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Jusqu’à présent, les huitièmes de finale de l’UEFA Champions League nous ont offert des chocs avec des rebondissements, et ce fut de nouveau le cas puisque l’AS Monaco et Manchester City s’affrontaient une seconde fois en moins d’un mois. Après une première bataille prolifique en buts (victoire 5-3 de Manchester City), on savait que le match retour allait être aussi spectaculaire avec des équipes jouant pour gagner.

Le dernier club français en lice s’est préparé pendant 4 matchs avant cette guerre. Ils sont rentrés chez eux avec 4 victoires (dont 12 buts dans la besace). En ce qui concerne les joueurs, Falcao est le grand absent de cette rencontre. Touché à la hanche contre Bordeaux (victoire 2-1), l’international colombien a été contraint de déclarer forfait. Il est accompagné de Glik, qui est lui suspendu suite à son carton jaune reçu au match aller.

Leur adversaire du soir venait aussi du côté de la Principauté après un enchaînement de 4 matchs sans défaites (dont un nul 0-0 contre Stoke City) et un regain de confiance défensif (1 but encaissé sur les 4 derniers matchs). Kompany, Gundogan, Jesus (blessés) et Nolito (choix du coach) étaient les absents du côté des troupes anglaises pour ce match retour.

On s’attendait un match de combattants de la part des Monégasques, on ne s’est pas trompé.

Les compositions d’équipes

Pour ce qui est des deux onze de départ, les absents n’ont pas modifié les choix de Leonardo Jardim. Mais pour Pep, quelques changements ont eu lieu défensivement.

Pour Monaco, l’équipe reste classique avec le portier Subasic dans les cages, les arrières latéraux Mendy-Sidibé sur leurs côtés respectifs accompagnés par Jemerson-Raggi, qui remplace donc Glik, dans l’axe de cette charnière. Au cœur du jeu, on retrouve le double pivot Fabinho-Bakayoko associé à la paire Bernardo Silva-Lemar. Enfin devant, Kylian Mbappé est cette fois-ci titularisé aux côtés de Germain.

En ce qui concerne Manchester City, Caballero va une nouvelle fois jouer avec une charnière centrale différente : Kolarov-Stones. Sur les côtés, il y a les deux latéraux français Sagna et Clichy. Devant eux, Yaya Touré (sur le banc) est remplacé par Fernandinho en sentinelle devant la défense. Pour l’attaque, on retrouve les 5 joueurs offensifs habituels avec Sané et Sterling sur les ailes, Aguero au front et David Silva-De Bruyne au cœur du jeu.

Le pouvoir de la force était du côté de Monaco

C’était un match où la meilleure armada offensive d’Europe devait se mettre en action pour combler ce retard de deux buts. Mais ça ne s’est pas fait par des exploits individuels ou des prises de risque : l’équipe est la seule star.

Opposé à un adversaire désorienté et en perte de repères, les Monégasques n’ont pas perdu de temps pour développer leur partition. L’équipe étant souvent très compacte, les différentes phases de jeu se sont formées grâce à la présence constante de tous les joueurs, apportant des surnombres sur plusieurs zones.

Pragmatiques, les joueurs offensifs de Jardim apportent leur contribution dans les phases avec et sans ballon ce qui permet d’apporter à la fois une solidité défensive en plus d’une qualité offensive déjà connue.

Voici la heatmap des 4 feux follets monégasques sur le match contre City. On observe vite que leur activité ne les cantonne pas à rester dans leur zone mais à être le plus actif possible pour cadrer ou récupérer les ballons chez un adversaire en grande difficulté. Sur la situation en vidéo, on remarque que le pressing est toujours en place mais dans des conditions plus précises. Les deux avant-centres ne sont plus dans le harcèlement constant des deux centraux.

Lors du match aller, Monaco était souvent pris dans son dos durant cette phase de pressing puisque Yaya Touré était souvent trouvé dans l’axe. Le décalage se trouvait grâce à un redoublement de passes entre les centraux et le gardien, obligeant les attaquants rouge et blanc à répéter des efforts et à perdre en lucidité. Cette fois-ci, Mbappé et Germain s’occupaient « juste » de cadrer les centraux de Manchester pour ensuite créer un entonnoir sur Fernandinho. Ce dernier se retrouvait souvent en 2 contre 1 dans cette zone délicate et provoquait du coup des pertes de balle comme sur l’action de Mbappé.

Dès que ce pressing et cette activité arrivaient à être déjoués par les mancuniens, le bloc équipe monégasque se reformait très vite.

Sur la situation, on voit que les joueurs forment un bloc compact et mobile et cadrent la totalité des joueurs de Manchester City par leur placement. Si on se concentre sur la ligne du milieu terrain, on voit un placement qui a mis à mal l’armada offensive anglaise. Les joueurs ne se mettent pas à coller les joueurs dans leurs zones mais cadrent le porteur de balle pour occuper les différentes lignes de passes possibles.

Lors de la première confrontation, l’équipe monégasque avait décidé de s’orienter vers une prise en individuelle dans la zone respective des joueurs. De ce fait, les joueurs de City avaient très vite pris l’information pour faire déjouer le placement de certains (surtout du double pivot) pour créer des espaces. Mais l’entraîneur portugais a appris de ses erreurs, lui.

Allô ? SOS Défense en carton ?

John Stones a été désigné comme le bouc émissaire de cette défaite par la presse britannique, le considérant comme hors de forme lors de cette soirée, mais ses coéquipiers étaient tout aussi pauvres. Toutefois, c’est Guardiola qui devrait assumer la majorité de la médiocre prestation. Sa tactique était totalement erronée sur la première période, l’équipe rentrant même aux vestiaires avec 0 tirs (record de la saison). 

Malgré 25 minutes intéressantes sur l’entame de seconde période grâce au repositionnement de De Bruyne un peu plus en retrait et à un Subasic en feu, les citizens ont été précurseurs de la remontée monégasque. Passifs tactiquement, ils n’ont jamais été capables de renverser la situation assez rapidement en s’adaptant aux difficultés provoquées par l’adversaire. En l’occurrence, les choix de Guardiola ont été mauvais dès le début. Mettant Fernandinho en seule sentinelle devant la défense, il a offert l’opportunité à Monaco de venir agresser une équipe déjà en difficulté derrière.

C’est une saison délicate pour le tacticien espagnol qui arrive après trois années glorieuses du côté de Munich. Éliminé pour la première fois de sa carrière en 1/8e de finale de la Ligue des Champions, il essuie beaucoup de critiques depuis son intronisation au poste de coach à City. Il est considéré comme « conservateur » et « trop ambitieux », et certains spécialistes n’hésitent pas à dire que cette année il découvre le haut niveau avec l’Angleterre. Guardiola assume les difficultés qu’il rencontre du fait qu’il n’hésite pas à trouver une bonne formule. Passant d’un 433 à un 352 le plus souvent possible, il cherche à trouver un équilibre avec des joueurs instables physiquement. Malgré ces ajustements, il ne changera jamais d’idées, il doit et va mourir avec. Des joueurs n’ont pas la qualité qu’exige le coach catalan, ce qui crée à la fois un handicap dans ses choix et dans le jeu qu’il veut produire. Des changements vont pouvoir créer un renouveau dans un effectif à la fois vieillissant et limité à certains postes. Comme tous entraîneur; laissez-lui du temps.

Monaco passe après une double confrontation folle et digne de la Champions League comme on les aime. Pour le prochain tour, ils retrouveront une équipe aussi joueuse et aussi prometteuse qu’elle : le Borussia Dortmund. En ce qui concerne City, le parcours européen est fini pour cette saison avec des regrets et des interrogations sur les qualités intrinsèques de l’effectif.

 

Credits photo : McManus/BPI/Shutterstoc/SIPA