Le 28 mai dernier, le technicien portugais de 41 ans s’est engagé pour deux ans avec l’Olympique de Marseille. Au chômage depuis un an et demi, il ne choisit pas le plus aisé des comebacks. Sur ses épaules, le poids d’un projet qui connaît un coup d’arrêt ainsi que l’impatience des supporters à qui l’Europe manque terriblement. André Villas-Boas : bonne pioche ou échec annoncé ?

Coupe de cheveux impeccable, costume bien taillé et sourire éclatant, André Villas-Boas a su se faire remarquer lors de sa première venue au Centre Robert Louis-Dreyfus. Un tour dans le bâtiment administratif et une tournée de poignées de main à tous les employés du club a ainsi précédé les habituelles étapes préalables à la signature du coach lusitanien. L’opération séduction est donc lancée pour AVB et pour les décideurs olympiens : ni l’une, ni l’autre des parties n’ont désormais le droit à l’erreur. Des passages décrits comme décevants à Chelsea puis Tottenham d’un côté et des échecs répétés pour décrocher un billet pour la Champion’s League de l’autre. Si les premiers noms évoqués étaient ceux de Heinze et de Puel, que faut-il penser de l’association Villas-Boas/Champion’s Project ?

Itinéraire d’un précoce 

Portista depuis le berceau, le jeune André est toujours membre du groupe ultra des Super Dragões. Le destin l’a même amené à partager le même immeuble que Bobby Robson, alors entraîneur du F.C Porto (1994-1996). Dans le hall du bâtiment, l’arrière-petit-fils de Vicomte ira jusqu’à interroger l’entraîneur anglais sur ses choix : « Sir, pourquoi ne faîtes-vous pas jouer Domingos Paciência*?». Une audace qui a convaincu Robson d’embarquer le jeune homme à l’entraînement de l’équipe première dès le lendemain, puis de lui confier une place au sein de son staff à dix-sept ans à peine. Le technicien anglais passera quelques coups de fils afin de lui dégoter une formation de deux ans à Ipswich malgré son jeune âge. L’oisillon portugais les obtient avec succès mais ne prendra son véritable envol en tant que numéro un « qu’à » trente et un ans sur le banc de l’Academica. Entre temps, il aura notamment fait ses armes en tant que membre du staff en charge du scouting pour José Mourinho. Référence.

Un maintien acquis avec brio à l’Academica et un quadruplé historique à la tête du FC Porto, en deux saisons consécutives, contribueront à lui accoler le surnom de « Special Two ». Aux yeux de l’Europe, le fils serait même prêt à tuer le père. Pourtant, il n’aura pas le même succès que le Mou du côté de Chelsea puisqu’il ne terminera même pas sa première saison, licencié suite à une décevante 5ème place au classement. Même son de cloche au bout d’une saison et demie avec Tottenham, malgré un record historique de points (72) au cours de la saison 2012/2013. Au Zénith, il garnira son palmarès d’un titre de champion ainsi que de la meilleure performance d’un club russe en Ligue des Champions (1/8ème de finale). Un parcours sinueux qui le conduira jusqu’à un exil en Chine et à une participation à… Paris-Dakar. Tous les doutes sont permis.

Reculer pour mieux sauter ?

« En quelques mots : il est trop sûr de lui et est surtout très con. Je suis désolé d’être violent… Le mec va à Chelsea, il pense avoir inventé l’eau chaude, mais ça ne prend pas ». Un tacle à la gorge signé Benoit Assou-Ekotto. Dur. Trop dur ? Après tout, n’est-ce pas présomptueux de s’attaquer peu de temps après son arrivée à des symboles comme Frank Lampard ou Didier Drogba ? Des actes sans doute jamais pardonnés par son vestiaire et ça, Roberto Martinez l’a vite compris : Exit Torres, c’est Drogba & Co qui ont porté le club vers le sacre en Champion’s League, le baroud d’honneur d’une génération dorée pour Chelsea. L’image d’un entraîneur détestable se forge très vite outre-manche dans une presse réputée sans pitié. D’ailleurs, c’est encore une fois son savoir-être qui est décrié chez les Spurs puisque sportivement, son bilan se défend avec un record historique de points en championnat pour le club londonien.

La suite, un exil progressif loin du Vieux Continent : le Zénith puis Shanghai Dongya et enfin un an et demi de chômage. Sans doute un voyage spirituel afin de se purger d’un succès peut-être trop vite acquis. Un temps qui a sans doute permis au « Special Two » de se retrouver en tant qu’homme et entraîneur de football. C’est en tout cas ce que semble appuyer Christophe Lollichon, en charge des gardiens dans son staff à Chelsea : « Il est arrivé jeune, peut-être trop jeune, avec un palmarès déjà étoffé, et il a pu être maladroit, sans doute, dans ses façons de faire. Il est arrivé plein d’ambition et il aime dire les choses clairement. Mais des Terry, Lampard, Drogba ou Cech, vous ne pouvez pas les attaquer frontalement ». Après tout, personne ne savait si l’entraînement de Sangoku dans son vaisseau porterait ses fruits avant qu’il ne débarque sur Namek. Peut-être que Marseille signifie Namek dans un dialecte lointain…

OM compatible ou pas ?  

A un tournant de sa courte existence, l’OM Champions Project veut impulser une nouvelle dynamique en signant son nouvel entraîneur. La stratégie court-termiste qui a consisté à investir massivement sur des joueurs confirmés pour retrouver la Champion’s League au plus vite n’a pas payé. Le projet de McCourt a consommé son premier entraîneur et se séparera sans doute de ses premiers cadres cet été. La prise de fonction d’André Villas-Boas marque donc « une nouvelle ère » pour paraphraser la communication du club.

AVB, c’est une idée estampillée Zubi. La relation entre les deux remonte à plusieurs années et possède à son actif plusieurs deals, dont le transfert d’Oriol Romeu à Chelsea, première recrue de l’ère AVB à Londres. Une entente qu’il est primordial de souligner tant la relation fut fraiche entre Zubizarreta et Rudi Garcia. En interne, il se murmure qu’Albert Valentin, bras droit du directeur sportif, se plaignait ouvertement de la mainmise du coach français sur la politique sportive du club. Recruter Villas-Boas, c’est l’assurance pour Zubi d’avoir les mains libres durant le prochain mercato. Une première réunion mercato a d’ailleurs eu lieu le 30 mai en présence des concernés. Quant à Jacques-Henri Eyraud, il désirait un entraîneur habitué aux joutes européennes. Sur le papier, Villas-Boas remplit notamment ce critère. L’homme possède une certaine stature et est surtout habitué aux clubs avec une immense pression sportive et populaire, le F.C Porto en tête.

Comme l’OM, AVB n’a plus le droit à l’erreur. Après des expériences mitigées, un nouvel échec lui fermerait de nouvelles portes en Europe.

Lancés dans un deal collectif, l’institution et le « Special Two » parient gros. Puisqu’il est compliqué de parler de saison de transition en terre phocéenne, l’OM Champions Project semble jouer son avenir là où AVB a affirmé qu’il donnerait « [sa] vie pour redonner à ce club la place qu’il mérite ». Crise cardiaque ou reprise de pouls ? Faites vos jeux.

*Ex-attaquant du F.C Porto (1987-1997) que Villas-Boas affectionnait particulièrement.

Photo crédits : CHRISTOPHE SIMON / AFP

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