[Interview] Gauthier de Marien : « Le tifo ultime ? Celui de Marseille contre le PSG »

Après « 100 clubs de foot de légende« , Gauthier de Marien a sorti son deuxième livre « Tifos, quand l’art s’invite au stade » fin 2017. L’occasion de revenir ensemble sur son projet et de décrypter l’univers ultra, généralement diabolisé en France.

Comment s’est passée la genèse du projet ?

A la base, l’idée n’est pas de moi. J’ai sorti un livre sur l’histoire des clubs de football et à la suite de ça, Jean Louis Dupont, un avocat belge à l’origine de l’arrêt Bosman, m’a contacté pour me rencontrer et me proposer un projet. Il est venu à Paris, on a mangé ensemble et il m’a évoqué l’idée de réaliser un livre sur les tifos. Je me suis dis « Pourquoi pas ! ». Je suis pas spécialiste des Ultras et des supporters, je me suis intéressé à ce sujet, j’ai contacté les maisons d’édition, et l’idée a été acceptée par Tana.

C’est un livre sur les Tifos plus que sur les Ultras ?

Oui, il y beaucoup de photographies. Tana est une maison d’éditions qui fait beaucoup de livres sur les graffs, les graffeurs, sur l’art en général. J’ai dit que ça serait bien de montrer l’aspect artistique de la fabrication de ces Tifos. Il y a beaucoup de photos dans le livre, avec des citations des personnes qui ont fabriqué ces tifos et que j’ai rencontrées ou interviewées. Parmi eux les Ultras de Strasbourg, de Bordeaux, des sociologues, des historiens de l’art… L’idée était de donner une idée positive de ces tifos.

Et de dédiaboliser le mouvement Ultras ?

Clairement, mon idée quand je fais un bouquin, c’est de montrer l’aspect positif du football. Souvent il y a des livres qui sortent, et qui font des polémiques incessantes. Là, il y a des gens qui viennent au stade, sans rien demander à personne, pour encourager leur club, qui font des tifos qui leur prennent du temps, de l’argent. Ils font ça par passion, par amour pour leur club, c’est pur. Ils ne demandent pas le soutien des clubs, pas aux dirigeants de les financer, ils le font juste par plaisir. Je voulais montrer cet aspect là. Ce n’est pas un livre d’analyse, c’est un livre pour montrer ce que les supporters font, de Dortmund à Lorient.

Quel est votre sentiment sur la polémique du tifo « La Haine » qu’on a pu voir lors du derby du Rhone ? 

Je ne vois pas la polémique. C’est une référence cinéma comme il y en a beaucoup. Il y a déja eu Scarface… C’est un peu du vent. Ca ne me choque pas plus qu’autre chose.

AFP PHOTO / JEFF PACHOUD

Sans être spécialiste du milieu Ultra, y-a-t-il une différence entre le milieu français et à l’étranger ?

En France ce n’est pas encore bien développé. En Allemagne, les stades sont pleins… Hormis Marseille, Lyon, Saint-Etienne … Ca n’a rien à voir avec les Allemands. Pourquoi ? Je ne sais pas trop, il faudrait s’y intéresser.

Y-a-t-il une rencontre qui vous a marquée ?

Le responsable des Indians à Toulouse. J’ai trouvé qu’il avait beaucoup de recul par rapport à ce qu’il faisait. Ce n’est pas juste fabriquer un tifo, c’est une oeuvre pensée. Il faisait appel à des graffeurs, à plein de personnes pour le concevoir. C’est une manière de faire passer des messages. Même si certains sont instinctifs et délire, la plupart sont conçus dans un but précis et artistique. Il y a des artistes sur le terrain, mais en tribune aussi avec les tifos, et c’est ce que je voulais montrer.

C’est donc réellement un art ?

De l’art, oui, une certaine forme d’art. Je discutais avec un historien de l’art qui me disait que ça se rapproche plus du carnaval mais il y a une véritable démarche artistique, esthétique, qui marque les esprits. Oui, c’est une vraie forme d’art. Il y a la volonté de fabriquer une oeuvre esthétique, avec un message derrière.

D’un point de vue personnel, quel groupe excelle dans cet art ?

Le plus impressionnant, c’est celui de l’OM contre le PSG. La performance esthétique est magnifique, ils ont fait appel à tout le stade. 65 000 personnes ont joué le jeu. Au delà de la beauté, ils ont fédéré tout un stade. Après, tous les clubs ont quelque chose. Nantais, stéphanois, lyonnais… Et puis après il y a les étrangers. Pologne, Grèce avec l’Olympiakos, le Standard de Liège.

Un dernier mot pour conclure ?

Je n’étais pas spécialiste du mouvement, et en m’y intéressant, en creusant, j’ai compris ce monde. C’est quelque chose qu’il faut mettre en avant, dont il faut montrer le côté positif. Pour ne pas retenir uniquement les dérapages et les polémiques.

Pour découvrir l’excellent livre de Gauthier, c’est juste ici.

 

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Parle d'Allemagne et de Bundesliga, et c'est à peu près tout.