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Le football est un art exceptionnel. Imaginez le ballon comme un pinceau : durant 90 minutes, on doit réaliser la meilleure œuvre possible. Pour atteindre ce résultat, il faut distinguer plusieurs types d’artistes : les fondateurs, qui sont les plus basiques dans leur choix, les finisseurs, qui sont là pour mettre les derniers coups de peinture, et le reste. Le reste, ce sont les magiciens, ceux qui laissent leur imagination et leur talent se téléporter dans leurs jambes pour transformer une action basique en un chef d’oeuvre. Mahmoud Dahoud en fait partie…

Un petit homme qui répond toujours présent

A l’heure actuelle, le football regorge de milieux de terrain exceptionnels, qui règnent depuis longtemps, Modric, Iniesta, Vidal (liste non exhaustive) et des révélations/confirmations comme Verratti, Kanté, Thiago ou Pogba (liste toujours non exhaustive). Parmi tous ces grands joueurs, la comparaison est vite faisable entre les jeunes pousses qui toquent à la porte du très haut niveau et ceux qui y sont déjà présents.

On entend souvent durant les débats « oui mais untel a mis plus de buts, untel a délivré plus de passes décisives ». Si on rentre dans ce jeu-là, Mahmoud n’a pas à se cacher.

Débutant une carrière professionnelle à l’âge de 19 ans, le futur international allemand aligne des chiffres très encourageants et prometteurs. Après une blessure contractée durant la préparation de la saison 2013/2014, où il a été excellent, il doit renoncer à cette année sportive. De ce fait, il commence sa carrière professionnelle la saison suivante. Elle n’est pas très productive, avec seulement 21 minutes jouées sur 2 pauvres matchs mais ce sont clairement deux apparitions d’apprentissage et pour faire comprendre au public qu’un génie arrive très bientôt…

En 2015/2016, il rentre dans les plans de Favre et Schubert. Capé 32 fois (dont 6 en tant que remplaçant), le magicien syrien affiche des statistiques marquantes avec 5 buts et 8 passes décisives pour sa première saison complète au haut niveau. Aligné aux côtés de Granit Xhaka, ses passes sont aussi précises que son cuir chevelu : 83,7% de passes réussies en moyenne. C’est une saison qui lui permet de marquer les esprits et de faire comprendre que Mahmoud Dahoud est un nom à cocher dans les futurs talents à l’avenir.

On attendait une confirmation ? L’espoir allemand n’avait pas besoin qu’on lui demande. Cette saison, son influence directe est plus basse que lors de l’exercice précédent mais toujours aussi correcte. Il est actuellement à 5 passes décisives et un but en 25 matchs joués. Encourageant.
Mettons nous dans le contexte : Dahoud a connu 3 entraîneurs en 2 ans avec Favre, Schubert et Hecking actuellement. Pour un jeune joueur, le changement constant d’entraîneur peut amener un manque de temps de jeu ou de stabilité mais pour Mahmoud, aucun souci. Chaque entraîneur arrivé au poste a compris qu’il fallait compter sur lui dans l’équipe pour pouvoir gagner des matchs

Après une analyse statistique de la façade en or, rentrons plus dans les détails de tous ces chiffres. Beaucoup diront « ces chiffres ne représentent rien » « c’est pas beaucoup ». Blablabla.

Voici un tableau représentatif des milieux centraux les plus productifs en Europe dans les 4 plus grands championnats de 2013 à 2016. De gros noms comme Kroos, Vidal ou Touré par exemple font partie de cette liste, logique quand on connaît l’influence de ces derniers. Et lorsque l’on voit Dahoud, vous commencez à comprendre qu’il faut le prendre au sérieux. Classé à la 2nde place, il a un ratio de 0,61 buts/passes décisives par match durant la période estimée. C’est quasiment un but/passe décisive tous les deux matchs. Lorsque l’on compare à Strootman, c’est encore plus impressionnant. On remarque que l’international néerlandais a joué plus de matchs sur 2013-2016 et a un ratio de 0,44 buts/passes décisives par match.

L’influence et l’importance de la pépite allemande se résume en une phrase : Mahmoud Dahoud a le plus faible taux de matchs joués mais a le second ratio but/passes décisives par match. C’est très fort.
Intéressons-nous plus précisément à la saison actuelle. Privé d’un Granit Xhaka parti du côté de l’Emirates Stadium, le jeune homme originaire d’Amuda devait prendre plus de responsabilités.

Etant un joueur polyvalent, il a joué aux 3 différents postes axiaux du milieu de terrain. Cela s’explique par le fait que Mo est capable de s’adapter aux demandes de son entraîneur, il a les qualités pour ratisser, se projeter ou jouer entre les lignes. Cette facilité à changer de profil selon les demandes permet au coach d’utiliser Dahoud à différents postes en cas de changement de système ou d’absents majeurs. Mais son rôle, là où il excelle, c’est en tant que milieu relayeur.

La Syrie doit être fière

Pendant qu’Al Assad s’obstine à rester au pouvoir et détruit des millions de vies, certains prennent l’initiative de fuir leur pays d’origine pour trouver refuge du côté de l’Europe. Si d’aucune veulent arrêter cette arrivée d’immigrés, d’autres profitent du génie et du talent qu’a pu amener ce flux. Merci l’Europe de nous avoir révélé un crack.

A ce poste, beaucoup de critères peuvent être jugés pour définir le niveau du joueur. Un bon milieu relayeur doit être capable de s’adapter à toutes les situations défensivement et offensivement donc plus il est complet, plus il sera monstrueux. Concernant le jeune Syrien, on remarque qu’il excelle dans certains domaines qui font de lui un élément essentiel des Poulains.

Exemple de l'activité de Mahmoud Dahoud face à Schalke 04
Exemple de l’activité de Mahmoud Dahoud face à Schalke 04

Toujours en mouvement, sa présence est essentielle dans la récupération du ballon dans plusieurs zones du terrain (2,36 ballons récupérés par match) Mahmoud épaulant un Kramer parfois débordé. Il est intelligent et lit le jeu très bien, il n’a pas peur de salir le short et est un ratisseur correct (3,24 tacles par match). Provocateur dans les phases avec le ballon, Mo est essentiel pour son équipe lorsqu’il va chercher le duel technique (1,26 dribbles réussis par match). Cela permet de faire remonter parfois un bloc équipe en difficulté en cassant des lignes par ses projections. En plus de prendre des risques, il arrive à être peu handicapant puisqu’il perd peu de ballons (1,29 ballon perdu par match).

Si on le compare à un joueur réputé provocateur comme Marco Verratti (1,8 ballon perdus par match), dans les projections, on remarque qu’il n’a rien à lui envier. En plus de cette prise de risque réussie, il est aussi très propre techniquement dans son exécution. L’international espoir allemand rate à peu près 1 contrôle par match alors que l’Italien est moins propre (1,4 contrôle raté par match).

Provoquer c’est bien, mais si dans le jeu on n’a aucune influence dans un rôle de milieu relayeur, ça ne sert à rien. Peu de personnes ont le niveau de Matuidi sur ce point. Pour le Syrien national, on remarque que Monchenglabach se base principalement sur les qualités et les capacités de Dahoud pour organiser le jeu. Tous les ballons passent par lui pour orienter, décaler, ou envoyer sur orbite ses coéquipiers.

Malgré tout, aucun joueur ne sera parfait et ça ne sera pas non plus le cas de Mahmoud. Mais des défauts, il en a peu et pour son âge, c’est impressionnant. Premièrement, c’est un joueur qui n’arrive pas à être efficace dans le jeu aérien. On peut expliquer cela par le fait que c’est un petit gabarit (1m76) qui affronte généralement des monstres physique dans ce domaine. Imaginez juste qu’entre Mario Gomez et lui, il y a 13 cm d’écart. Vous voyez la différence. En plus de ça, c’est un joueur qui prend trop de risques. Il se précipite trop rapidement dans ses choix, perdant des ballons très importants (même s’il en perd peu) et créant des actions pour ses adversaires alors que son bloc équipe est en crise de temps (cf 2-0 Fiorentina-Monchenglabach).

Pour le plaisir des yeux

Les statistiques ne définissent pas tout, et surtout pour décrire un joueur de football. Voici un clip vidéo regroupant les meilleures actions de Dahoud lors de la première partie de saison 2016-2017 permettant de vous faire voir que toute cette description n’était pas que du vent.

Actuellement dans le viseur de tous les grand clubs d’Europe et voulant partir cet été, Mahmoud Dahoud a décidé de poser ses valises à Dortmund. Le futur Borussen arrive dans une équipe compétitive avec d’énormes ambitions dans le jeu et dans les résultats. En plus d’être dans un club qui se base sur la jeunesse, l’international espoir allemand fait le meilleur choix individuellement et le club allemand aussi, trouvant enfin le remplaçant de Gundogan. Une chose est sûre : vous allez entendre parler de Dahoud pendant encore des années.

« Vive la vie, vive le football, vive Mahmoud Dahoud ».

Crédit photo : buzz.eurosport.de