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A Munich, il existe de nombreux symboles, de nombreuses figures qui sont indissociables de l’image que l’on se fait de cette ville. La capitale de la Bavière représente le luxe, la volupté et la douceur qui viennent contraster avec la force du lion et le populaire Oktoberfest. Cela produit un mélange improbable, mais pas complètement sordide. A côté de ces traits culturels et identitaires, on trouve le grand Bayern et le petit TSV 1860 ; là aussi le contraste est présent, mais encore une fois tout est symbolique. Toutefois, si on fait le tour des symboles, comment ne pas évoquer le capitaine du plus titré des clubs allemands, Philipp Lahm ? Là est la question tant il est précieux pour cette ville comme pour ce club dont il a contribué à écrire la légende.

Si Philipp Lahm peut être élevé au rang de symbole, ce n’est pas seulement du fait de sa fidélité envers le plus grand club d’Allemagne. Les raisons sont plus profondes. L’homme comme le joueur sont purs, presque transparents. Tellement transparents que l’on pourrait croire que tout cela n’est qu’une vaste supercherie, que rien n’est vrai. On aurait presque l’impression que l’homme à la chemise blanche cache quelque chose d’anormal. Sa communication se révèle être lisse mais sans fausse note ni un mot plus haut que l’autre. En dépit de sa prestance sans pareille il est loin d’être exubérant. Finalement, quand on y pense, la seule chose qui sort de l’ordinaire chez lui, c’est son talent.

En effet, lorsque l’on se penche là-dessus, encore une fois, il est difficile d’émettre une critique tant ses performances avec le Rekordmeister comme la sélection allemande ont été belles.  Sur le terrain, il a été loin d’être transparent, depuis sa première saison et jusqu’à aujourd’hui alors même que la fatigue s’installe. Véritable pilier de son équipe, il a été le joueur sur lequel on a toujours pu compter, jamais défaillant, toujours là pour défendre à la perfection.  A chaque fois présent dans son couloir pour effrayer les joueurs se trouvant sur son passage, toujours là pour effectuer le geste juste et décisif. Tout cela sans se soucier du côté sur lequel il était positionné. Gauche ou droite, ça lui était globalement égal étant donné qu’il avait cette capacité d’exceller à chaque fois. Cela prouve l’étendue de son talent qui a souvent laissé le public sans voix. Ce trait, le fait d’être fabuleusement polyvalent, a depuis toujours marqué la longue carrière du Bavarois. Mettez-le sur le terrain, regardez-le, et applaudissez-le puisque jamais il ne flanchera.

LONDON, ENGLAND – MAY 25: Philipp Lahm of Bayern Muenchen celebrates after winning the UEFA Champions League final match against Borussia Dortmund at Wembley Stadium on May 25, 2013 in London, United Kingdom. (Photo by Alex Grimm)

Et lorsque Pep Guardiola a pris la décision de le positionner au milieu de terrain, encore une fois, il est resté tout en haut tout en ajoutant une corde à son arc. Il a côtoyé les sommets au-devant de la défense. Il a même pu toucher les étoiles, un soir de juillet 2014. A partir du moment où Joachim Löw a replacé son capitaine à cette position, la Mannschaft, déjà redoutable, s’est transformée en une machine de guerre, invincible, sans failles. Si parfaite qu’en battant l’Argentine au Maracanã, une quatrième étoile a pu être brodée aux côtés des trois autres. L’issue aurait-elle été différente sans ce changement ? Difficile de le dire, toutefois, force est de constater que ceci a apporté un supplément d’équilibre à l’équipe pour lui permettre de résoudre cette équation en terres brésiliennes.

Ce sacre mondial peut être considéré comme l’apogée de la carrière du grand Philipp Lahm. A moins que ce ne soit le triplé historique réalisé en 2013 sous les ordres de Jupp Heynckes ? Duel cornélien, et interrogation sans la moindre réponse puisqu’il est impossible de faire un choix lorsque l’on a tout gagné ou presque. Difficile de choisir à quel moment le septième ciel a été atteint lorsque l’on peut se targuer d’avoir raflé les titres les plus prestigieux du football. Mais, globalement, ce qui ressort, c’est la victoire. Le triomphe est le fil rouge de cette carrière qui a débuté il y a maintenant 22 ans. Rien n’a jamais été laissé au hasard par celui qui a mené à la victoire la génération dorée du football allemand grâce à son acharnement sans failles et des années de labeur.

Toutefois, quand on évoque le mot doré, on a toujours l’image des paillettes, de la prétention et d’autres traits peu agréables. Pourtant, rien de cela ne colle à Philippe Lahm, qui est finalement l’archétype de l’Allemand. Toujours mieux chez lui, dans le silence, avec une touche d’autorité, de rigueur, de respect, en passant par de la discipline. Aux antipodes des joueurs qui se pavanent sous les projecteurs aujourd’hui. Cela lui a sans aucun doute permis d’être aujourd’hui le joueur qu’il est, mais aussi l’homme. Cette personnalité fait partie de ce que l’on retiendra de lui puisqu’avec elle, il a gagné le respect éternel du monde du football. Un homme ferme mais juste, un homme irréprochable sur le terrain qui n’a jamais eu besoin de rentrer aux vestiaires pour retrouver son calme. Un grand homme qui manquera à un football qui, au fil des années, a un peu perdu de sa superbe. Et il va encore en perdre lorsque le numéro 21 raccrochera définitivement les crampons à la fin de la saison tant ce profil se fait rare.

Photo : dfb.de

Son départ va laisser un véritable vide, il faut le dire. Comment ne pas avoir un pincement au cœur en pensant que l’un des joueurs les plus talentueux de sa génération ne foulera plus les terrains ? Comment ne pas ressentir de la tristesse quand celui qui a inspiré des dizaines de joueurs ou d’amoureux du beau jeu ne sera plus là pour nous faire sourire ? Comment va-t-on remplacer un homme qui a permis à son club et à son pays d’être encore plus grand qu’ils ne l’étaient auparavant ? Il est difficile de le savoir, toutefois, il ne faut pas être triste. Il faut simplement se dire que l’on a eu la chance d’observer un génie de son sport, un des hommes qui a écrit l’histoire de sa discipline.

La beauté de cette carrière peut prendre le dessus sur le sentiment de vide. Il faut seulement respecter ce choix de s’arrêter avant de craquer qui se révèle être un choix on ne peut plus honorable et terriblement intelligent. A l’image du joueur que l’on a toujours connu, qui a toujours su prendre la bonne décision. Puisque même si Philipp Lahm a sûrement encore la capacité de jouer au très haut niveau, le poids des années et sa raison ne voient pas cela du même œil. Le temps est donc venu pour lui de se retirer, et de laisser la place à d’autres étoiles, peut-être aussi brillantes. Mais en attendant, le football et ceux qui l’aiment peuvent le remercier pour tout ce qu’il a donné pendant toutes ces années. Sa carrière restera à jamais gravée dans le marbre car elle est bel et bien l’une des plus majestueuses du football moderne.

 

Credit photos : goal.de