[Liga] Antoine Griezmann : l’heure de la décision

Le 12 juillet 2019, Antoine Griezmann cède enfin aux sirènes de la Catalogne, en s’engageant avec le FC Barcelone. 1 an après avoir fait volte-face avec « La Décision », le maitre à jouer de l’Atlético voulait passer un cap, et découvrir une nouvelle manière de jouer. Malheureusement pour lui, ses débuts chez les Blaugranas sont poussifs, et les interrogations à son sujet ne cessent d’enflammer la toile. Retour sur la première saison compliquée du Français au Barça.

« La Décision »

Printemps 2018, les protégés de Cholo sont engagés en Ligue Europa, après avoir été lamentablement sortis en phase de poules de la Ligue des champions. Ces derniers semblent quelque peu sur le déclin, et les rumeurs autour de l’avenir d’Antoine Griezmann prennent de plus en plus d’ampleur. La clé de voûte de l’Atletico résistera-t-elle aux assauts du Barça, ou poursuivra-t-elle l’aventure à Madrid ? La question cristallise les passions, et certains supporters prennent en grippe le Français. Finalement, la fin de saison est plus radieuse, puisque le numéro 7 inscrit un but fondamental à l’Emirates en demi-finale de Ligue Europa face à Arsenal, avant de briser les rêves de l’OM en finale avec un somptueux doublé (3-0).

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Dans la foulée, Griezmann s’envole en Russie afin de prendre part à la Coupe du monde. Pour autant, son avenir est toujours incertain. Il annonce son choix dans un programme télévisé. Une communication 2.0 pendant la préparation au Mondial qui essuie de nombreuses critiques. Finalement, Grizzi « fait le choix du cœur » en refusant l’offre du Barça. Une décision plus ou moins honnête puisque deux sessions de 52 minutes auraient été enregistrés au préalable lors du tournage. Quoi qu’il en soit, Antoine Griezmann dispute la Coupe du monde en toute sérénité. Très à l’aise avec Les Bleus, il est une pièce maîtresse de l’Équipe de France qui glane sa deuxième étoile après 1998.

La nouvelle décision

Le vent en poupe, auréolé d’un titre de champion du monde, il revient à Madrid et soulève la Supercoupe d’Europe au détriment du rival local, le Real Madrid. Auteur d’un recrutement très intéressant sur le papier (Lemar, Martins, Rodri) les protégés de Simeone semble pouvoir se frayer une réelle place dans la course au titre. Il n’en est rien. L’Atlético est largement distancé par le Barça et s’incline sans les honneurs au Juventus Stadium face à un certain Cristiano Ronaldo. Conscient de l’incapacité criante de son équipe à jouer les trouble-fête en Ligue des champions et en Liga, il prend la décision de quitter le navire afin de rejoindre le Barça en juillet 2019. Une décision qui fait couler beaucoup d’encre, aussi bien dans la capitale espagnole qu’en Catalogne.

Une arrivée tardive ?

Griezmann arrive à Barcelone contre la coquette somme de 120 millions d’euros, qui correspond au montant de sa clause libératoire. Des bruits murmurent que le natif de Mâcon se serait mis d’accord avec les dirigeants barcelonais dès mars. D’autres stipulent que le meilleur joueur du monde, Lionel Messi, serait réticent quant à la signature du Français, ayant en mémoire le revirement de situation connu lors de «La Décision». D’autant plus qu’un autre grand joueur figure sur les tablettes du club à cet instant bien précis : Neymar. Malgré cela, ce transfert fait grand bruit dans l’imaginaire mondial et l’association entre toutes ces stars et le métronome de l’Equipe de France en fait saliver plus d’un.

Une préparation avant-gardiste ?

Tout joyeux, Antoine retrouve ses fidèles acolytes Samuel Umtiti et Ousmane Dembélé. A ce moment-là, très peu de doutes résident quant à la capacité d’adaptation du Français dans le collectif Blaugrana. Les premiers matchs amicaux arrivent et le nouveau numéro 17 peine à se mettre en évidence. L’heure n’est nullement au doute, mais ses débuts sont mitigés. Chose on ne peut plus normale, pour un joueur passant du Cholismo au jeu «historiquement léché» du FC Barcelone. Des principes de jeu de plus en plus absents depuis l’intronisation d’Ernesto Valverde en 2017. Le temps suit son train, et le Barça se déplace sur la pelouse compliquée de San Mamés, dans le cadre de la première journée de Liga. Jouer à Bilbao n’est jamais chose aisée. Le Barça passe complètement à côté de son sujet, Griezmann livre une pâle copie, et les hommes de Valverde essuient leur première défaite. Une prestation mal venue qui place d’emblée, une pression conséquente sur les épaules du Français et de l’équipe.

Pour la seconde journée, réception du Betis Séville de Nabil Fekir. Luis Suarez et Lionel Messi manquent toujours à l’appel. Grizzou se sait attendu, et doit prouver sa valeur devant ses futurs compères d’attaque. Mais le Betis douche le Barça en début de match, avec un but plein de sang-froid de l’ancien lyonnais. Positionné en pointe Grizzi touche beaucoup de ballons, et décroche pour aider le jeu catalan. En jambes, et ambitieux de mettre un terme aux critiques naissantes, Grizzi va hausser son niveau de jeu. Dans un premier temps, grâce à un bon déplacement derrière Marc Bartra, il va inscrire un but plein de spontanéité sur un bon service de Sergi Roberto. Quelques minutes après le retour des joueurs sur le rectangle vert, il récidive en inscrivant un but de toute beauté. Un enroulé plein de maitrise, et une célébration festoyante qui étaient supposés lancer définitivement son histoire avec les Blaugranas.

Retard à l’allumage

Les retours successifs de Luis Suarez et Leo Messi obligent Grizzi à prendre la seule place disponible sur le front de l’attaque : celle d’attaquant gauche ou ailier gauche. Le trio est attendu au tournant, et pléthore d’observateurs sont impatients de voir cette association à l’ouvrage. Mais la greffe peine à prendre, Griezmann est en dedans aussi bien sur les ailes, qu’en 9. Peu entreprenant, rarement dans le bon tempo, il exprime les pires difficultés du monde à s’installer durablement dans l’équipe, en dépit d’un temps de jeu extrêmement conséquent avec plus de 2500 minutes jouées en Liga.
Peu à peu, des polémiques et autres rumeurs enflent, dont une qui va perdurer avec le temps. Mais pourquoi le Français n’y arrive-t-il pas ? Quelles sont les raisons de l’échec de Griezmann à se fonder dans une équipe en difficultés ? Les raisons sont diverses et variées.

Lionel Messi, le problème ?

Plusieurs médias français, visiblement pas abonnés à BeInSport, vont très rapidement insuffler une idée stipulant que Lionel Messi serait le responsable principal des mauvaises performances du champion du monde. Selon eux, l’Argentin n’apprécierait guère Griezmann. Une relation «Je t’aime moi non plus», qui pénaliserait leur complicité sur et en dehors du terrain. Griezmann impressionné par ce dernier, n’aurait pas le caractère nécessaire pour affronter ses peurs, et se plierait à satisfaire le roi.

Mais lorsqu’on regarde les matchs avec attention, on ne peut qu’observer un décalage évident entre les inepties contées avec véhémence par les médias français, et la réalité du terrain. Messi, comme tout autre joueur, cherche à prendre les meilleures décisions dans les 30 derniers mètres. Complètement perdu sur le terrain, et toujours aussi peu adapté au système de jeu des Catalans, Griezmann souvent loué à raison pour son intelligence dans ses déplacements, ne fait que rarement les bons appels et mouvements pour se mettre dans les meilleures conditions. Il devient alors extrêmement difficile pour Messi de le servir aux abords de la surface. Dès lors, certains peuvent interpréter cela comme une envie de ne pas jouer avec le Français, alors que ceci relève plus de la meilleure option à privilégier pour marquer.

Une thèse à balayer également, devant les services adressés par le maestro argentin en atteste ses passes lumineuses face à Dortmund ou encore récemment face à Villarreal.

Enfin, pour démonter totalement ces idées, les célébrations – certes potentiellement théâtrales – dénotent complètement avec les propos tenus par certains éditorialistes français, sur la relation entre les deux joueurs. En d’autres termes, le problème n’est sans doute pas lié au meilleur joueur du monde, mais bien à une multitude d’autres facteurs.

Des failles mentales, et techniques ?

Une des raisons principales relève du manque de personnalité dans le jeu de Griezmann. Ce qui peut être interprété comme une dictature du génie Argentin, relève plus de l’incapacité régulière de Griezmann à prendre le jeu à son compte. En proie aux doutes à la suite de nombreuses prestations en demi-teinte, le Français ose rarement, et apporte rarement une quelconque valeur ajoutée à l’équipe. Un jeu stéréotypé, sans la moindre présence d’un dribble, d’une passe dans la verticalité, et d’une prise de décision assumée. Comme l’impression que l’ancien de la Real Sociedad pense avant tout à ne pas faire d’erreurs plutôt qu’à jouer son jeu. Cela se reflète dans sa relation avec Messi, où le Français cherche systématiquement le numéro 10, sans réellement prendre ses responsabilités. Dans de telles dispositions, il devient naturellement complexe de tirer son épingle du jeu, et de retrouver de la confiance.

Des lacunes aussi techniques et physiques.

Griezmann est un excellent joueur mais il n’est pas un crack en tout point. En effet, il n’est pas un joueur capable de s’adapter à toutes les situations en présence de qualités techniques et physiques hors du commun. Une incapacité à dribbler, un déficit de vivacité, et des ressources mentales mises à rude épreuves, et on retrouve un joueur emprunté.

L’ADN Barça incompatible avec Griezmann ?

Le Barça est souvent vu comme le niveau ultime pour un footballeur professionnel. Celui où seuls les artistes les plus fins de ce sport, arrivent à se faire une place dans ce microcosme si particulier.

Griezmann a peut-être du mal à franchir ce palier. Mais depuis quelques temps, le Barça n’est plus l’équipe référence en matière de jeu. Au fil des années, la propension à perpétrer un jeu alléchant, où beauté rimait avec efficacité, se fait de plus en plus discret. Le Barça propose un jeu stéréotypé, pragmatique, dénué de virtuosité. Couplé à cela, l’effectif des Blaugranas n’est plus ce qu’il était. On assiste à un affaiblissement général des cadors espagnols, et le Barça ne fait pas office d’exception. Au poste de Griezmann, ces prédécesseurs ont tous échoué. Coutinho, Dembélé, n’ont pas su renouveler leurs bonnes performances passées. Une étape trop haute pour eux, sans doute. Mais ces échecs à répétition puisent peut-être une partie de leurs origines dans ce Barça faiblard et en manque d’idées dans le jeu. Que cela soit Griezmann ou un autre, le Barça doit redevenir le Barça pour mettre dans les meilleures conditions les joueurs offensifs de l’équipe.

Un rôle et une position différente ?

Depuis des années, Griezmann excellait dans un registre une position claire et précise : celle de 9 et demi, électron libre autour d’une pointe de préférence pivot, et une équipe basée sur les transitions rapides. Dans ces conditions Griezmann, chef d’orchestre, pouvait aussi bien être au départ, et à la conclusion des actions. Caution technique de ces équipes-là, il pouvait se muer comme un créateur, finisseur mais aussi un joueur dévoreur d’espaces. Une situation radicalement différente de ce que l’on peut retrouver au Barça.

Dans un premier temps, le changement de poste ne lui facilite pas la vie. Que cela soit sur l’aile gauche, ou en tant que numéro 9 Grizzi ne semble pas à l’aise. Sur le côté gauche, il n’a absolument pas le profil d’un provocateur, d’un dribbleur à toute épreuve, ce qui le pénalise lourdement pour faire des différences balle au pied. Encore en grandes difficultés pour s’imprégner du « style » Barcelonais, il peine à faire les bons déplacements entre l’axe et les latéraux. De surcroit, il s’ajoute une difficulté supplémentaire en dézonant continuellement, pour effectuer une multitude de replis défensifs. Son implication, et son envie d’aider l’équipe sont louables, mais ses efforts le mettent en difficultés pour ensuite occuper une position adéquate afin d’être trouvé dans les 30 derniers mètres. Souvent à la traîne, en présence de déplacements à retardement, ces restes du Cholismo demeurent encore trop persistants chez le Français.

En 9, disposant d’un jeu en pivot, aérien, et de remises en une touche fort intéressant, il ne réussit pas à vraiment à enregistrer toutes les conditions requises pour évoluer à ce poste. Sa position ou du moins son rôle préférentiel est pris par Leo Messi et le gap entre les deux joueurs est tellement abyssal pour envisager un potentiel échange de poste. Mais le match contre Villarreal a laissé entrevoir un dispositif où le Français pourrait enfin faire étalage de toutes ses qualités.

Villarreal, une réelle renaissance ?

Après avoir commencé plusieurs matchs sur le banc, Griezmann retrouve une place de titulaire dans un nouveau système. Il est positionné dans le cœur du jeu, dans une sorte de 4-3-1-2, où Messi et Griezmann permutent sans arrêt entre 10 et 9 ½. Cette liberté dans l’axe lui fait beaucoup de bien, il prend peu à peu confiance, et participe plus au jeu de son équipe. Sans être transcendant, il se montre tout de même à son avantage, avant d’inscrire un amour de but sur un service de Leo Messi, pour changer.

Le match est satisfaisant, et l’espoir de voir Griezmann revenir au premier plan refait surface. Pas de quoi s’emballer non plus, tant Villarreal s’est montré particulièrement friable sur les transitions défensives, et les espaces laissés au sein de leur arrière-garde. Ce schéma peut être intéressant, mais expose des limites considérables si Semedo et Alba occupent mal la largeur, et l’équipe adverse bloque bien l’axe.

Ainsi contre l’Espanyol, bien qu’impliqué sur le but, Griezmann et le Barça livrent une prestation terne, sans panache, et une nouvelle fois décevante malgré l’éclaircie entrevue à Villarreal. Face à Valladolid, dans un 3-5-2, où le Français occupe plus un rôle de 9, ce dernier manque une occasion immanquable, et est l’auteur d’une énième prestation décevante.

Le match de Villarreal peut illustrer ce que peut proposer Griezmann au Barça. Néanmoins, il dépend d’une organisation de jeu parfaite, d’une prise de risque accrue dans son jeu, et d’espaces nécessaire à la bonne utilisation de ses qualités.

L’heure de prendre une décision ?

Un an après son arrivée au FC Barcelone et ses 15 buts inscrits en 46 matchs, Antoine Griezmann n’a toujours pas montré toute l’étendue de son talent. Une année qui prend la forme d’une longue traversée du désert, semée d’embuches, où le Français peine à convaincre sur la durée. À 29 ans, Griezmann arrive à un moment charnière de sa carrière. Un moment crucial, où il doit prendre la bonne décision. Rester pour s’imposer ou partir pour retrouver cet Antoine Griezmann que l’on connait tant.

Crédit photo : Marca / Icon Sport.

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Sinon, c'est si cool que ça d’être champions ?