Il était une fois la Reine Adélaïde

Il était une fois, dans un endroit fort lointain peuplé de fieffés coquins appelé le monde du football, la reine Adélaïde.

La reine Adélaïde, Jeff de son prénom (après tout pourquoi pas) était née avec un don précieux : celui du ballon rond. Un don qui, elle ne le savait pas encore, déterminerait toute sa vie.

Élevée loin des frasques de la Cour dans son château du Val de Marne, la reine Adélaïde fit rapidement parler son précieux talent lors de tournois de football organisés avec les manants du coin. A l’US Torcy, où la reine reçut une éducation à la hauteur de ses capacités auprès des meilleurs précepteurs de la vallée, les badauds commencèrent à s’enthousiasmer, les adversaires à s’agacer, et les messagers à affluer. Le destin de la reine Adélaïde s’apprêtait à basculer pour toujours.

En l’an deux mil dix, la reine fut envoyée au comté d’Artois afin de poursuivre sa formation au RC Lens, auprès des plus grands spécialistes du royaume. Dans ce cocon propice à l’éclosion, elle travailla sans relâche, avec envie et bonne humeur, et gravit chacun des échelons qui la mèneraient vers la parfaite maîtrise de son talent. Mais un tel don ne passe pas inaperçu, et des brigands du royaume d’Angleterre, avertis par leurs espions, se mirent rapidement en tête de s’offrir ce joyau du dribble, ce diamant du passement de jambes, ce génie du crochet.

C’est ainsi qu’un beau jour, au cours de l’été deux mil quinze, la reine Adélaïde fut enlevée par des bandits, jetée sans ménagement à bord d’une caravelle, et emmenée jusqu’aux faubourgs de la cité de Londres. Elle y fit la connaissance de ses geôliers, des canailles qu’on appelait dans ce pays les « gunners » (en bon françois « canonniers » ou « artilleurs »). Ce groupe, qui n’avait pas de violent que le nom, s’attacha rapidement à tirer le maximum de son nouvel élément. La reine fut envoyée en première ligne pour combattre des jeunes dépravés dans le terrible championnat anglais avec d’autres U23 cruellement arrachés à leurs familles. Dans ces conditions, au fil de tournois plus obscurs les uns que les autres, la reine vit peu à peu son talent s’éteindre. Après quelques apparitions peu concluantes avec l’équipe première en coupe (sorte de grand tournoi médiéval un peu has-been au cours duquel le dernier survivant se voit offrir un vase précieux dans l’indifférence générale) et de nombreuses soirées pluvieuses passées sur le banc, une vilaine blessure mit définitivement fin aux espoirs que les Gunners avaient placés en la reine Adélaïde, qui se retrouva à croupir dans un cachot pendant plusieurs mois.

C’est alors qu’un preux chevalier du nom d’Olivier Pickeu, ayant eu vent de cette fâcheuse situation, décida de porter secours à la reine Adélaïde. Chevauchant son destrier, et n’écoutant que son courage, il sauva la reine des griffes des Anglais et la ramena dans le duché d’Anjou. Sur les bords de la Maine, la reine se sentit immédiatement revivre. Après du peuple angevin, de ses nouveaux compères à la tunique blanche et noire, et surtout de son précepteur Stéphane Moulin qui s’efforçait chaque jour de ranimer son talent, elle put s’épanouir à nouveau et rapidement retrouver le goût du football. En quelques mois, elle prit part à dix batailles, faisant étalage de sa technique, de sa rapidité, et de son physique, et se réussit à se faire une place dans le cœur des badauds.

Malheureusement, à l’été deux mil dix-huit, après seulement quelques mois de bonheur, la reine fut récupérée par les Anglais. Dans le fief des Gunners, le nouveau précepteur hispanique du nom de Unai Emery décida alors de profiter du regain de popularité de la reine de l’autre côté de la Manche pour demander une rançon au chevalier Pickeu. Cette rançon fut payée sans hésitation, et la reine s’en revint à Angers, pour le plus grand bonheur de la population locale.

La reine a depuis pris part à l’intégralité des tournois (sauf contre la principauté de Monaco), et confirme jour après jour les espoirs que le peuple angevin avait placés en elle. Chaque fois plus technique et athlétique, elle tire les siens vers le haut et se fend même depuis quelques temps de retours défensifs salvateurs qui font les beaux jours de son équipe. Son agilité et sa vision du jeu ont d’ailleurs récemment tapé dans l’œil du grand mestre Sylvain Ripoll, qui souhaite logiquement profiter du talent de la reine pour repousser les attaques barbares qui se profilent.

A vingt ans, la reine Adélaïde, délivrée du joug des Anglais, progresse encore à vue d’œil et attire toutes les convoitises. Après quelques années tourmentées, on espère désormais qu’elle continuera sur sa lancée, qu’elle vivra heureuse et aura beaucoup d’enfants, mais surtout qu’elle ne fera qu’une bouchée des Turcs vendredi prochain.

The end.

Crédits photos : Sébastien SALOM GOMIS / AFP