2

Auteur de deux prestations remarquées à la pointe de l’attaque marseillaise, Rémy Cabella, buteur la semaine dernière face à Angers, peut-il devenir une alternative crédible à Bafé Gomis ?

Meneur de jeu de formation, l’ancien Montpelliérain n’a jamais vraiment été fixé à un poste particulier. À Montpellier, il a ainsi été amené à évoluer en relayeur, en 10 ou encore sur l’aile droite, avant que Rolland Courbis ne décide de le faire jouer plus haut sur le terrain. Dans le 4-4-2 de l’entraîneur-consultant radio, Réméééé se retrouve dans un rôle de deuxième attaquant, tout en gardant une énorme liberté sur le terrain. Comme dirait Coach Courbis : « un un un joueureuh qui qui qui marqueuh des buteuh et et et qui en fait marquer, c’est c’est c’est un attaquang ». Un rôle qui lui convient parfaitement, puisqu’il termine la saison 2013/14 avec 14 buts, 5 passes décisives, et un billet d’avion pour le Brésil, afin de disputer la Coupe du Monde avec les Bleus.

S’il ne dispute pas une minute du mondial, le champion de France 2012 prend une nouvelle dimension et quitte son club formateur pour tenter sa chance en Angleterre, sous les couleurs de Newcastle. Chez les magpies il évolue alors principalement en tant qu’ailier mais peine à s’imposer dans un championnat peut-être trop physique pour lui, et perd finalement sa place de titulaire. À l’été 2015, c’est donc un retour à la case départ pour le Corse, qui débarque à l’OM pour remplacer Florian Thauvin, qui fait le chemin inverse.

Trop limité pour être meneur ?

À son arrivée en terre phocéenne, la situation est pour le moins compliquée. Marcelo Bielsa a quitté le navire et vient tout juste d’être remplacé par Michel, qui met d’abord en place un 4-3-3, dans lequel il va occuper l’aile gauche. Comme à Newcastle, l’international français a beaucoup de mal à se montrer et est très décevant. Michel décide alors de le replacer au cœur du jeu dans un 4-2-3-1. Si le meneur de jeu retrouve des couleurs à son poste de prédilection, sa saison, à l’image de son équipe, reste pauvre en créativité avec 5 buts et 2 passes décisives, et son niveau de jeu n’est pas suffisant.

Malgré une volonté évidente, Rémy Cabella a du mal à exploiter toutes ses qualités et à retrouver cette spontanéité qui faisait la différence à Montpellier. Il semble également avoir du mal à assumer un vrai rôle de meneur de jeu. Son profil de dribleur est en effet un peu limité pour en faire le leader technique d’une équipe. Si ses qualités techniques et sa vivacité sont bien au-dessus de la moyenne, Cabella manque de l’intelligence de jeu et de la qualité de passe nécessaires pour s’imposer à ce poste, bien qu’il ne soit pas maladroit dans la dernière passe.

Dans son 4-3-3, l’avenir de Rémy Cabella semblait donc se dessiner sur les côtés, en doublure de Florian Thauvin et Dimitri Payet, là où ses qualités de dribble et de percussion pourraient le mieux s’exprimer, bien qu’il soit peu à l’aise lorsqu’il est cantonné sur un côté. Mais la blessure au genou de Bafé Gomis, combinée aux prestations décevantes de Leya Iseka, a poussé l’ancien entraîneur de la Roma à innover.

Solution temporaire ?

Pour remplacer le capitaine de l’OM, Rudi Garcia s’est d’abord appuyé une première fois sur le quart de finaliste du dernier mondial. À Toulouse, alors que Gomis était suspendu, Cabella inscrit un doublé et permet à l’OM de se qualifier pour les seizièmes de la coupe de France. Pourtant, au moment où Gomis se blesse, c’est Clinton Njie, de retour de la CAN, qui récupère le poste de numéro 9. Après une prestation convaincante face à Rennes, il est reconduit contre Paris puis Monaco mais déçoit.

C’est face à Lorient que Cabella va finalement s’imposer comme l’alternative la plus crédible à Bafé Gomis. Après avoir inscrit un nouveau doublé en coupe face à Monaco, permettant à son équipe de revenir deux fois au score, sans pouvoir empêcher la défaite phocéenne, il est titularisé à la place de Njie. Très actif dans un rôle de « Falso Nueve », ses combinaisons avec Thauvin et Payet ont permis aux phocéens d’inscrire sept buts en deux rencontres. Buteur face à Angers vendredi dernier, il a même été sélectionné dans l’équipe type de la semaine de l’Equipe.

De retour, Gomis sera probablement titulaire ce soir à Lille. Mais l’interim de Cabella aura été plus que satisfaisant, et nul doute que Rudi Garcia continuera à s’appuyer sur lui à ce poste. L’homme au sourire Colgate apporte en effet des solutions différentes au jeu en pivot du capitaine phocéen, et Garcia a réussi à trouver une animation offensive qui fonctionne, avec un Morgan Sanson très haut pour épauler son coéquipier, et deux ailiers comme Payet et Thauvin, capables également de prendre l’axe quand Cabella dézone. À l’image de son but contre Angers, l’ancien Montpelliérain est également capable de très bien prendre la profondeur, chose que Gomis fait avec moins de réussite puisqu’il manque de vitesse et qu’il est trop souvent hors-jeu. Là où l’ancien joueur de Swansea permet donc à son équipe de remonter le bloc et de s’appuyer sur lui avec des longs ballons, Rémé peut décrocher, combiner plus facilement avec ses coéquipiers. Deux styles différents mais qui peuvent être redoutables selon l’adversaire.

Ses statistiques en 2017 (5 buts & 3 passes TCC, contre seulement 4 buts & 3 passes sur toute l’année 2016) confirment son retour en forme, essentiellement dû à ce nouveau poste puisque c’est à celui-ci qu’il a inscrit tous ses buts. Si ses deux dernières prestations convaincantes à la pointe de l’attaque marseillaise lui ont permis d’éliminer les menaces Sarr et Njie, il sera maintenant intéressant de voir si, à terme, Rémy Cabella peut concurrencer le meilleur buteur du club cette saison. Et si le prêt de celui-ci venait à ne pas être reconduit la saison prochaine, il faudra alors également pour le numéro 7 phocéen convaincre les dirigeants qu’il pourra devenir une doublure crédible à l’attaquant de calibre international qu’ils souhaitent recruter. Après avoir fêté ses 27 ans la semaine dernière, Rémy Cabella n’a donc plus vraiment de temps à perdre. Alors, son avenir s’écrira-t-il en tant qu’avant-centre ? En tout cas, il est probablement déjà passé devant Lacazette dans la hiérarchie de Didier Deschamps.

Photo credits : AFP PHOTO / VALERY HACHE