FC Barcelone – ACCS Futsal : le choc Barça-Paris comme vous ne l’avez jamais vu (1/2)

Ce mardi, le Paris-Saint-Germain s’est rendu au Camp Nou pour le premier acte de son 8e de finale de Ligue des champions contre le Barça. Vendredi soir, la route des ambitions françaises prendra encore une fois la direction de Barcelone, car une autre équipe francilienne se rendra en Catalogne pour un 8e de finale de C1. Sauf que celui-ci se passera sur le parquet du Palau Blaugrana, adossé au Camp Nou. L’ACCS Futsal Club, représentant de Villeneuve-la-Garenne et Asnières, défie le champion d’Europe en titre barcelonais.

ACCS, OVNI de la pas si lointaine galaxie futsal

En temps normal, une telle affiche n’aurait jamais dû avoir lieu dans de telles conditions. Habituellement faite de plusieurs plateaux de 4 équipes sous forme de mini-championnat à chaque tour jusqu’à déterminer un Final Four, la Ligue des champions de Futsal a dû être réorganisée. Dans le contexte sanitaire, impossible de réunir 4 clubs venant de différents pays en un seul endroit à chaque tour.

Place aux matches secs dès le début de la compétition. Mais étant débutant dans l’épreuve et issu du championnat de France, où les équipes n’ont pas encore de statut professionnel ni de véritable reconnaissance à l’échelle européenne, ACCS doit faire avec un indice UEFA quasi nul. Un facteur synonyme de tirage relevé à chaque tour. Sur 8 adversaires tête de série possibles en 8e, 6 chances de tomber sur un précédent vainqueur de la compétition lancée en 2002 : Inter Movistar, Sporting CP, SL Benfica, Kairat Almaty, Gazprom Ugra et donc le Barça.

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Bienvenue donc dans l’Europe des parquets, où la France fait figure de petit, où les patrons sont Espagnols, Portugais, Italiens… ou encore Russes ou Kazakhs. Pour ces deux derniers cas, l’explication se trouve dans le fait que les principaux clubs de ces pays sont aux mains de riches mécènes. Ils permettent la structuration de grosses équipes basées sur les meilleurs talents du pays, ainsi que de nombreux joueurs sud-américains naturalisés, notamment brésiliens. Par exemple, il y a le Gazprom Ugra en Russie, champion d’Europe 2016 dont le secret réside dans son naming et la propriété du patron de la firme, ou le Kairat Almaty, club kazakh double vainqueur de l’épreuve et détenu par un magnat de l’industrie locale. Ces championnats et sélections concurrencent donc directement les trois premiers pays cités pour la suprématie européenne, pendant que le futsal hexagonal cherche encore à prendre son envol.

L’Arena Teddy Rinner d’Asnières – Photo Johnny Fidelin /Icon Sport

Dans cette galaxie futsal, ACCS fait office d’OVNI. Né du côté de Villeneuve-la-Garenne dans les Hauts-de-Seine en 2008, le club a depuis 2014 pour vocation de servir de vitrine à un projet associatif plus vaste. Véhiculer le sens de la réussite dans les quartiers et changer l’image de ceux-ci, avec le futsal comme porte-étendard et l’ambition assumée d’aller remporter la Ligue des champions, «atteindre l’inaccessible étoile». Une utopie, qui a quand même fait son chemin de façon bien réelle. Pas étonnant alors, de par sa nature, de voir le club s’appuyer sur d’autres exemples de réussite issus des quartiers pour se faire connaître : Presnel Kimpembe, Franck Ribéry, ou plusieurs noms du rap comme Gims ou Niro, dont la marque s’affiche sur le maillot Ligue des champions du club.

Sur le terrain, plus que de gravir les marches vers l’Europe, ACCS les a enjambées quatre à quatre. Champion consécutivement de R3, de R2 avant de passer la surmultipliée. Arrivés en R1 d’Île-de-France, les Lions comptent plusieurs noms pionniers de la discipline en France et signent Abdessamad Mohammed, tout juste élu meilleur joueur du championnat de France qu’il vient de remporter. ACCS écrase son championnat régional en accumulant les scores fleuve et gagne au passage… la Coupe de France.

Les barrages d’accès vers le 2e échelon national font aussi office de formalité, tout comme ledit championnat, remporté avec la même affolante facilité. Une période qui voit l’arrivée des premières recrues de renommée internationale dans l’équipe, en vue d’un championnat de France à venir l’année suivante que le club manque de remporter en prolongation lors de la finale de play-offs contre Toulon. ACCS manque d’un rien un incroyable sacre dès la saison de sa montée. Quelque part un mal pour un bien qui permet au projet de temporiser avant le grand saut européen, et ailleurs une petite frustration qui se maintiendra pour la saison 2019-2020.

Alors que la formule de play-offs est abandonnée, le club ayant fraîchement investi la flambant neuve Arena Teddy Rinner d’Asnières s’envole en tête avec plus de 100 buts inscrits en 15 matches, déjà une dizaine de points d’avance… et le Covid-19 débarque. Le championnat est arrêté, ACCS décroche l’unique place européenne réservée au champion de France mais n’obtient pas officiellement le titre.

Le transfert du siècle, un pari pour exister

Durant le long été occasionné par cet arrêt forcé, la presse espagnole s’enflamme. Et à raison, le club confirmant les bruits de couloirs devenus rumeurs en faisant son annonce officielle : Ricardinho quitte l’Inter Movistar et rallie les Hauts-de-Seine pour 3 ans. L’Inter, c’est le rival madrilène du FC Barcelone, le plus gros palmarès européen, qui vient d’empiler 2 Ligues des champions, 6 Liga et 4 coupes d’Espagne sur la dernière décennie. Ricardinho, c’est le sextuple meilleur joueur du monde, qui a mené le Portugal à un sacre européen en 2018 (le seul du pays). En gros, un club n’ayant pas encore mis les pieds en Europe et tout jeune dans le petit paysage français recrute Cristiano Ronaldo en provenance du Real Madrid.

Si les choses vont très vite dans le football, elles vont beaucoup plus vite dans le futsal au propre comme au figuré. ACCS a atteint le plafond du futsal français et se donne pour mission de l’élever. Premier objectif : attirer plusieurs cadres de l’équipe de France, et former ceux de demain.

Sur des listes d’une quinzaine de noms convoqués, les Lions en représentent aujourd’hui quasiment la moitié. Des plus expérimentés comme Abdessamad Mohammed, Souheil Mouhoudine ou Sid-Ahmed Belhaj qui sont assez tôt descendus d’un échelon pour rejoindre le projet dès les divisions inférieures, ou Landry N’Gala arrivé cette saison, ou encore des jeunes comme Mamadou Touré formé au club et Nelson Lutin. Un dernier nom sur lequel nous reviendrons. Et après plusieurs ajustements venus de l’international, le club réalise son ultime coup en amenant donc Ricardinho ainsi que son coéquipier de l’Inter Movistar et capitaine de l’équipe d’Espagne Carlos Ortiz, plus Bruno Coelho, héros du Portugal en finale de l’Euro, en provenance de Benfica.

Une opération hors du commun rendue en partie possible par deux choses. D’abord, l’arrivée dans l’entourage du club de Jesus Velasco, l’entraîneur espagnol qui a ramené à l’Inter Movistar ses principaux titres des dernières années et aujourd’hui installé sur le banc parisien. Le second point ? L’envie pour ces joueurs de relever un nouveau défi après avoir littéralement fini le jeu du côté de Madrid ou en sélection.

ACCS doit s’imposer sur le plan européen mais plus encore, imposer le futsal comme un sport qui compte en France. Une mission ayant trouvé écho auprès de Ricardinho dès ses premiers contacts avec le club, n’attendant que l’expiration de son bail madrilène. Un étrange challenge nous direz-vous, si vous faites partie de ceux dont tous ces noms vous étaient inconnus il y a encore quelques lignes. Ces noms de stars que l’on ne voit même pas à la télé en France.

C’est là qu’on se dit que tout va peut-être trop vite. Un club au budget total se rapprochant des 500.000€, déjà bien au-delà de la moyenne des clubs de l’élite française, accueille un joueur au salaire de 30.000€ par mois (certes bien en deçà de ses précédents contrats) ainsi que ses illustres coéquipiers. Le tout pour des matches que l’on ne voit majoritairement qu’à travers des diffusions organisées par le club lui-même sur YouTube ou Twitch, dans les cas où cela est possible (comprenez : «à domicile et chez une poignée de clubs parmi les 12 de la D1 seulement.»).

Même en ce qui concerne la visibilité de la discipline à travers l’implication du spectateur dans la vie quotidienne du futsal, le club a dû innover. Il a lancé sa propre émission sur sa chaîne YouTube. Une émission consacrée à l’actualité de la discipline, où se croisent membres d’ACCS ou d’autres clubs et intervenants extérieurs.

Pourtant, le fait est que le pari tend à réussir. Le match face au Barça ce vendredi sera diffusé en clair et en prime-time par la chaîne L’Équipe. Initialement prévue à 19h, la rencontre a été décalée à 21h pour permettre cette diffusion en France comme nous l’explique le président du club francilien Sami Sellami :

«Nous avons fait changer l’horaire de la rencontre. Cette saison, il a été difficile de trouver la bonne occasion de faire diffuser un match, entre autres pour des raisons techniques liées aux gymnases. Mais quand on a tiré le grand Barça, à Barcelone (et au Palau Blaugrana qui accueille déjà des rencontres diffusées à la TV en futsal, basket ou hand, ndlr), j’ai appelé Nicolas Manissier, (directeur des opérations de L’Équipe, ndlr) qui a gardé un œil sur le futsal depuis que nous avons annoncé la signature de Ricardinho, et on s’est très vite mis d’accord.»

La chaîne L’Équipe se lance donc sur le futsal pour la deuxième fois après la diffusion de l’Euro 2018. La première compétition internationale disputée par la France, qui avait vu les Bleus s’arrêter en phase de poules, mais non sans réaliser un match inaugural historique face à l’Espagne 2 fois championne du monde et 7 fois d’Europe (4-4). A l’époque, la chaîne avait dénombré 340.000 téléspectateurs en moyenne, avec un pic à 522.000 en fin de rencontre, alors que nous étions un mercredi soir. «On peut espérer avoir une audience significative qui amène à démocratiser le futsal, indique Sami Sellami. Le créneau est en tous cas idéal, de par le jour, le nouvel horaire et le fait qu’il n’y aura pas de grands matches de foot en même temps. Puis tomber la même semaine que le PSG à Barcelone, c’est vraiment significatif en terme de visibilité.»

La visibilité, justement. Peut-être bien l’objectif majeur de cette rencontre pour le futsal français au-delà d’ACCS qui s’en trouve porte-étendard. Montrer à un public toujours plus large et aux diffuseurs le potentiel de cette discipline, à l’heure où le football est en pleine crise existentielle. Quand Andrea Agnelli explique que ses enfants ne tiennent pas 90 minutes devant un match de football ou que les instances diverses, jusqu’à Arsène Wenger, s’interrogent sur la manière de faire évoluer le jeu de manière à, justement, favoriser le jeu et redonner de l’attrait à un football devenu fade de l’absence de public et des matches à répétition, le futsal est déjà là avec les réponses.

Terrain réduit identique à celui du handball. Deux fois 20 minutes avec le temps arrêté à chaque sortie de balle. Temps limité pour remettre le ballon en jeu. Pas de hors-jeu, changements illimités, règle du cumul des 5 fautes collectives avant d’offrir un jet-franc à l’adversaire (ici, un penalty à 10m au lieu de 6 pour un penalty classique), gardien de but limité à 4 secondes de possession de balle dans son camp… En bref, un concentré de technique et tactique footballistique à l’extrême mixé avec les règles de sport en salle qui font le succès d’un sport comme le basket de par son dynamisme.

Laissons au football ce qui est au football M. Agnelli, vos enfants supporteront simplement peut-être mieux de passer environ une heure et demie (pause incluse) devant ce spectacle que devant presque deux heures d’un football à l’agonie. Si un audimat assez large partageait la même impression ce vendredi soir, alors peut-être qu’il sera temps d’envisager pour de bon la diffusion régulière du championnat de France. Le grand pas vers la professionnalisation de celui-ci grâce aux revenus liés aux droits TV que tous les acteurs de la discipline attendent.

Un club qui détonne dans son milieu, des ambitions aussi hautes que clairement affichées, des enjeux dépassant le cadre du match, un recrutement XXL et une rivalité de fait avec le Barça. Les parallèles entre ACCS et le PSG ne manquent pas, mais le résultat sur le terrain sera-t-il aussi facilement acquis que pour Mbappé et sa bande ? La suite de notre dossier est à retrouver ici.

Crédit Photos: Bertrand GUIGOU et IconSport

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