand on lui en laisse. Et le Panama fait partie de ces équipes là.

Chris Richards, 20 ans – FC Bayern Münich II

Défenseur central, 1 match 

Né à Birmingham en Alabama, il intègre l’académie du FC Dallas en 2017. Il signe son premier contrat avec son club formateur en avril 2018 mais n’y restera pas longtemps puisqu’en mai il passe un essai de 10 jours au Bayern et est prêté dans la foulée au club bavarois. Il joue chez les U19, puis est signé définitivement contre 1,1 million d’euros en janvier 2019. À la saison 2019-20 il intègre l’équipe réserve en D3 allemande, et remporte le championnat à l’issue de la saison. Dans le même temps, il fait ses débuts avec l’équipe première en Bundesliga en Juin 2020. Depuis le début de la saison 2020-21, il alterne entre réserve et équipe A, notamment titulaire comme arrière droit face au Hertha Berlin en Octobre dernier. Il est souvent appelé par Flick, même s’il est difficile de se faire une place dans la charnière centrale du Bayern.

Il profite du match en demi-teinte de Miazga pour le remplacer à la 81e contre le Panama et fouler la pelouse autrichienne en revêtant pour la première fois le maillot des Stars and Stripes. Versatile, avec une bonne anticipation et une bonne relance, il est pour l’instant le 4e défenseur central dans la hiérarchie étasunienne. Il pourrait cependant se faire une place rapidement, puisque John Brooks (27 ans) et Tim Ream (31 ans) devraient raccrocher les crampons d’ici 2026…

Alors que l’équipe commence à se découvrir, on les retrouvera le 9 décembre prochain contre le Salvador, dans un match amical improvisé par Berhalter, mécontent du calendrier bien trop léger de sa sélection ces derniers temps.

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