Kamara, le diamant bleu et blanc.

Au coup d’envoi du premier Olympico de la saison, Boubacar Kamara va disputer son 47ème match de Ligue 1 sous les couleurs phocéennes. Celui qui fêtera son 20ème anniversaire à la fin du mois s’est vu propulsé au rang de titulaire très rapidement. Si lui aspire à faire carrière en tant que défenseur central, c’est bien dans un rôle de sentinelle que Kamara devrait débuter face à l’Olympique Lyonnais. Un poste nouveau pour le Marseillais mais qui semble lui convenir à merveille. Alors que les critiques commencent à fuser sur son niveau, le repositionnement de l’international espoir au milieu est peut-être la clé pour l’OM et pour lui.

Un enfant chez les grands

A l’instar de Maxime Lopez, Boubacar Kamara représente le renouveau de la formation marseillaise. Porte étendard du pôle formation de l’OM Champions Project, Kamara a rapidement été mis sur le devant de la scène. Titulaire à seulement 17 ans en Coupe de la Ligue face à Sochaux, l’enfant  de la Soude a vite confirmé tous les dires le concernant. Fin techniquement, rapide, facile, son anticipation impressionne les spécialistes. Que ce soit en tant qu’arrière gauche, droit ou milieu défensif, Kamara rend copie propre sur copie propre. A tel point qu’il arrive même à bousculer la hiérarchie. Abdennour et Sertic disparaissent des radars, le minot rêve d’une place de titulaire. Celui qui avouait en off « vouloir le poste de Rami » se voit déjà comme le leader de la défense marseillaise. Une ambition sans limite pour celui sur qui les supporters misent énormément.

C’est finalement via un concours de circonstances que Kamara va être propulsé en tant que titulaire. Une rupture du tendon d’Achille de Rolando, un Burn-out de Rami, un Luiz Gustavo dégoûté par le poste permettront au minot de s’imposer en défense central. C’est à l’hiver 2018 que Kamara va enfin enchaîner au poste d’axe droit. Alors qu’il espérait commencer avec Rolando, qu’il considère comme un modèle, c’est avec Caleta-Car qu’il va jouer sous le maillot phocéen. Proche du Croate, l’association des deux va permettre à l’OM de sortir de la crise. Alors qu’un scepticisme ambiant rode autour de la charnière classe biberon, Kamara et Caleta-Car enchaînent les cleans sheet et les performances de haut standing, mais les supporters sont très tatillons les concernant.

Chaque contre performance du minot entraîne une pluie de critiques. Les éloges disparaissent, et laissent place à des critiques très prononcées, « Kamara a pris la grosse tête », « Il veut déjà aller au Real », « Il pense trop à sa gadji ». Car oui, sa relation conjugale avec Coralie Porravecchio énerve les supporters. Après Florian Thauvin, Adil Rami et Maxime Lopez, Kamara s’est aussi mis en couple avec une femme très connue dans le paysage audiovisuel. Une relation qui fait jaser et qui est un bon argument pour justifier les contre performances  du jeune marseillais. Bien que mis en lumière très rapidement, Kamara est toujours resté droit dans ses bottes. Discret en dehors des terrains, le néo international espoir peut compter sur sa famille qui l’a toujours très bien encadré. Ses parents, amoureux du club, ont tout fait pour qu’il réalise son rêve d’enfant. Hors de question qu’il quitte Marseille et l’OM avant de s’être imposé dans sa ville, le seul club ou il a joué. Un pari gagnant, puisque le jeune marseillais fait maintenant partie des meubles et vient de prolonger son contrat jusqu’en 2022. Une prolongation bienvenue puisque Kamara était en fin de contrat à la fin de saison. Mais une question va rapidement se poser : pourquoi une prolongation de seulement 2 ans alors que néo international espoir va à peine avoir 20 ans?

Un bijou à préserver

Alors que la tendance a toujours été à la prolongation, le cas de Boubacar Kamara a traîné. En fin de contrat à l’été 2020, le Marseillais va enfin prolonger en fin de mercato estival. Une prolongation qui ravit les supporters phocéens mais qui ouvre un autre débat. Celle de l’avenir à moyen terme du joueur. Le talent de Kamara devrait rapidement faire parler en Europe. Celui qui parle le mieux de la situation du néo international espoir, c’est le directeur sportif de l’OM. Andoni Zubizaretta a résumé le cas du défenseur marseillais. Pour estimer le prix de sa pépite, l’ancien homme fort du FC Barcelone a comparé sa situation à celle d’Upamecano. Le défenseur français de Leipzig et coéquipier de Kamara en Equipe de France espoir attire la convoitise. Son club demanderait 80 millions. Au vue de l’expérience et du talent du Marseillais, Zubi estime que Kamara vaudrait 10 millions de plus que le crack du RBL. Une équation « logique » qui a fait jaser.

Bien que talentueux, il parait inimaginable de voir Kamara partir pour ce prix. Et cette sortie de Zubi va renforcer l’idée que le joueur va prendre la grosse tête chez le supporter lambda. Son match face au PSG a rajouté de l’eau au moulin des ignorants. Pris à défaut par Icardi sur l »ouverture du score, Kamara a été sous le feu des critiques. Comme la saison dernière face à Mbappe, le minot a pris l’eau. Et a reçu une pluie de critiques. Sauf qu’un élément est occulté par l’opinion générale : Kamara n’a que 19 ans et il faut le juger comme un joueur de 19 ans. Evidemment que sa précocité l’a projeté dans le monde professionnel très rapidement, mais il reste un jeune avec une expérience maigre. Ses mauvaises expériences face à Werner, Mbappé ou Icardi font partie de son processus de progression. Comme Presnel Kimpembe, Mathijs de Ligt ou d’autres avant lui, c’est dans l’échec que se construit une carrière. L’absence d’un leader a plus ou moins ralenti sa progression. Bien que son association avec Caleta-Car fonctionne, la présence d’Alvaro à ses cotés le rassure et le décharge d’un poids considérable, celui de gérer la défense. Mais son repositionement au milieu de terrain va lui permettre de continuer à grandr sereinement.

Alors que Kamara ne s’imagine pas autre part qu’en défense centrale, son passage en sentinelle va mettre un peu plus son talent en valeur. Ses qualités vont permettre au collectif marseillais d’être plus fluide avec le ballon et beaucoup plus haut dans la récupération du ballon. Comparé à Strootman, Kamara possède un jeu avec et sans ballon beaucoup plus intéressant pour le 4-3-3 d’Andre Villas Boas. Le minot représente la sentinelle qu’il manquait au collectif, technique, gros volume de jeu et un placement infaillible. Sa complémentarité avec le reste des milieux à frapper lors de la réception du LOSC. La solution Kamara en 6 est viable à court terme. AVB a expliqué que conférence de presse que le joueur voulait jouer en défense centrale et il respecte cette décision. Comme avec Rudi Garcia, Kamara a expliqué à son entraineur qu’il se voyait seulement en tant que central mais qu’il dépannerait toujours selon les besoins du collectif. Mais une escale au milieu de terrain semble être la meilleure chose pour son développement

Le meilleur parallèle a été fait encore une fois par son entraineur. André Villas-Boas a comparé la situation de Kamara à celle d’un ancien joueur qu’il a eu sous ses ordres. Le cas de David Luiz à Chelsea lui rappelle celui de Kamara. Le Brésilien n’avait d’yeux que pour l »axe de la défense mais ses qualités naturelles sont celles d’un milieu de terrain. Ses lacunes défensives, notamment sa gestion la profondeur ne sont pas visibles dans cette position.

Comme d’autres défenseurs français extrêmement talentueux avant lui, un passage au milieu pourrait lui faire le plus grand bien. A l’instar de Marcel Desailly qui a connu une période faste plus haut sur le terrain, Boubacar Kamara gagnerait énormément à s’installer durant une période à ce poste. Ainsi, le minot gagnerait la paix auprès des supporters et pourrait performer sans trop de difficultés. Et voir sa cote peut-être se rapprocher enfin des 90 millions de Zubizarreta, mais ceci est une autre histoire.

Crédits photos : IconSport

« Ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois.»