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Sans surprise, Bordeaux s’est incliné mardi soir en demi-finale de Coupe de la Ligue face au PSG. Bien qu’encore en course en Coupe de France et pas (encore) condamné dans la course aux places européennes en championnat, le club au scapulaire a vraisemblablement dit adieu à ses dernières chances d’être européen l’an prochain. Le constat peut sûrement paraître précipité -nous ne sommes qu’en janvier- mais il est édifiant. Cette saison comme les précédentes, Bordeaux ne fait que continuer sa triste déchéance vers le ventre mou -et plus si affnités- du championnat de France. Une tombée dans un anonymat des plus déprimantes pour l’un des « Historiques » de notre football français… mais ô combien méritée.

Méritée car cette chute ne date pas d’aujourd’hui et strictement rien n’a véritablement été mis en place pour endiguer ce naufrage. Un naufrage qui dure depuis maintenant 7 longues saisons (bien que Francis Gillot, n’en déplaise aux nombreux détracteurs, ait maintenu le navire à flot). Depuis janvier 2010, Bordeaux est en roue libre vers l’enfer.

Bordeaux représente à sa manière tout ce qui se fait de plus mauvais dans le football français. Un actionnariat et une direction aux abonnés absents et une politique sportive inexistante. Pas de directeur sportif, et une cellule de recrutement qui enchaîne les échecs. (Kiese Thelin et Pablo en porte-drapeau) Une politique sportive qui aurait néanmoins -c’était le but- être pensée et motivée par des anciens mythiques du club au scapulaire comme Marius Trésor et Patrick Battiston, tous deux en charge de la formation. Mais force est de constater que leurs emplois aujourd’hui ressemblent plus à un emploi fictif de « services  rendus » qu’à une véritable plus-value pour le club, tant la formation girondine est devenu faiblarde. Une formation qui fut par le passé, sa grande force.

Combien de joueurs Bordeaux a t-il sorti depuis une décennie ? Qui a succédé aux derniers Trémoulinas, Planus, Chamakh, acteurs majeurs du titre bordelais en 2009 ? Personne. Les seuls joueurs à avoir réussi à gratter une place régulière dans le groupe pro se nomment Saivet, Sertic (joueur qui n’a jamais réellement progressé depuis son introduction dans le groupe professionnel en 2009), Poundje (qui n’a pas le niveau pour la Ligue 1) et Ounas (qui a plus de frasques que de matchs réussis à son actif). Un bilan pathétique pour la formation girondine depuis maintenant une décennie.

Pourtant on aurait pu penser il y a trois ans que le futur serait bien plus chatoyant pour les girondins, avec notamment un nouveau stade pour donner un bol d’air  bien nécessaire au club. Malheureusement le nouvel écrin -en service depuis une saison et demie- censé initialement redonner de la vitesse à un club qui en manquait cruellement, sonne creux. La faute à un stade mal pensé et très difficile d’accès pour tous les girondins. Du coup, comprenons-les, difficile de tenir rigueur aux Bordelais de préférer le confort de leur canapé en cuir plutôt que d’interminables bouchons à l’aller et au retour pour aller assister en direct aux déboulés couloir gauche de Diego Contento.

Ce nouveau stade fait par conséquent une bien triste publicité supplémentaire à Bordeaux. Non seulement il n’est que trop peu souvent rempli, témoignant ainsi directement du désintérêt total que porte le département envers son club fanion mais aussi une perte de charme et d’histoire évidente par rapport au Parc Lescure où régnaient autrefois en maîtres les girondins.

Nourris par le succès du « pari » Laurent Blanc, Jean-Louis Triaud et Nicolas de Tavernost ont longtemps cru qu’avec Willy Sagnol (préféré à un certain Zinédine Zidane) la belle histoire se répéterait. Malheureusement, il ne suffit pas de recruter un jeune entraîneur au passé glorieux pour s’assurer de bons résultats. Les deux saisons catastrophiques de Willy Sagnol aka celui dont ce n’est jamais la faute, ont définitivement plongé le club dans les méandres de la Ligue 1. Arrivé à une période charnière pour le club (départ du pompier de service Gillot et arrivée prochaine du nouveau stade), Sagnol n’a, à aucun moment, été capable d’installer un quelconque renouveau pour les marine et blanc.

Et c’est ce qui semble aussi se dessiner pour Gourvennec à l’heure actuelle. Certes ne mettons pas la charrue avant les bœufs, le Breton n’est en place depuis qu’une demi-saison, mais cela n’inspire rien de bon. Comme Sagnol avant lui, Gourvennec présente la carte bon client. : Bon client pour les médias et bon client pour la direction girondine. Jeune entraîneur, avec (à priori) des idées intéressantes sur le jeu. Et surtout, jeune entraîneur avec trop peu de réputation et d’accomplissements pour revendiquer quoi que ce soit auprès de la direction. Car oui, trouver un bon entraîneur pour Triaud c’est une chose, mais le « plus important » reste(ra) sa « soumission » à la direction bordelaise. Cela sous-entend de ne pas réclamer -à travers les médias- de moyens financiers supplémentaires, ne pas exprimer un éventuel mécontentement etc… Car ce que Triaud et M6 redoutent plus que tout au monde (plus que les mauvais résultats), c’est une mauvaise publicité. Laurent Blanc a fait de l’excellent travail (si l’on veut bien fermer les yeux sur la fin de son parcours) à Bordeaux, mais il y a bien un point sur lequel les dirigeants bordelais ne veulent plus être pris à défaut, c’est sur « l’aura » et l’indépendance de son coach. Car Laurent Blanc jouissait d’une réputation à l’échelle française énorme, et il savait s’en servir. À de nombreuses reprises, à travers les médias, il a su exiger des dirigeants bordelais des moyens supplémentaires ou encore exprimer son mécontentement. Pour en revenir au cas Zidane, c’est bien ce point qui a terrifié les dirigeants bordelais à l’idée de le signer. Son influence et son exposition. Zidane aurait été indubitablement au-dessus de l’institution -ce qu’il en reste- bordelaise. Et c’est pourquoi ils ont préféré se diriger vers la piste Sagnol, plus sûre…

Alors qu’en est-il de cette saison ? Ironie du sort, 6 mois en arrière celle-ci semblait prometteuse. Un recrutement sur le papier plutôt judicieux (Toulalan, Menez, Sabaly) et le départ de joueurs nocifs (Sané, Poko, Yambere). Bien que défensivement moyen, Bordeaux pouvait se targuer d’avoir un milieu de terrain (Toulalan, Plasil, Sertic, Vada) et un secteur offensif (Rolan, Menez, Malcom, Ounas, Kamano, Laborde, Touré, Maurice-Belay) plus que bien fourni quantitativement et qualitativement si on se réfère à l’échelle L1. Mais la réalité du terrain est tout autre. Des résultats plus que décevants, un jeu sans aucune fraîcheur et pire que tout, pas la moindre once de progression depuis le mois d’août. Gourvennec cherche en vain des solutions à ses problèmes (passage du 4-4-2 au 4-3-3) mais rien n’y fait. Que ce soit au niveau des résultats comme de la production. Si un simple changement de système permettait de tout changer cela se saurait. Mais le problème ne réside en rien dans une question de système. Que ce soit en 4-4-2 ou 4-3-3, à aucun moment Bordeaux n’a réussi à produire un jeu cohérent. Les lignes sont toujours beaucoup trop éloignées. L’apport des milieux de terrain porté par les papy Plasil et Toulalan est inexistant, quant au jeune Vada, il est prometteur mais la tâche sur ses épaules est bien trop grande à assumer seul. Résultat le trident offensif -quel qu’il soit- se retrouve constamment dans des situations d’infériorité numérique, avec l’obligation d’un exploit individuel pour créer un décalage ou une véritable opportunité offensive. Vous l’avez bien compris, l’animation du jeu bordelais est inexistante et cela ne s’améliore pas.

L’échec actuel de Gourvennec permet aussi de contraster son passage à Guingamp. Son bilan était-il si bon que ça ? Le jeu produit par l’EAG était-il si intéressant ? Ou reposait-il sur un plan de jeu « simple » porté par des individualités « en feu » (comme par exemple la saison de très haut niveau de Beauvue à l’époque) ? Encore plus lorsque l’on constate les résultats et la qualité du jeu de Guingamp cette saison qui n’a assurément pas souffert du départ de son coach…

Enfin, et c’est peut-être le plus triste dans toute cette histoire, c’est la distance que de plus en plus de supporters bordelais prennent vis-à-vis de leur club. Pas en raison des résultats, mais surtout car le club depuis des années laisse partir sans la moindre lutte, les seuls joueurs frissons ou emblématiques de son équipe. Chamakh, Fernando ont ouvert la voie que les Trémoulinas, Carlos Henrique, Mariano et dernièrement Cheick Diabaté ont emprunté par la suite. Chacun avec leurs caractéristiques savaient mettre un peu de baume au cœur des supporters, soit par leurs qualités footballistiques ou alors l’aspect affectif. Bientôt partira aussi Malcom, dernier rayon de soleil dans la grisaille bordelaise. Et comme toujours, ils sont et seront remplacés par des joueurs n’ayant ni le niveau footballistique, ni les qualités humaines de leurs prédécesseurs, participant un peu plus à la frustration et au dégoût des supporters qui assurément, ne se retrouvent plus dans le club qu’ils ont tant chéri. Et pendant ce temps-là, le PSG et Monaco progressent, Lyon, Nice, Lille et Marseille s’ouvrent aux investisseurs étrangers, assurant si on pouvait encore en douter, que Bordeaux n’est pas prêt de retrouver les sommets.