Et si l’OM était vendu ?

Les rumeurs de rachat persistent mais ne signent pas chez l’Olympique de Marseille. Le propriétaire américain, Frank McCourt, s’accroche au club. Et si l’OM était vendu ? Aperçu d’un scénario idéaliste… ou pas.

Coup de tonnerre sur la cité phocéenne : l’État saoudien, par l’intermédiaire du Public Investment Fund (PIF) rachète l’Olympique de Marseille. Cette fois, plus de retour en arrière : l’OM, de nouveau, brillera parmi les plus grands.

5 août 2020. Au lendemain des élections municipales de Marseille, remportées haut la main par Michèle Rubirola, un tweet, un seul, déclenche une émeute du côté des Bouches-du-Rhône :

Communiqué de Franck McCourt sur la situation de l’Olympique de Marseille.

Un hyperlien renvoie sur le très agréable OM.fr, feu OM.net. Le lien est, dans un premier temps, complètement saturé : c’est que la bande passante et les serveurs ne suffisent pas à contenir l’afflux massif d’internautes qui se précipitent pour découvrir ce que recueille cette annonce inattendue.

Stupeur… et explosion de joie

168 caractères. À peine trois lignes. Pas d’image. Pas un mot n’est à enlever. La lettre du communiqué est limpide et elle ne trompe personne.

Franck McCourt informe de l’ouverture de négociations exclusives avec le Public Investment Fund pour l’acquisition de l’Olympique de Marseille. Ces négociations prendront fin le 5 septembre 2020.

Tout de suite, les différents médias s’emparent de cette information. Au journal télévisé de TF1, Jean-Pierre Pernaut ne manque pas de faire son petit commentaire habituel.

Enfin, sport désormais. L’actionnaire de l’Olympique de Marseille, le marseillais de naissance Frank McCourt, annonce qu’il s’apprête à céder le club à l’enfant des Bouches-du-Rhône, le prince d’Arabie Saoudite Mohammed Bin Salmane.

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Car oui : Le Public Investment Fund, c’est Mohammed Bin Salmane. Ou presque, puisque c’est Khaled Bin Talal qui présidera le club, lui le fils du fameux Al Walid Bin Talal.

Une mise en scène savamment orchestrée a, qui plus est, laissé croire aux médias que c’était le fameux moustachu Mohamed Ayachi Ajroudi qui allait s’emparer du club phocéen, histoire de laisser les négociations se faire en silence. Il faut croire que le Tunisien a de nombreux ennemis et sait occuper le terrain médiatique, comme en atteste cette déclaration anonyme d’un certain Pierre M. :

Mohamed Ayachi Ajroudi est un Kachkar bis. L’OM ne sera pas racheté. Caleta-Car partira, Kamara et Payet aussi. La commanderie sera vendue. Je pense que la DNCG devrait rétrograder l’OM en National 3. Ça me paraît équilibré et raisonnable comme opinion.

Le secret enfin éludé

Du côté saoudien, on parle d’affect et de cœur avant de parler géopolitique. C’est que personne n’a oublié le lien de la famille royale Bin Talal avec Marseille: Khaled lui même a, un été du début des années 90, vu sa vie et sa capacité à marcher sauvés par les médecins de la Timone. Retabli, ce même Khaled, reconnaissant, s’était alors juré de rendre la pareille à la ville. Il paraît même qu’il trouvait que remplacer Drogba par Luyindula était un scandale absolu, dès le premier jour du bon Peguy à la Commanderie.

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5 septembre, enfin. À la mairie, Franck McCourt, tout souriant, se présente aux côtés d’un Georges Cook bien habillé pour l’occasion : c’est que Jacques-Henri Eyraud est devenu secrétaire d’État aux Jeux Olympiques depuis 15 jours et qu’il a bien mieux à faire. C’est toi qui avais raison, Alexis Bernard du 10 Sport. 

Mourad Boudjellal, quant à lui, se frotte les mains: dans cette vente, il récolte le beurre (une commission pour son rôle d’écran de fumée), l’argent du beurre (il exercera le rôle de directeur général des affaires courantes du club tandis que Khaled Bin Talal en sera le président) et la laitière (son salaire aux Grandes Gueules de RMC sera multiplié par quatre, parce qu’on s’est quand même bien marrés avec le bon Mourad).

Une organisation secrète et complexe

Ce rachat aura, en tout cas, intrigué bien des supporters durant des mois et des mois. Personne n’a réellement compris pourquoi Paul Aldridge a été embauché, pourquoi Gary Cook conseillait Franck McCourt, pourquoi une entité « OM Développement » a été créée de façon secrète, pourquoi aucun média traditionnel ne parlait de vente, et surtout pourquoi Mourad Boudjellal était parti s’embourber dans une histoire aussi étrange avec Mohamed Ajroudi.

Le secret levé, les Marseillais comprennent enfin ce qui se tramait : l’échec des négociations avec Newcastle était, en réalité, avéré depuis de nombreux mois côté saoudien. Le manque d’enthousiasme côté gouvernement britannique, les réticences de la ligue de football anglaise, les communiqués des institutions de droits de l’homme, le rapport de l’Organisation Mondiale du Commerce et la menace de retrait du diffuseur qatari Bein Sports, tout cela commençait sérieusement à agacer les pensionnaires de la péninsule arabique qui décidaient alors de changer de stratégie.

Qui plus est, le royaume n’allait, évidemment, pas se satisfaire d’un deuxième échec après celui de Manchester United. C’est que, pour son développement, il lui faut absolument intégrer le petit monde du football et ses élites. On a en effet pu remarquer, du côté de Riyadh, à quel point le rachat de Manchester City, et surtout celui du Paris Saint-Germain, avaient servi de tremplin à leurs pays hôtes.

Emmanuel Macron, lui, n’est pas en reste puisqu’il a bien compris l’attrait des Saoudiens pour le football et leur léger goût pour la rivalité avec le Qatar. Il ne se pria donc pas d’intervenir, s’assurant ainsi un partenaire commercial qui investit – et qui investira beaucoup – bien au delà du simple football : c’est que la ville de Marseille tout entière applaudit des pieds et des mains le fonds ami.

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D’un côté, Khaled Ben Talal s’apprête à faire main mise sur le Stade Vélodrome que compte lui céder la nouvellement élue Michèle Rubirola en échange d’un engagement à ne pas le détruire dans les trente prochaines années. AREMA, de son côté, se verra gentiment rachetée et un arrangement entre personnes de bonne éducation sera rapidement trouvé.

De l’autre côté, le Public Investment Fund annonce le rachat du Parc Chanot et la construction d’un immense parc ultra moderne de conférence, doublé d’un parking souterrain de 10 000 places. Plus jamais de problème de stationnement pour les supporters olympiens et fini les dettes pour la mairie de Marseille.

Enfin, la résurrection ?

Cette vente actée de l’OM, qui avait été précédée par une simple (grosse) amende de la part du FPF, laisse place à des changements immédiats.

Le directeur sportif, Pablo Longoria, se présente alors. Il explique que le mercato sera extrêmement ambitieux et que l’OM a pour objectif d’atteindre le niveau du Paris Saint Germain, tant sur le terrain qu’en dehors, en 3 ans. En réalité dans la tête des saoudiens, on veut tout et tout de suite.

C’est pourtant sur le terrain des ventes que tout se joue dans un premier temps. Le journaliste Romain Molina ne manque pas de relever l’achat d’une villa à Cassis au nom d’un certain Pini Z. tandis que se révèlent quelques pratiques surprenantes de la part des agents de joueurs olympiens : Kostas Mitroglou est par exemple cédé pour 45 millions d’euros – dont 27 pour Benfica – à Al Hilal, en Arabie Saoudite. Bizarre.

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Morgan Sanson, lui, se voit montrer la porte par un Khaled Ben Talal fin connaisseur de pied ballon et qui lui reproche de “jouer en regardant ses pieds”. Direction West Ham pour l’ex-montpelliérain, vite suivi par Bouna Sarr, Valère Germain et Jordan Amavi : c’est que les Cottagers aiment vraiment beaucoup l’OM. Ou Pini Zahavi.

Après des ventes estimées à près de 75 millions, les achats marseillais peuvent débuter. C’est Youcef Atal qui sera chargé de remplacer Bouna Sarr à droite tandis que Benjamin Mendy est rapatrié pour récupérer son côté gauche et une condition physique décente. Au milieu, on fait dans l’humilité: seul Mickaël Cuisance se présente et Khaled Ben Talal anticipe toute tentative de procès liée à l’arrivée de Pape Gueye via un joli chèque à ses 28 agents et à Watford.

Bouba Kamara recule et prend la place d’Alvaro Gonzalez qui fera office de numéro 3, devant Leonardo Balerdi. À gauche, le nouveau directeur sportif marseillais décide de jouer les économies en attendant l’arrivée programmée de Cristiano Ronaldo pour l’été 2021. Il ne recrute que le maigre Belaili, ce qui inquiètera certains supporters qui ne savent pas encore qu’il deviendra leur nouveau chouchou.

Et si c’était vrai ?

En pointe, enfin, pas de temps à perdre : 80 millions d’euros sont posés sur le père Griezmann qui devra composer avec Dario Benedetto, quand bien même aucun des deux n’est à l’aise seul en pointe. C’est qu’il faudra attirer des sponsors et agrandir l’aura du club pour faciliter au mieux l’arrivée de Messi, libre, l’été d’après. La guerre des numéros se faisant déjà ressentir, on anticipe côté saoudien : Dimitri Payet prendra le 8, Cristiano Ronaldo le 7 et Lionel Messi le 10. Tout le monde est content.

Florian Thauvin et Maxime Lopez se voient quant à eux prolongés de quatre ans tandis que Steve Mandanda reçoit un bail d’un an plus un an renouvelable.

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Pour le stade, enfin, Khaled voit les choses en grand. Il commence par retirer tous ces foutus sièges blancs (qui a jugé que c’était une bonne idée d’écrire deux fois Marseille ?) et ordonne de procéder aux finitions (repeinte des escaliers, de la devanture du club, pose de tapis, amélioration des bordures de la pelouse, sièges bleu ciel et Marseille écrit en blanc). Fini l’ère des économies de bout de chandelle à l’OM, on vise de nouveau l’excellence absolue et le retour des Yankees (avec contreparties) l’illustre bien. 

Pour la première saison olympienne, côté saoudien, on s’intéresse surtout aux finances du club et, contre un chèque de 500 millions d’euros (un chèque somme toutes tout à fait équilibré et raisonnable dit-on côté Olympien), le sponsor saoudien Aramco s’affichera sur le maillot ciel et blanc.

À Marseille, en cette fin d’été 2020, pour la première fois depuis longtemps, on s’autorise à rêver, enfin, à nouveau. Quitte à rêver plus grand ?

Crédits photo : Icon Sport.

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