Fair-play financier, quelle efficacité ?

Voilà maintenant une décennie que le Fair Play Financier a été mis en place par l’UEFA, impulsé à l’époque par son ancien président Michel Platini. Les clubs européens sont donc soumis à des règles qui ont évolué au fur et à mesure des années (trois réformes successives en 2012, 2015 et 2018), s’adaptant notamment à la conjoncture économique et à l’inflation inédite qui a touché le marché des transferts à l’échelle mondiale. A maintenant quelques jours de l’ouverture du mercato d’hiver 2020 et alors que le FPF fêtera les 10 ans de son lancement en mai prochain, retour sur un système qui a changé la structure du marché du football.

Le Fair Play Financier, comment ça marche ?

Plus de rationalité, de discipline et de transparence dans les investissements des clubs, voilà l’objectif avancé par l’UEFA au moment de justifier la mise en place d’une telle réforme. Concrètement, tout cela se traduit par un contrôle toujours plus important de l’UEFA sur les investissements des clubs. Le déficit de ces derniers ne doit pas, par exemple, dépasser les 30M d’euros sur 3 ans tandis que les clubs auront dorénavant des justifications à donner à l’ICFC si leur balance sur le marché des transferts venait à être déficitaire de plus de 100M d’euros sur une saison. Pour faire respecter ces règles, l’UEFA ne dispose que d’un type d’instruments : la sanction. Elle peut aller de la simple mise en garde à l’exclusion des compétitions européennes, bien que la sanction favorite de l’instance européenne demeure l’amende. A titre d’exemple City et le PSG se sont vus infliger des amendes de plusieurs dizaines de millions d’euros depuis son instauration tandis que les clubs exclus des compétitions européennes pour non-respect du FPF se sont faits assez rares depuis 2010 (Malaga, Etoile Rouge, Partizan, Galatasaray notamment).

Le FPF a un véritable impact positif sur la santé économique des clubs alors que le marché du football ne cesse de s’emballer depuis le début des années 2000. L’exemple de l’Olympique de Marseille illustre plutôt bien la situation alors que le club phocéen a conclu un accord avec l’UEFA visant à réduire sa masse salariale et limiter ses dépenses sur le marché des transferts. Un accord qui va de pair avec la volonté de Frank McCourt d’instaurer une cure d’austérité au sein du club olympien après le semi-échec des 3 premières saisons d’expansion du Champions Project.

Le FPF, un allié des clubs européens ?

Le FPF est donc loin d’être un ennemi des principaux clubs européens. Dans un club bien géré, il est même bien plus un allié qu’une quelconque menace. Il y aurait ainsi eu fort à parier que les investissements de l’OM auraient été légers cette saison, avec ou sans FPF, ce dernier servant surtout d’excuse pour la direction au moment de justifier ses investissements faibles auprès des supporters. Autre point capital, le FPF est aussi un allié des grosses écuries européennes, ces dernières n’étant que proportionnellement faiblement sanctionnées par l’UEFA. En effet, alors que le PSG et Manchester City ont violé le règlement à de nombreuses reprises depuis plusieurs années, ils n’ont été condamnés qu’à des amendes par l’instance européenne, ces dernières n’étant qu’anecdotiques au vu des moyens financiers de ces clubs, tandis que la décision de sanctionner un déficit trop élevé en l’augmentant peut en outre s’avérer contradictoire et illogique. Néanmoins ces décisions n’ont rien de surprenant. L’UEFA a en effet tout intérêt à ce que ses meilleurs clubs participent à ses compétitions, l’absence régulière de clubs majeurs pouvant faire baisser à long terme l’attractivité et le prix des droits TV de la LDC.

Le FPF permet donc surtout de faire valoir les intérêts de toutes les parties, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les critiques à son sujet se font de plus en plus rares et n’émanent plus réellement des clubs. En effet, si l’UEFA a maintenant son mot à dire sur la manière dont sont gérés les finances des clubs, ces derniers sont dorénavant protégés par le système. Ainsi, le FPF pose des barrières à l’entrée sur le marché du football. Des investissements comparables à ceux faits par City et Paris juste après l’acquisition des deux clubs ne pourraient ainsi plus se faire en aussi peu de temps aujourd’hui compte tenu des restrictions mises en place par l’UEFA. L’investissement des clubs sur le marché des transferts doit ainsi dorénavant majoritairement reposer sur leurs revenus et non pas sur les fonds propres des actionnaires. Globalement, on assiste donc un deal gagnant-gagnant favorisant les puissances économiques déjà établies tandis que les autres clubs sont forcés de s’aligner sur un modèle de développement plus progressif, rationnel et juste.

Une évolution du système est-elle possible ?

Le fonctionnement du système actuel semble donc satisfaire tout le monde. Objectivement, les limites fixées par le FPF semblent justes et cohérentes tandis les clubs disposent toujours d’une certaine liberté sur le marché. Mais le FPF tel qu’il fonctionne actuellement pourrait bien évoluer dans les années qui viennent. Ainsi, si le retour à un système totalement libéral dans lequel les clubs n’avaient aucune réelle contrainte ne semble vraiment pas d’actualité, la mise en place d’une LDC plus fermée pourrait pousser l’UEFA à faire évoluer le système économique. Il n’est ainsi pas impossible d’imaginer sur le long terme la mise en place d’un système incitatif visant à équilibrer les budgets des clubs européens, sanctionnant les clubs les plus déficitaires et récompensant les clubs excédentaires, ce qui pourrait permettre de resserrer la concurrence économique et sportive entre les clubs. Si tout cela relève du fantasme pour l’instant, d’autant plus que les normes de l’Union Européenne sur la libre-concurrence pourraient s’avérer être un véritable obstacle à l’évolution du système, les décisions institutionnels qui seront prises par l’UEFA pourraient ouvrir la porte à une réflexion plus profonde autour de cette problématique.

En attendant, le système tel qu’il existe actuellement s’est montré plutôt performant et le bilan que l’on peut en faire est donc globalement positif, une décennie après son instauration. Ce dernier a permis de construire des clubs plus responsables et pragmatiques dans leur gestion, qui semble aujourd’hui satisfaire la grande majorité des clubs européens. Une ligne de plus à ajouter au palmarès de Platoche.

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