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Comme le disaient de célèbres poètes de rue dans les années 90 : « Le temps passe, passe, passe et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu s’imaginer que le temps s’rait si vite écoulé ? » Après les fameux 100 jours promis par Jacques-Henri Eyraud, on fait le bilan calmement, en s’remémorant chaque instant. 

Le 17 octobre 2016 restera une date gravée dans le cœur de tous les supporters marseillais. A cette date, l’Olympique de Marseille est officiellement passé de l’ère Louis-Dreyfus à l’ère McCourt. Attendue depuis des années par tous les Olympiens, cette passation de pouvoir devait marquer la fin de la disette, de ces longs temps difficiles, et permettre au soleil footballistique de rayonner à nouveau sur Notre-Dame-de-la-Garde.

Figure de proue de cet OM passé sous bastion américain, l’homme d’affaires Jacques-Henri Eyraud succède lui à Tonton Ciccolunghi, qui avait lui même pris la place du très détesté Vincent Labrune. Durant ses premières envolées médiatiques, JHE avait parlé de « 100 jours », une temporalité presque charnière durant laquelle le nouveau board olympien devait bâtir les fondations de ce qui sera le projet « OM Champions ». Le rendez-vous était donc pris pour ce 25 janvier 2017.

Durant 100 jours, chaque fait et geste du board olympien fut épié. De la Commanderie aux terrains de Ligue 1, en passant par les sorties médiatiques et les rdv business, pas un jour ne s’est passé sans qu’un média mainstream ne fasse son beurre sur le dos du clan McCourt. Dans ces conditions, et connaissant le brûlant contexte marseillais, le board était quasi obligé de frapper fort pour deux raisons. La première, c’était instaurer un climat de confiance pour les suiveurs de l’OM. Il faut séduire vite et reconquérir, comme une ex à qui il faut prouver que l’on a changé, que maintenant tout ira bien. La deuxième, c’était se positionner comme une force future, à destination des autres. Les autres, ce sont les clubs concurrents, les médias, les divers partenaires financiers, tout ceux avec qui le nouvel organigramme olympien va devoir composer pour devenir une puissance footballistique.

A l’heure de ce premier bilan, force est de constater que le board olympien n’a pas chômé, à tous les étages. La commanderie a été bougée, tant au niveau sportif qu’administratif, et un sérieux ménage a commencé.

L’aspect sportif

Il n’a fallu que trois petits jours pour voir arriver un nouveau coach, balayant les rumeurs Bielsa, Blanc, et consorts. Le 20 octobre 2016, Rudi Garcia débarque tout sourire à Marseille. L’ex-coach de la Roma, considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs entraîneurs français, arrive à la tête d’un groupe moyen tant qualitativement que quantitativement, miné par des perspectives futures réduites, et en total manque de cohésion et de cohérence sur le simple fait sportif. De nouveau trois jours plus tard, l’OM se déplace au Parc et en ressort avec un 0-0 tant pauvre qu’encourageant. Depuis, des nouveaux joueurs ont éclos (Max Lopez, Zambo) certains ont retrouvé un niveau footballistique décent (Flotov, Vainqueur) et enfin d’autres sont sortis du placard Passi (Rolando). L’équipe n’en est pas plus taillée pour jouer le podium, mais Garcia doit être récompensé par les meilleures prestations de l’équipe.

10 jours après la prise de pouvoir de McCourt, Zubizarreta débarque lui aussi à Marseille, cette fois en tant que Directeur sportif. Lui à qui le Barça doit pléthores de jolis transferts (Rakitic, Neymar …) arrive avec du pain sur la planche. A très court terme, faire des coups au mercato d’hiver et renforcer certains postes dépourvus de talent. A moyen terme, préparer le mercato d’été qui devrait donner la pleine mesure de la puissance financière (ou non) du projet OM Champions. Après 25 jours de mercato et beaucoup de bruit, seul Morgan Sanson a paraphé un contrat avec le club olympien. Un bilan maigre, explicable, mais source de frustrations chez certains supporters.

En plus de ces deux têtes d’affiche, de nombreux éléments ont intégré le staff olympien, notamment Paolo Rongoni (ex préparateur physique de la Roma) et Franck Le Gall (ex médecin de l’Equipe de France ).

A plus long terme, dans un aspect prospectif, l’OM semble également s’attacher à développer la formation. Beaucoup ont sans doute vu le binôme McCourt-Eyraud sur les terrains des plus petits, mais ce coup de comm’ n’est que la face visible d’un iceberg de moins en moins immergé. Si le club, via Zubi, scrute les performances des jeunes en CFA et U19, Eyraud lui souhaite tisser une toile importante dans le microcosme marseillais, avec notamment des partenariats privilégiés avec certains clubs locaux. On peut penser à Consolat pour faire s’aguerrir des minots, ou Air-Bel. Et même si cette partie est moins clinquante qu’une recrue de renommée, à moyen et long terme, le board semble se structurer de la meilleure des façons.

L’aspect administratif

Les amoureux de l’OM le savent, le club était et est toujours gangrené en interne par de nombreuses personnes. Passerelle Adidas/OM, hommes de Labrune, parasites divers et variés, rien ne tournait rond dans les bureaux et ses alentours, ce qui fut rappelez-vous une source de désaccords réguliers entre Marcelo Bielsa l’intègre fou et Vincent Labrune.

Si JHE s’est réjouit de la qualité des éléments présents lors de son audit, en interne, tout est bousculé. De nombreuses personnes, officiellement connotées « ancienne équipe », ont pris la porte et ont été remplacées. Parmi les arrivées, on note Thierry Aldebert, ex officier du GIGN, en charge de la sécurité, ainsi qu’un binome Richard-Viprey, chargé respectivement du marketing et de l’administratif et financier. Des CV longs comme le bras et une envie d’insuffler une nouvelle dynamique tout en « purifiant » l’atmosphère.

Quid du mercato ?

Bien que pas terminé, le mercato doit aussi être abordé dans ce bilan, et c’est peut être là que le plus de reproches ont été entendus. Au 25 janvier 2017, à 12h00, seul Morgan Sanson fait figure de recrue de l’ère McCourt. Si ce dernier devrait être suivi par Patrice Evra (en négociations plus qu’avancées) et de Dimitri Payet, les supporters de l’OM ont soulevé quelques questions :

  • Pourquoi s’acharner sur Payet ?
  • Pourquoi attendre tant de temps avant d’officialiser ou de déclencher certaines pistes ?
  • Pourquoi certaines lignes comme la défense semblent oubliées par les scouts olympiens ?

La vérité est ailleurs. Si ce nouvel organigramme tranche en un point avec ses prédécesseurs c’est bien sur l’opacité qui règne autour du club. Terminés les petits potins, terminées les petites sorties dans la presse, terminés les taupes et les coups de bluff. L’environnement se veut sain, apaisé, opaque et communicant SEULEMENT lorsque les choses sont faites.

Qui est aujourd’hui capable d’affirmer, preuve à l’appui, que l’OM s’est fait doubler par la Chine sur le dossier Obi Mikel ? Qui peut affirmer, preuve à l’appui, que l’OM n’a pas de pistes en défense ? Qui peut tirer des conclusions d’un mercato pas terminé arrivant 100 jours après une reprise aussi mouvementée qu’indispensable ?

Aujourd’hui, l’OM souffre certainement de plusieurs choses :

  • Le manque d’attractivité, lié aux récents résultats sportifs et à une saison en cours qui ne verra pas l’OM jouer le podium.
  • L’impatience de ses fidèles suiveurs, qui, et on le comprend, ont mangé assez de pain noir et de défaites amères ces derniers temps.
  • Les « coups » réalisés par ses concurrents : Draxler, Guedes, Depay … l’explosion de Monaco et l’avènement de l’OGC Nice qui semblent avoir des ressources financières importantes pour l’avenir.
  • Les médias, qui n’ont de cesse de répéter inlassablement les mêmes bêtises, rumeurs et bruits de couloirs, afin d’attiser la frustration de tous, sur des pistes pas forcément fondées.

Qu’on se le dise, ce mercato d’hiver n’est ni un flop, ni un top pour l’OM. Le club aurait sans doute pu faire mieux. Il va peut être mieux faire durant la semaine restante. Avec Evra et Payet en plus, le mercato olympien, à défaut d’être rempli de cracks, change de dimension. Tout ceci n’étant que la phase 1 du passage de l’effectif au Karcher.

Alors, ces 100 jours, réussite ou échec ?

Globalement réussite. Par sa communication convaincante et son professionnalisme, Jacques Henri Eyraud a su s’attirer les faveurs du public marseillais. Ses choix s’avèrent pour le moment respectables et encourageants, et même si le mercato d’hiver n’est pas au goût de tous, il permet d’entrapercevoir le soleil malgré les quelques nuages que le temps n’a pas encore chassés.

En 100 jours, l’OM a changé de visage. L’OM est moins sujet aux railleries. Alors non, l’OM ne fait pas encore peur, mais l’OM avance, sereinement. Plus qu’un bilan des 100 jours, c’est le bilan des 365 jours qui sera important. D’ici là, Garcia, Zubi, Durand et tout le staff auront eu du temps pour bâtir ce qui est le début d’une nouvelle ère.

100 jours ne suffisent pas à faire le deuil d’un amour terminé. 100 jours ne suffisent pas à effacer les stigmates d’un règne qui s’est transformé en guerre civile. L’OM allait très mal il y a 100 jours. Aujourd’hui, l’OM va mieux. To be continued …

Photo credits : AFP PHOTO / BORIS HORVAT