Fin mai 2016, le feuilleton qui avait agité l’Allemagne prenait fin : Mats Hummels quittait le Borussia Dortmund, club où il avait tout vécu, équipe dont il était capitaine, pour rejoindre le rival bavarois.  Fin juin 2019, ce que tous pensaient impossible se produit : et le joueur fait le chemin inverse pour la seconde fois de sa carrière et, au passage, remballe son honneur tout comme le club de la Ruhr.

Le retour du défenseur central trentenaire relève de l’absurdité. Cependant, sur le plan sportif, c’est une vraie bonne nouvelle pour l’équipe entrainée par Lucien Favre puisque la défense est ce qui lui a fait défaut la saison passée. Alors faire venir un taulier voire une référence pour renforcer l’arrière garde est une excellente idée. Il est aisé de l’imaginer aux côtés de Manuel Akanji, reléguant ainsi les deux centraux français sur le banc. Pour l’entraîneur suisse, cette arrivée est donc sans doute une aubaine. Mais quid du reste ?

Trahison, disgrâce

Sans la moindre surprise, le retour de celui qui porte le numéro 5 est mal accueilli. Ceux qui suivent le Borussia Dortmund ne lui ont toujours pas pardonné. En effet, son départ il y a trois ans s’est passé d’étrange manière. Officiellement, le joueur souhaitait se rapprocher de sa famille, remporter des titres comme la Ligue des champions (sa seule finale à son actif reste celle avec le BvB en 2013). Officieusement, c’est sa mauvaise relation avec Thomas Tuchel qui l’a poussé à s’en aller. Au diable le capitanat, au diable les huit années au sein du club de la Ruhr, au diable le statut de légende pour une histoire d’ego. Le match au Westfalenstadion à la suite de l’annonce de son départ avait d’ailleurs été un festival de sifflets qu’il n’avait pas apprécié. On a alors facilement compris que pour lui, il n’y avait aucun problème. Mais voilà, le football n’est pas que du sport.

Pour les supportes, il s’agissait d’une trahison, et voir le joueur revenir fait office de crachat à la figure. Et s’il veut récupérer le respect de ces derniers, il faudra se salir les mains. Bien plus que Mario Götze qui a fait la même chose il y a quelques saisons de cela. On aura finalement rapidement pardonné à l’enfant du club mais la situation était radicalement différente. Prendre la décision qu’il avait prise à son âge est plus aisé à comprendre. Paradoxalement, sa longue indisponibilité et le potentiel risque de ne plus le voir jouer ont aussi facilité sa réintégration et aujourd’hui tout est apaisé.

Il est impossible de mettre sur un même pied d’égalité les deux situations puisque l’une apparaît plus comme une décision naïve alors que l’autre penche plus vers l’égoïsme ou la lâcheté puisque choisir la voie facile en quittant un club auquel on doit tout pour l’un des rivaux principaux n’a rien d’honorable. Mais cela fait longtemps que l’honneur n’est plus franchement d’actualité dans le football moderne. Et de fait, Mats Hummels sera dans l’obligation de marcher sur des œufs à son retour qui se fera sans l’ombre d’un doute sous de copieux sifflets.

Un transfert loufoque

Après un début de mercato qui a fait l’unanimité dans la Ruhr, les noir et jaune ont mis les pieds dans le plat. Tout comme Mats Hummels. Le retour du joueur est acté, les deux clubs ont communiqué et l’avis des supporters n’a pas pesé pas dans la balance. Un transfert record qui se sera bouclé en un clin d’œil. Car oui, le Borussia Dortmund réalise là le plus gros transfert de son histoire en déboursant près de 38 millions d’euros pour récupérer le joueur vendu 40 millions. Tout se sera donc fait rapidement. Entre le moment où la rumeur a été lancée et la publication des communiqués, moins d’une semaine s’est écoulée. On comprend donc que la volonté était partagée par tous pour que les négociations soient si rapides.

Du côté de la direction du Borussia Dortmund, il est évident que l’on n’était pas contre un retour et ce n’est pas H.J. Watzke qui dira le contraire, lui qui adore Mats Hummels. La communication des deux têtes d’affiche de la direction du club ne laisse rien au hasard et montre très clairement que les valeurs ne comptent pas franchement dans cette histoire.  À ce sujet, le directeur général du club a dit au journal régional Ruhr Nachrichten que le Borussia Dortmund « a toujours été son club de coeur ».  Michael Zorc quant à lui a dit au journal Funke Sport que le joueur le « voulait vraiment » puisque sinon « il ne prendrait pas un chemin si difficile ». Pour le joueur, c’est « un nouveau départ ». Le directeur sportif du club sous-entend clairement que Mats Hummels prend un risque en revenant sur des terres connues. Pas tout à fait exact puisque le joueur sait qu’il jouera, son niveau le garantit. Il est impossible de l’imaginer prendre place sur le banc tant il peut apporter à son équipe dans bons nombres de domaines. En quittant le Bayern Munich, il emprunte une nouvelle fois le chemin facile puisque le club est sur le dossier du talentueux défenseur ajacide, Matthias De Ligt, ce qui le met de facto dans une position délicate. S’en aller permet de s’assurer du temps de jeu.  Le désir de rajeunir l’effectif est aussi fortement présent au-delà d’être nécessaire. Alors sous cet angle le risque pris par Hummels en retournant à Dortmund est faible, très faible.

Reste que si les Bavarois ne mettent pas la main sur le joueur hollandais, ils renforceraient un concurrent direct à leur tour. Les interrogations règnent en maître autour de ce transfert qui est encore plus difficile à accepter que le premier. Et hormis la colère froide des supporters que le central devra supporter, rien ne semble programmé pour le voir échouer dans un club qu’il connaît comme sa poche. Ceci étant, le chemin sera long pour espérer retrouver un semblant de popularité. Mais comme il l’avait lui même dit « les supporters n’ont rien à dire, de toute façon ils ne comprennent rien ».  Et il sera protégé par une direction qui est à ses pieds mais aussi par ses potes au sein d’un vestiaire qui aura toutefois énormément changé depuis l’été 2016.

Crédit photo : Christof STACHE / AFP

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