Cheick Doucouré : symbole du renouveau lensois

Dans le calme et l’ambiance feutrée de la Ligue 2, de nombreux joueurs font discrètement leurs gammes en attendant de rayonner à l’étage supérieur. Cheick Doucouré est l’un d’eux. Après deux saisons passées dans l’antichambre avec le Racing Club de Lens, il s’apprête aujourd’hui à jouer sa première saison dans l’élite. L’heure de l’éclosion est arrivée.

Kadewere, Grbic, Wissa : nombreux sont les artistes de Ligue 2 que l’on a hâte de retrouver en Ligue 1 la saison prochaine. Les exemples de réussite ne sont pas toujours ceux que l’on attend, mais le deuxième échelon du foot français reste un excellent révélateur de talents. Parmi les noms qui reviennent avec le plus d’insistance, celui de Cheick Doucouré se fait rare. Pourtant, les habitués du multi-ligue 2 savent que l’arrivée du jeune malien dans l’élite risque d’être remarquée. Milieu infatigable, joueur polyvalent, coéquipier exemplaire : tel pourrait être le portrait de ce jeune joueur de 20 ans pour qui l’avenir pourrait réserver de belles surprises. Présentation du futur joueur préféré de ton joueur préféré.

La discrète ascension

L’Académie Jean-Marc Guillou est une des académies les plus réputées du continent africain. Présente dans plusieurs pays, au delà même des frontières africaines, elle s’est progressivement imposée comme une référence dans la formation des talents du football de demain. De nombreux grands joueurs évoluant dans les plus grands championnats ont été formés par les éducateurs de l’académie JMG : Yaya Touré, Jason Denayer, Gervinho, Aruna Dindane, Emmanuel Eboué ou, plus récemment, Ramy Bensebaini par exemple. Cheick Doucouré fera peut-être un jour parti de cette belle liste. Après avoir suivi sa formation dans l’académie malienne, puis au Real de Bamako, un club partenaire, le jeune milieu de terrain débarque au Racing Club de Lens en janvier 2018, à seulement 18 ans. Après 6 mois d’adaptation en U19, ses qualités et sa maturité interpellent le staff lensois et il ne tarde pas à faire ses premières apparitions avec le groupe pro. 

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La saison 2018-2019 sera celle de la révélation pour le public de Bollaert. Arrivé sur la pointe des pieds, dans l’anonymat d’une saison difficile pour le club artésien, le jeune malien ne manque pas l’occasion de montrer ses qualités de récupérateur. Considéré comme une vraie alternative au milieu de terrain par Philippe Montanier, coach de l’époque, il partage le temps de jeu avec Jean-Ricner Bellegarde, Guillaume Gillet, El Hadji Ba et Souleymane Diarra. Entre 4-2-3-1 et 4-3-3, Doucouré s’impose rapidement comme une solution solide devant la défense. En une saison, le malien participe à 34 matchs toutes compétitions confondues, dont les 2 play-offs et l’aller-retour du barrage d’accession perdu face à Dijon en toute fin de saison (2500 minutes de jeu au total).

« C’est quoi ce joueur là ? »

Heureux de pouvoir enfin compter sur des jeunes joueurs de qualité dans leur effectif, les supporters lensois s’attendent à ce que le jeune récupérateur s’impose définitivement au milieu de terrain la saison suivante. Pourtant, les dirigeants lensois font un choix qui va légèrement ralentir son éclosion. Après un mercato agité, l’arrivée de l’expérimenté Yannick Cahuzac vient apporter une sérieuse concurrence au cœur du jeu. L’inamovible duo Gillet – Cahuzac s’impose rapidement dans l’esprit de Philippe Montanier et Doucouré est plus rarement aligné d’entrée de jeu. Pourtant, les nombreuses blessures dans l’arrière garde lensoise (Jonathan Gradit et Steven Fortes notamment) vont lui ouvrir un nouvel horizon. Dans son nouveau système en 3-4-3, Montanier souhaite pouvoir compter sur un axial droit capable de percuter balle au pied pour faire sauter la première ligne de pressing adverse. Les qualités de relance et de percussion de Doucouré l’amènent logiquement à tenter le coup en l’alignant à ce poste inédit. 

Cheick Doucouré accepte alors volontiers de se plier aux exigences de son coach, pour le bien de l’équipe. Le reste est une affaire de jeu. Le jeune milieu de terrain fait plus qu’assurer l’intérim : il s’impose comme une solution viable dans l’axe de la défense et enchaîne les prestations satisfaisantes. L’adaptation éclair du prodige régale les supporters lensois et cette nouvelle polyvalence accentue encore un peu plus le grand potentiel qu’il lui reste à révéler. En décembre 2019, Montanier ne cache d’ailleurs pas son admiration en conférence de presse : “Cheick est un joueur arrivé très tôt de l’académie Jean-Marc Guillou et dès la préparation de l’année dernière on s’est demandé : « C’est quoi ce joueur-là ? » Il a une intelligence de jeu innée qui fait qu’il s’adapte facilement”. Infatigable gratteur de ballon, capable de faire la transition entre le milieu et l’attaque grâce à ses qualités techniques et sa capacité à se projeter vite vers l’avant, Doucouré se révèle aussi prêt à dépanner dans l’axe de la défense si l’équipe a besoin de lui. 

Le nouveau visage du Racing ? 

Après cette deuxième saison professionnelle, l’éclosion de Cheick Doucouré pourrait s’accélérer et le joyau lensois pourra désormais se révéler aux yeux du grand public. Avec le retour du Racing Club de Lens en Ligue 1, les projecteurs seront plus puissants et les regards bien plus nombreux. L’occasion pour lui de prouver sa valeur à l’échelle nationale et d’aider son club à se maintenir dans l’élite. Car oui, selon toute vraisemblance et malgré de nombreuses sollicitations, Cheick Doucouré devrait bien faire le bonheur des supporters lensois la saison prochaine. Conscient de la valeur de son joueur, le board lensois s’est empressé, dès l’hiver 2019, de prolonger son contrat jusqu’en 2024. Une solidité contractuelle qui permet au club artésien d’aborder le long mercato qui s’annonce avec quelques certitudes quant à sa présence sur le terrain en Ligue 1 l’an prochain.

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Cette confiance est accentuée par le discours tenu par Arnaud Pouille, directeur général du club, depuis plusieurs mois maintenant : le Racing Club de Lens souhaite désormais s’offrir le luxe de conserver ses meilleurs jeunes le plus longtemps possible. Simon Banza, révélation de la saison sur le front de l’attaque, fait également partie de ces joueurs sur lesquels le club lensois souhaite capitaliser en Ligue 1, après avoir été trop souvent contraint de brader ses éléments les plus prometteurs pour renflouer les caisses. Les derniers exemples que sont Mounir Chouiar (transféré à Dijon à l’été 2019) et Jean-Ricner Bellegarde (transféré à Strasbourg à l’été 2019) auront permis au club de se stabiliser financièrement et de construire un effectif expérimenté pour accrocher la montée. Maintenant que le premier objectif est atteint et que la situation financière semble se stabiliser, la stratégie ambitieuse du Racing suit son cours et la prolongation de ses meilleurs éléments en est la meilleure preuve. 

Face au défi du maintien en Ligue 1, le RC Lens pourra compter sur son jeune architecte malien pour affronter les difficultés propres au bas de tableau de la Ligue des Talents. Malgré le calme et la discrétion qui le caractérisent sur et en dehors du terrain, Cheick Doucouré pourrait bien devenir une des révélations de la saison 2020-2021. Lorsque votre oncle qui n’y connait pas grand-chose en football vous parlera de ses prestations XXL lors du prochain repas de Noël, suite à un reportage qu’il aura vu sur Téléfoot, vous pourrez alors dire que vous n’êtes pas étonné car vous le connaissez depuis plusieurs années : 

“- T’as vu le petit Doucouré ? Il est vraiment étonnant ce gamin ! 

– Mais enfin, tu débarques tonton. Le mec rayonne en L2 depuis déjà deux ans, t’y connais vraiment rien”.

Credit photo: Icon Sport

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