Le 14 février dernier, l’UEFA annonçait l’exclusion du club mancunien des deux prochaines campagnes européennes, pour avoir enfreint les règles du fair-play financier. Une péripétie de plus dans la saison agitée des Citizens, qui transforme ce déplacement à Santiago-Bernabéu en l’une de ces grandes soirées propices aux narrations et storytellings en tous genres. Un statut logique, tant la récente histoire européenne des Skyblues tient du paradoxe.

Spécialistes de l’échec, vraiment ?

Non, Manchester City n’a jamais remporté la Ligue des Champions. Son palmarès européen se résume à une victoire en Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe, en 1970. Certains se moqueront de la relative faiblesse de ce palmarès européen, surtout au vu des sommes investies, comme si la corrélation entre argent et palmarès devait faire foi. Les supporters, ces privilégiés, se disent eux que malgré l’échec, ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Essayer, c’est par exemple s’incliner devant le Tottenham le moins attrayant de l’ère Pochettino. Le tout alors que Kevin de Bruyne donne la pleine mesure de son talent et que les autres joueurs présents sur la pelouse font presque pâle figure face à son football total et son teint rose pâle. Essayer, c’est aussi jouer au jeu du plus offensif avec l’AS Monaco, offrir un modèle de tatouage à Leroy Sané mais sortir par la petite porte dans un match retour à leur portée. Enfin, essayer c’est surtout réussir à faire passer une défaite 3-0 à Anfield en un écart minuscule le temps d’un but de Gabriel Jesus et d’un Etihad Stadium enfin chauffé à blanc, pour rien.

Des spécialistes de l’échec, les joueurs de City ? Peut-être. Des spécialistes de l’essai ? Sans aucun doute. Car le panache et la volonté de triompher par le jeu offensif diffuseront toujours ce charme que d’autres aventures rappellent par leur simple résultat. Si c’était si facile, la demi-finale de 2016 contre le Real Madrid serait le point culminant de la nouvelle ère du club. Ce dont on est sûr, c’est qu’il s’agissait d’une apothéose de l’ennui, avec cent-quatre-vingts minutes stériles, zéros tirs cadrés et la décision réglée sur un CSC de Fernando. Si c’est donc ce à quoi ressemble le dernier carré pour les Skyblues, ils peuvent même remercier Fernando Llorente.

Vous l’aurez compris, ce huitième de finale aller ne déroge pas à la règle, et la pression est une nouvelle fois énorme sur le dos des mancuniens. Comme le précise Kevin de Bruyne, alias KDB : « Si nous ne gagnons pas, ils diront que nous sommes des losers… comme lors des cinq dernières années » a-t-il déclaré auprès de The Telegraph. Si le Belge ne surprend personne, cette exigence du grand public qu’il évoque demeure évidemment en raison de l’identité du manager assis sur le banc…

Quêtes et requêtes perpétuelles

Depuis son dernier sacre en 2011 après le chef d’œuvre de Wembley, l’obsession autour de la relation entre Guardiola et la Ligue des Champions n’a fait qu’amplifier au fil des années. Le jeu déployé, la progression de l’effectif et la prouesse immense de remporter deux titres consécutifs avec cent et quatre-vingt-dix-huit points ne suffisent pas à parachever son œuvre avec City. Comme avec le Bayern, seule une victoire européenne parviendrait à réconcilier le coach espagnol avec les plus tatillons des suiveurs. Et comme ce sont toujours aux managers les plus ambitieux à qui l’on demande des comptes, il a lui-même très bien accepté cette exigence et n’hésite pas à en jouer parfois.

En effet, Guardiola n’hésite jamais à protéger ses joueurs par l’intermédiaire de sa communication, faisant office de pare-feu pour les critiques visant les échecs répétés de ses équipes dans la compétition. Un comportement courageux, car même s’il a sa part de responsabilité, on y reviendra, ses cadres l’ont aussi parfois lâché. On a forcément en mémoire les pénaltys manqués par Thomas Muller ou Sergio Agüero à des moments où l’erreur est plus difficilement compensable. Néanmoins, l’approche globale de Pep a parfois montré ses limites dans la configuration particulière de cette compétition, loin d’un championnat de trente-huit ou trente-quatre rencontres.

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L’essentiel du problème réside dans le fait que City n’a jamais réussi à pleinement montrer son vrai visage lors des deux rencontres d’une confrontation, se réfugiant parfois dans une forme de contrôle plus à même de rendre les joueurs nerveux qu’à les libérer. Cela se ressent notamment dans la circulation du ballon stérile entre les centraux mancuniens et le milieu de terrain, avec une prise de risque moindre et une confiance berne en son jeu. Ainsi, au lieu d’éviter la perte de balle, celle-ci expose largement le bloc aux contres attaques compte tenu du fait que l’ensemble de l’équipe est moins concerné par les circuits de passes. Guardiola, autant Guardiola qu’il est, reste un coach comme un autre, parfois vulnérable et également soumis aux aléas de cette compétition, tels que le facteur chance, l’arbitrage et le but à l’extérieur. Tâche donc à lui de contrôler les paramètres qu’il est en position de maitriser.

Car dans cette quête commune, l’association des forces qu’il représente avec City, soit le coach prisé et le club richissime, suscite des retombées qui en cas d’élimination prennent des proportions immenses. Pour autant, réussir ce défi dans le contexte actuel entre son équipe et cette compétition lui donne sans aucun doute l’inspiration nécessaire avant d’aller défier le Real Madrid.

Place au terrain : le retour des losers ?

Si le contrôle a parfois pu contrecarrer les espoirs bleu ciel dans leurs précédentes manches aller, ils se retrouvent cette fois face à un modèle du genre. En effet, il est probable que Zidane aligne son 4-5-1 mêlant quadrillage volumineux et courses incessantes vers la surface. Le fait d’évoluer à côté d’un adversaire sans vivre avec la pression négative d’un contre fatal est un signe positif, même si les Citizens devront gérer des temps forts avec beaucoup de présence adverse dans leur surface. Une contrainte qui coïncide parfaitement avec le retour en forme d’Aymeric Laporte, dont l’impact au sein de cette équipe a parfaitement pu être mesuré durant son absence.

Parmi les forces en présence, le retour de Rodri en Espagne sonne comme un élément clé de la confrontation. Avec le repositionnement de Fernandinho en défense centrale, l’espagnol s’impose comme le gestionnaire du tempo mancunien. Et si son récent record de 178 passes réussies contre West Ham confirme sa capacité à faire jouer ses partenaires, l’opposition madrilène lui proposera un problème bien différent. Coincé dans cette foule de milieux, on a hâte de voir s’il peut stimuler les transitions offensives de son équipe, en essayant d’activer De Bruyne dans les meilleures conditions.

Enfin, le contraste entre les performances de Riyad Mahrez et Raheem Sterling depuis trois mois voue l’international algérien à incarner un danger constant. C’est donc dans la largeur d’un côté droit où De Bruyne viendra s’intercaler et où Walker fera profiter de ses appels tranchants, que Manchester City pourrait trouver la solution pour ramener un résultat positif.

À l’heure des premières foulées à Santiago-Bernabéu, les joueurs de Manchester City et leur entraîneur débuteront une course vers un potentiel triplé Ligue des Champions – FA Cup – League Cup. L’occasion de rentrer un peu plus dans l’histoire, et ce même si c’est grâce à leur suprématie en Premier League qu’ils ont trouvés une place parmi les sommets. Mais après tout, remporter la plus prestigieuse des compétitions européennes, dont l’hymne sera copieusement hué à chaque apparition, ne serait qu’un énième paradoxe. Le plus glorieux de tous.

Crédits photos : IconSport

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