Barça : Sergio Busquets, le début de la fin ?

Il y a d’abord ces matches, de plus en plus nombreux, où le Sergio Busquets, tout en intelligence, finesse et subtilité, se laisse submerger par la cadence imposée par l’adversaire. Et puis il y a cette concurrence, à base de Frenkie de Jong, Ivan Rakitic, Arthur, Arturo Vidal ou même Carles Alena et Riqui Puig, synonyme de véritable casse-tête pour Ernesto Valverde. L’heure de tourner la page a-t-elle sonné ? La question mérite d’être posée.

En 2006, les médias espagnols avaient tenté d’envoyer un numéro 10 français à la retraite avant qu’il ne leur prouve, lors du Mondial, qu’il en avait encore sous le sabot. Nous ne nous risquerons donc pas à pousser Sergio Busquets vers la sortie. Trois Ligues des champions, huit championnats d’Espagne, six coupes du Roi, une Coupe du monde, un Euro… Dans le genre monument, on trouve difficilement plus solide. Et puis personne n’a oublié ce que Vicente del Bosque assurait à une époque où le Barça et la Roja roulaient sur le football mondial : «Regardez le match, vous ne verrez pas Busquets. Regardez Busquets, vous verrez tout le match.»

Le «chasse-neige», comme le surnomme Gerard Piqué, n’est pas cramé, loin de là. Ils sont encore peu sur la planète football à afficher ce niveau de maîtrise. Tactiquement non plus, il n’y a pas beaucoup d’équivalent. Pour ressortir le ballon face à la pression adverse, on ne fait guère mieux. Autre avantage non négligeable de Busquets : il est catalan. Au Barça, ça compte. Pour ces raisons et parce qu’il est le vice-capitaine blaugrana, «Busi» reste l’un des premiers noms qu’inscrit Valverde sur le tableau noir. Toutefois, son déclin est incontestable.

Lorsqu’on ne souhaite pas regarder cette triste réalité en face, on se réfugie derrière une statistique : depuis le début de la saison, le Barça a perdu deux matches, à Bilbao et à Grenade. Comme par hasard, les deux fois, Busquets n’a pas foulé la pelouse. Mais avancer que le Barça a perdu uniquement parce que le natif de Sabadell n’était pas sur le terrain serait oublier deux choses : la première, c’est que Messi non plus n’a pas joué ces rencontres. Une autre absence plus que notable. La seconde, c’est que face à l’Inter Milan, lorsque les Blaugranas sont menés 0-1 et en cruel manque de solutions, Busquets est là, totalement dépassé. Arturo Vidal le remplace… cinq minutes avant l’égalisation de Luis Suarez. L’ancien du Bayern, lui, brille tout le reste de la partie, alternant entre les positions de sentinelle et de relayeur.

Une graine dans la tête

La même semaine, le FC Barcelone reçoit le FC Séville. Sur le banc : Jordi Alba, Ivan Rakitic et Sergio Busquets. Et toc, pour ceux qui accusent Valverde d’être trop conservateur. Le latéral gauche garde les miches au chaud tandis que les deux autres entrent en jeu pour contrôler la dernière demi-heure et garder le score de 3-0. L’Espagnol remplace Arthur et le Croate prend la place d’Arturo Vidal, auteur du deuxième but et d’une prestation quasi parfaite. La sortie du Chilien est accompagnée des applaudissements nourris du Camp Nou. Le public était déjà acquis à sa cause avant même de l’avoir vu jouer la moindre minute avec le Barça, en témoigne l’ovation donnée lors de la présentation de l’effectif 2018-2019 avant le trophée Gamper. Une chose est sûre, le grand gagnant de la semaine à Barcelone arbore une crête aiguisée sur le crâne.

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«Nous avons terminé comme cela (avec Vidal, ndlr) le match contre l’Inter et je voulais lui donner de la continuité, argumente Ernesto Valverde en conférence de presse d’après-match. Nous savions qu’ils (Séville) allaient être plus frais et j’ai eu cette idée. Arturo était le seul milieu de terrain à n’avoir jamais été titulaire et cette fois il l’a été.» Ajoutez à cela les excellentes performances de Frenkie de Jong, et obtenez une petite graine plantée dans la tête du coach blaugrana. Peut-être le n°5 l’étouffera-t-il rapidement. Peut-être poussera une plante arrosée au doute. Et devinez qui ne se gênera pas pour en récolter les fruits… Indice : il est tatoué et court partout. Pour Busquets comme pour Vidal, il peut y avoir un avant et un après cette dernière semaine pré-trêve internationale.

«Si je pouvais jouer un match de football, j’aimerais jouer avec Busquets.»

Il serait facile d’invoquer les départs de ses deux compères Xavi et Iniesta pour tout expliquer, mais il serait presque insultant d’insinuer que, sans eux, «Busi» n’est plus «Busi». Alors la faute à qui ? La faute à quoi ? Déjà, depuis qu’Ernesto Valverde en a pris les commandes, le jeu du Barça n’a plus grand-chose à voir avec celui qui a construit sa légende. Désormais, une sentinelle avec le profil de Sergio Busquets est beaucoup plus exposée. Quand le rythme augmente, ce cher Serge ne tient plus le choc, comme lors de certaines récentes affiches de Ligue des champions (Dortmund, Inter Milan, Liverpool…).

Ensuite, et parce que tout est lié, il y a le temps qui passe. Bien que l’international espagnol garde une intelligence tactique largement supérieure au commun des mortels, il doit devenir de plus en plus performant dans l’anticipation et le positionnement à mesure que son endurance et sa vitesse – qui n’a jamais été son point fort – s’affaiblissent. Pour gérer cette perte logique de capacités physiques, «El Txingurri» le ménage. Il ne l’a aligné que sept fois depuis le début de la saison. La dernière fois que le milieu de terrain culé a été aussi peu titularisé sur les dix premiers matches*, c’était en 2009 (4). «Si je pouvais jouer un match de football, j’aimerais jouer avec Busquets, assure Paco Carrasco, 300 matches au compteur avec le Barça (1978-1989). Mais bien sûr, si nous devons jouer dix matches, Busquets doit se reposer pendant quelques uns.»

Et puis, il y a cette concurrence, qui semble saine, là n’est pas la question, mais qui n’oblige plus Valverde à jouer avec « Busi » quand celui-ci n’est pas au top. Carrasco, toujours : «C’est une bonne chose pour le Barça que de Jong ou Rakitic puissent évoluer à ce poste, parce que si tu as un joueur qui dépasse les 30 ans, normalement, c’est difficile de jouer 60 matches.» Busquets confirme en conférence de presse avant un déplacement à Getafe : «Il y a beaucoup de concurrence au milieu de terrain et il y a même des joueurs qui ne sont pas convoqués. Elle est bénéfique parce qu’elle nous oblige à augmenter notre niveau. Je vais travailler au maximum pour gagner ma place.»

Pour l’instant, sa place, il l’a. Il en faudra un peu plus pour la remettre complètement en cause. Mais ensuite ? «Si le Barça devait jouer une finale demain, Busquets jouerait», affirme Carrasco, qui reste néanmoins persuadé que «Frenkie de Jong prendra la place de Busquets quand celui-ci arrêtera sa carrière parce qu’il occupe beaucoup de place physiquement, techniquement et surtout tactiquement. Chaque match, il apprend un peu plus le positionnement sur le terrain.»

Passage de flambeau imminent

C’est justement à demain que la direction du Barça semble réfléchir. Avant que le jeune prodige néerlandais débarque en Catalogne, Fabian Ruiz, ancien milieu du Bétis Séville et actuel de Naples, était dans le viseur azulgrana pour prendre la relève de Busquets. Selon certaines sources, il reste l’un des objectifs pour la saison 2020-2021. Le Catalan, dont le contrat court jusqu’en 2023, aura alors 32 ans. L’avenir, lui aussi y réfléchit, puisqu’il a avoué ne pas être sûr de participer au Mondial 2022. Il doit peut-être se dire qu’après tout, en 2015, Luis Enrique a bien réussi le triplé en laissant Xavi sur le banc. C’est même son remplaçant de l’époque, Ivan Rakitic, qui a – faut-il le rappeler ? – ouvert le score en finale de Ligue des champions face à la Juventus.

Aujourd’hui, les cartes se rebattent petit à petit. Cette saison sera-t-elle celle d’un rôle nouveau pour «Busi», avec d’autres responsabilités, avant de quitter le navire, comme Xavi et Iniesta l’ont fait avant lui ? Ce serait un comble, pour lui, qui a toujours eu le jeu grand ouvert devant les yeux, de devoir se mettre en retrait.

*La statistique ne compte pas les matches de Supercoupe d’Espagne ou Supercoupe d’Europe.

Sources : propos de Paco Carrasco recueillis par V.M.

Crédit photo : Estadao Conteudo / Icon Sport