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Après leur victoire face au Real Madrid, dimanche dernier, dans un Sanchez Pizjuan en fusion, tous les rêves semblent permis pour les Andalous. Pointant désormais à une longueur des Madrilènes (avec un match en retard à jouer pour le leader), le FC Séville de Monsieur Georges fait figure de véritable sensation dans cette Liga 2016-2017. Cette victoire et le scénario incroyable qui la caractérise, est la meilleure illustration possible de la saison que sont en train de mener les soldats du coach argentin. La meilleure illustration de ce que Séville sait faire de bien… Mais aussi de beaucoup moins bien…

Car ne nous y trompons pas, si Séville a réussi à trouver la force et les ressources inespérées pour renverser la vapeur face à un Real que l’on pensait invincible, il a aussi bafouillé son football -que Sampaoli veut si chatoyant- pendant près de 80 minutes de jeu. Alors oui, on y a retrouvé les préceptes Bielsistes -la volonté de presser haut, la recherche de la verticalité, l’envie d’etouffer l’adversaire-, mais aussi une certaine stérilité qui caractérise malheureusement si souvent le jeu sevillan cette saison. Evidemment, avec le scénario du match, l’ambiance du stade, la testostérone débordante des Sévillans et la passion communicative de Monsieur Georges, il est difficile de garder la tête froide et se montrer objectif sur la production réelle de Séville. « Extraordinaire match de Séville » pouvait-on lire un peu partout sur la toile. La réalité reste tout de même bien loin de cette certaine idéalisation du jeu sevillan.

En effet, malgré la relation évidente de maître à élève que l’on pourrait dresser entre Bielsa et Sampaoli, ces deux coachs sont bien différents. Si Bielsa voue un culte à l’idée de l’établissement d’un « beau jeu » et la mise en œuvre de tous les moyens pour y parvenir, Monsieur Georges voue lui un culte avant tout aux résultats, à la victoire, et adapte les moyens pour les atteindre. Voila pourquoi, contre toute les attente du grand public, Sampaoli n’a eu aucun mal à « bazarder » les principes Bielsistes à Turin contre la Juventus dans un match que tout le monde attendait comme une formidable opposition de styles, ou encore au Parc OL avec un autobus et un vice que n’aurait pas reniés un Di Matteo des grands jours.

Sortons donc des idées reçues : oui Séville a la volonté de jouer un football attrayant tourné vers l’attaque, symbolisé par le mercato extrêmement offensif mené par Georges et Monchi (Vietto, Ben Yedder, Kiyotake, Sarabia, Ganso, Vazquez, Nasri…), mais sur le terrain le spectacle n’est pas toujours au rendez-vous. Passées les effusions volcaniques de buts de début de saison, Georges le pragmatique a vite changé son fusil d’épaule pour revenir à des idées plus « conventionnelles ».

Mais outre ces changements « tactiques », le coach argentin se heurte aussi à un effectif plus que limité pour les ambitions que l’on veut prêter à ce FC Séville. Ne nous cachons pas, la saison qu’est en train de délivrer l’equipazo de Steven Nzonzi relève quasiment du miracle. Car oui, batailler en Liga avec l’effectif que Seéille possède aujourd’hui et tenir la dragée haute aux trois monstres absolus de la Liga depuis presque une décennie est un petit miracle.

Quelle place pour Séville ?

Si l’on se réfère aux hommes, aux joueurs que possède Monsieur Georges, la place de Séville n’est certainement pas celle du chasseur en embuscade du Real Madrid… Sans aucun doute, les Rami, Mercado, Escudero, Iborra, Vitolo, Sarabia sont sûrement de très bons joueurs de football, mais rien ne les prédestinait à se chiffoner avec Messi, Cristiano Ronaldo, Griezmann et autres Iniesta.

Combien de temps cela peut-il encore durer ? Combien de temps Sampaoli arrivera t-il à sublimer tous ces joueurs limités ? D’ailleurs pour le coup, cette manière de tirer le meilleur de joueurs « moyens » ou simplement « bons », n’est-ce pas là en réalité la plus grande similitude entre Sampaoli et son idole absolue ? Oui…

Vous souvenez-vous d’un joueur du FC Séville 2015-2016, un joueur costaud, solide, très fort dans les duels ? Un joueur qui officiait aux côtés de Krychowiak et Banega au milieu de terrain ? Ca vous dit quelque chose ? Ah oui… Costaud, solide, très fort dans les duels et l’impact… Difficile de se rappeler que ce joueur-là c’était Steven Nzonzi. Impossible, vous l’aurez compris, d’aborder la saison des Andalous sans sortir les mouchoirs et essuyer le coin de nos lèvres à l’évocation des performances de « Nzonzizou » et sa métamorphose depuis l’arrivée du mec aux polos toujours trop petits. Steven -toujours boycotté malgré tout par celui à qui on a volé les lèvres-, tel un Pokemon, a subi une incroyable évolution en l’espace de quelques semaines, ou mois.

Trois hommes clés

Nzonzi ne vit plus dans le passé. Son passé, c’est celui des matchs à Stoke ou Southampton… Là où les coups d’épaules et les semelles en avant étaient ses meilleures armes. Aujourd’hui tout est nouveau pour lui, cachez-vous les yeux si vous êtes des âmes sensibles, mais c’est comme si… Je sais pas si je dois le dire… Comme si Steven avait glissé ses pieds dans les crampons tout noirs de Roman Riquelme afin de dicter le tempo de son équipe. Le calme et la sérénité balle au pied qu’installe Nzonzi au cœur du jeu andalou est aussi hallucinant que la violence de ses changements de rythme et projections vers l’avant. Comme l’impression que Nzonzi a ouvert ses cadeaux à Mario Kart, et qu’il a « l’étoile » depuis maintenant 4 mois et demi. Intouchable.

Toutefois, il ne serait pas juste de déguster la saison d’Nzonzi sans aborder l’importance tout aussi primordiale qu’ont Samir Nasri et Mariano dans ce XI de Monsieur Georges. Sans aucun doute, Mariano, Nzonzi et Nasri sont les 3 organes vitaux de Séville. Rendons hommage à Mariano messieurs dames. Jouer avec Ben Khalfallah, (le cadavre de) Plasil ou encore Andre Poko, tous ces drames auraient pu pousser Mariano à arrêter le football définitivement et à plonger dans la drogue. Heureusement Mariano a décidé de faire les deux. Un peu de football mais surtout beaucoup de drogue pour celui qui préfèrera toujours tenter le petit pont dans sa surface plutôt que dégager en touche.

Quant à Nasri… Ah Samir… Pourquoi toi l’amoureux du football, des femmes et du soleil, as-tu perdu autant de temps en Grande-Bretagne ? Là où le ciel gris se mélange aux jeunes Anglaises fortement alcoolisées de lundi à dimanche. Ta place était en Espagne, en Liga, et tu as fini (heureusement!) par t’en rendre compte. Ton arrivée fin août et tes performances qui ont suivi ont coincidé avec, enfin, l’installation d’un XI de départ fiable pour Georges qui cherchait désespérement un point de référence dans son secteur offensif. Nasri a su poser son emprise sur le jeu offensif de Séville ; aujourd’hui il est devenu la clé de voûte de toutes les offensives andalouses. Il aura fallu attendre des décennies pour revoir un arabe Roi d’Andalousie, mais ça valait le coup.

Alors ? Quelle fin de saison pour Séville ? En août, après les départs de Banega, Krychowiak, Gameiro et Unai, rien ne les prédestinait à être là aujourd’hui. Mais aujourd’hui, ironie de l’histoire, rien ne les prédestine à y être encore fin mai. Alors pour entretenir le rêve plus longtemps, Monsieur Georges et ses hommes devront espérer que les dieux du football préservent la santé de leurs 3 dealers de plaisir, et continuent de fournir de la testostérone en grande quantité à tout l’équipage de pirates. Pour le reste, les victoires à l’arraché dans le money-time ne sont pas éternelles, tôt ou tard Séville devra faire face à une baisse de réussite, de chance ou de réalisme. Et à ce moment-là, Sampaoli élève de Bielsa devra trouver les moyens d’éponger sa soif de victoire par un jeu d’une meilleure qualité que celle produite jusque là.

Photo credits : AFP PHOTO / JORGE GUERRERO