L’OM est mort, vive l’OM !

Plus encore que la haine, c’est l’indifférence qui tue. À l’OM, plus encore que la crise sportive ou financière, c’est du mal de vivre dont on souffre. De la lumière à la tombe, il n’y a qu’un pas et c’est bientôt, très bientôt, que le plus grand club français devra faire son choix.

Fallait-il y croire ? Le présent écrit ne sera pas une énième caresse dont je me targuerais bien avoir le secret si ce n’était elle qui me possédait. Il ne sera une nouvelle romance dont je livre la danse sans en saisir l’essence. Ma dernière prise de parole pour Ultimo Diez aura été l’au revoir à Diego. Je demande pardon au lecteur : je ne suis guère des siens que face à la grande joie, ou la grande mort. Hélas, rien de bien heureux, aujourd’hui, Royaume du cri et du fracas.

Car l’Olympique de Marseille n’est pas au mieux. Il ne l’a pas si souvent été, il est vrai, le long de ces dernières années. Il ne nous a guère habitués à son visage doré, à sa bouille joyeuse, emmitouflée d’un si profond sourire qu’il nous en semblait né pour durer, et pour perdurer. L’OM toussote, l’OM boitille, l’OM tremblote, l’OM crie mais, chaque jour un peu moins, l’OM ne brille.

Il ne se veut plus jamais grand. À chaque seconde, il meurt, à l’autre seconde, il se souvient. À l’heure où rougissaient les feuilles des cyprès, déjà, chacun savait, chacun sentait.

Le premier but de Milik à l’OM

Il est l’heure. L’heure de poser des questions, l’heure d’affronter des passions. L’OM en ressortira plus grand, l’OM en ressortira moribond, l’OM en ressortira fort ou l’OM en ressortira mort. Peu importe si c’est d’or ou de platine dont se pavera son avenir, pourvu qu’il soit pavé. Aujourd’hui, même, mon écrit ne vibrera Daniel Balavoine (ou presque). C’est dire si l’heure est grave, c’est dire si la flamme est à la panne !

À l’heure du sous-titre, aussi, la panne

Je me permets de mettre fin à ces quelques rimes pauvres pour rappeler à l’agréable lecteur qu’est parue une analyse, sous un angle fortement politisé (pour mon plus grand plaisir), de la situation de l’Olympique. Je remercie encore Sarrazinho pour la clarté de son propos et la finesse de son écriture.

Je tenais, pour ma part, à aborder le coma du club à travers un angle qui pourrait en étonner plus d’un : mais alors, l’Olympique de Marseille est-il au bord du rachat par l’Arabie Saoudite ?

J’en avais déjà fait un article l’été dernier, une petite fiction qui, semble-t-il, en avait fait rire plus d’un. L’heure était au plus grand optimisme, fort d’une qualification (miraculeuse, il est vrai) décrochée en Ligue des Champions, du départ d’Andoni Zubizarreta et, déjà, des premières rumeurs liées à une cession du formidable Olympique. La pandémie paraissait encore éphémère et la flamme d’été poussait à la mer. C’est dire !

De cette vente, un contexte, d’abord. Celui d’un OM que beaucoup crurent retrouvé quand il se présentait à nouveau dans la cour des plus grands, étoilé d’une étrange qualification de pacotille arrachée dans les couloirs des plus grands salons parisiens.

Hélas ! Espoirs déchus. Ceux qui, hier encore, avaient été bercés des tromperies du grand chaman Villas-Boas, formidable illusionniste, se sont réveillés ivres, se sont réveillés déçus : l’on ne saurait cracher sur le football sans avoir à en répondre. AVB a menti, AVB a sali et, sombre criminel, a laissé croire que l’OM sortait d’outre-tombe.

On ne saurait mourir qu’à petits feux

Son château de cartes s’est effondré ci-tôt la bise venue et personne n’en conservera le souvenir. Il ne sera qu’un nom parmi d’autres, de Michel à Passi, d’Anigo à Garcia. Si De Gaulle avait fait croire aux Français que la France existait encore, AVB, lui, s’est chargé de constater que l’OM était bel et bien sans pouls ni air.

Car Villas-Boas n’était que le croque-mort d’un club qui s’étiole, chaque jour un peu plus. La grande faucheuse ne s’appelle pas Eyraud, même pas McCourt. Elle ne se vêtit ni de Champions Project, ni de projet Bayern. C’est que pour elle, son oeuvre est faite, et depuis bien longtemps.

Le but de Mbappé (PSG) face à l’OM

L’OM n’était plus devenu qu’une braise du ciel étoilé des plaines noires. Il avait fallu tant pour que sa lumière ne nous parvienne sans que jamais nous ne réalisions qu’elle n’était arrivée que parce qu’elle s’était éteinte. Dernière explosion avant la nuit noire !

Rendez-vous compte. 1 seul titre de champion en 28 ans. Aucune Coupe de France depuis les années 80. 3 misérables Coupes de la Ligue et d’affilée. Un seul quart de finale de Ligue des Champions depuis 1993. Franck McCourt et son généralissime en seraient-ils les seuls responsables?

La gloire….

C’est alors qu’intervient la vente de l’Olympique de Marseille. Car d’elle naît un formidable espoir qui, s’il venait à être brisé à son tour, sonnerait le glas du plus grand club français.

Tous ne parlent plus que d’elle. Tous ne jurent plus que par elle. Ici et là, chacun y va de sa petite information sur une éventuelle présence de Franck McCourt à Riyad en octobre 2013, sur l’employé qui fait les lacets de Florian Thauvin à la Commanderie qui aurait entendu parler d’un pré-contrat signé avec Cristiano Ronaldo, sur le vigile de la mairie qui a vu passer Al Waleed Bin Talal avec les clefs du Stade Vélodrome. Bref.

C’est d’ailleurs la seule à maintenir vive la flamme marseillaise. Privée d’un Stade qu’elle avait fini par bouder à l’occasion, lui qui ne désemplissait jamais il y a encore quelques années, l’afficiòn n’avait déjà plus grand chose à quoi se raccrocher. Elle nourrit une totale indifférence, au mieux, à l’égard de la grande majorité de son effectif et se raccroche à la haine qu’elle porte à ceux qui ont tant déçu son amour, Payet et Thauvin en tête.

Par ailleurs, il est, je crois, très, très symbolique de réaliser que celui qui représente le plus l’OM aux yeux de ses supporters soit un joueur étranger, présent depuis un an et demi, pas totalement francophone et, surtout, globalement correct sans jamais avoir été transcendant au cours de sa (déjà longue) carrière.

Indifférence et rejet de l’effectif se cumulent à un vomissement absolu de tout ce qui représente l’institution, du jamais vu de ma courte mémoire de supporter. Je ne crois, ainsi, avoir jamais vu les supporters olympiens s’en prendre au directeur de la communication, Grégoire Kopp, ou au directeur général Hugues Ouvrard, pour la simple et unique raison qu’ils aient été choisis par Eyraud et fassent partie (faisaient, pour Kopp) de son équipe.

… ou la mort

Cette indifférence, petite mort, s’est matérialisée au cours de la rencontre qui opposa l’OM au Paris Saint Germain. Je ne sais si j’ai jamais vu les supporters se désintéresser autant d’un match aussi médiatisé des leurs. Tous ne juraient que par un éventuel avion saoudien parti faire une escale à Zagreb avant de se diriger à New York, sans qu’il n’ait jamais été porté à notre connaissance le contingent à bord ni même s’il avait le moindre foutu lien avec le club.

Enfin, cette vente sonne le glas du rejet total, par les supporters olympiens, de l’ensemble d’un système médiatique qui, il est vrai, prend un malin plaisir à les affronter régulièrement. Cette vente du club, potentiellement révélée par un journaliste encore méconnu il y a peu, débattue sur des live Twitch par d’autres inconnus qui prétendent, tous, détenir l’apanage de la vérité à son sujet, ne ressemble à aucune autre. Ce n’est, par ailleurs, certainement pas le déni, voire le dédain, qu’un prétendu système médiatique exprime à l’égard de cette vente qui va changer les choses. Aujourd’hui, plus que jamais, le supporter olympien est seul contre tous et peu lui importe que ce soit effectivement le cas ou non.

Si les éléments factuels sont pourtant nombreux (contrats de Cook et Aldridge, l’OM qui multiplie les prêts avec option d’achat, le Vélodrome officiellement à vendre, Boudjellal qui dit être dépassé par une offre qui dépasse l’entendement etc…), ils viennent se noyer dans un océan de doutes et de songes : est-ce parce qu’ils désirent absolument que leur club soit vendu que les supporters marseillais interprètent tout et n’importe quoi en ce sens, ou est-ce parce que l’OM va effectivement être vendu que les preuves à son sujet se multiplient ?

De toute cette profonde crise, une seule certitude : c’est l’OM qui en paie l’addition et c’est l’OM qui en souffre. Si le club venait à être racheté, enfin, viendrait sa résurrection. Alors, viendrait l’heure du torse bombé et de la fierté retrouvée, l’heure des joueurs majeurs, des trophées et d’un stade explosif. Si tout n’avait été qu’illusion, alors c’est du plus grand club français dont il faudra, bientôt, parler au passé, et de sa gloire dont il faudra faire le deuil. Prenez garde ! Le désespoir est mobilisateur.

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Pour l'amour et la soif de revanche de l'Algérie.