1

De nos jours le football est un formidable vecteur d’intégration dans la société. Il permet de se retrouver dans un stade, dans un café ou autour d’un repas pour parler, débattre de tout ce qui touche au sport roi. Parler ballon est à la portée de n’importe quel amateur, et c’est aussi ça la beauté de ce sport. Malheureusement, le foot ressemble de plus en plus à la société avec les défauts qui la caractérisent. Aujourd’hui, des personnes malfamées utilisent le football pour exprimer leurs règles et leurs désirs. Alors qu’elle a du mal à se faire accepter dans le football moderne, la communauté Ultra est salie par des hooligans, des xénophobes, des politiciens ou des idiots. Analyse de la gangrène qui pourrit le supporterisme.

(Première partie à retrouver ici)

L’idiotie

Ce point est difficilement explicable. Il touche de nombreux clubs et supporters à des degrés différents. Boca Juniors, la Roma ou l’OM ont été atteints par la connerie de leurs supporters. Il arrive que la passion prenne le pas sur la raison au point qu’on en perde son objectivité. Mais la réaction de l’amoureux de son club dépasse le stade de l’entendement, il devient juste idiot.

La rivalité entre clubs est souvent la cause de ces actes irresponsables et incompréhensibles. En 2015, Boca Juniors reçoit River Plate en huitièmes de finale de la Libertadores. Personne ne s’attend à un tel scénario. Du gaz pimenté va être pulvérisé dans le tunnel avant que les joueurs de River ne rentrent sur la pelouse. Un acte ignoble de la part d’un supporter qui a été pris la main dans le sac par une caméra de la Bombonera. Pour les hinchadas du club, cela fait partie du charme du Superclasico et restera dans les annales. Le problème est qu’un tel acte fait le tour du monde et devient une mauvaise publicité pour le football argentin. Déjà gangrené par la violence, l’Argentine voit ces agissements se rajouter au mal du supporterisme. Cet acte va pénaliser le club puisque Boca va perdre sur tapis vert et recevoir 200 000 euros d’amende.

La même chose va arriver à l’AS Roma, de manière différente mais tout aussi controversée. Le club de la Louve est habitué aux situations qui n’ont ni queue ni tête. Jouer pour le club de la capitale italienne a très peu d’équivalent en matière de pression. Que ce soit pour les joueurs ou les entraîneurs, l’attente est différente à Trigoria. L’engouement autour de la ville ressemble à celle qu’on peut voir à Buenos Aires, Istanbul ou Athènes. Imaginez l’exigence des supporters et une ville qui s’enflamme rapidement dans le bon ou le mauvais sens, et vous avez l’un des pires contextes d’Europe. A l’aube de la saison 2004-2005, le club est proche de l’explosion. Début de saison retardé, changement de coach avant l’ouverture de la Serie A, départ de Samuel au Real et du duo Capello-Emerson à la Juventus, la Roma est en difficulté. Pour son premier match de Ligue des Champions, les coéquipiers de Philippe Mexes sont menés à la mi-temps face au Dynamo Kiev. Proche de la crise des nerfs, un supporter va péter un plomb et jeter un briquet sur l’arbitre du soir, Andres Friks. Le Suédois va saigner de manière abondante et le délégué de l’UEFA va arrêter le match de manière définitive, la sécurité des arbitres ne pouvant plus être assurée.

Si la situation s’est apaisée chez les supporters avec le temps, ils ont développé une autre forme d’idiotie qui a semé la discorde dans le monde Ultra. Quand la préfecture de la Roma a mis en place les barrières dans la curva sud, elle a provoqué la fureur des supporters au point où les tifosi ont déserté le Stadio Olimpico. Une décision louable d’après certains groupes de supporters, une décision idiote pour d’autres. En effet, c’est le club et les joueurs qui sont pénalisés. Jouer dans un stade avec 20 000 supporters fait mal. Une situation qui s’est aggravée au point où 12 000 places seulement avaient été vendues à 3 jours du retour entre la Roma et l’OL. Pire, un derby face à la Lazio Rome s’est joué dans un stade à moitié vide.

Un cas de figure différent est arrivé à l’Olympique de Marseille en 2012, et ce, pour des raisons différentes. Pour la première fois depuis 1993, l’OM joue un quart de finale de Ligue des Champions face au Bayern Munich. Le club est en pleine crise sportive et la coupe au grandes oreilles reste la bouffée d’oxygène de la saison.  Mais certains groupes de supporters vont en décider autrement. Une grève des encouragements aura lieu contre Nice puis le Bayern en signe de protestation. Les mauvais résultats ne passent plus, on demande à Deschamps et ses joueurs de se casser (coucou les South Winners), et on assume complètement de ne pas chanter. Cette grève relève aussi d’un des maux qui polluent le foot français, c’est l’amnésie. Car les supporters de l’époque ont oublié que la Desch a permis au club de faire un doublé la première saison et de terminer deuxième la seconde avec une deuxième Coupe de la Ligue et que l’actuel sélectionneur des Bleus est une vraie légende à Marseille.

L’amnésie

Définition d’amnésie (non féminin, du grec amnêsia) : « Affaiblissement ou perte de la mémoire temporaire ou définitive. L’incapacité de se souvenir ». Synonymes : football français, supporters de Valence, supporters du Milan.

Une réalité éclate mais elle est toujours difficile à accepter pour certains amateurs : la France n’est pas un pays de football. On s’en rend compte  à travers les médias, dans les paroles des dirigeants mais surtout en observant l’attitude des supporters. Si certaines villes font figure d’exception comme Marseille, Saint-Etienne et Nice où la passion est présente et les supporters savent de quoi ils parlent, la donne est différente dans le reste de la France. Le foot est devenu tellement à la portée de tout le monde que des observateurs du dimanche sont mis au même niveau que les amoureux du sport roi. Les vrais supporters en sont les premières victimes et ça se ressent dans les stades. Le public de l’équipe de France en est l’un des plus grands reflets.

Le public français est étiqueté comme étant « Footix ». Faire du cas par cas serait trop long tant on possède des casseroles à ce niveau mais l’amnésie des supporters de l’EDF est généralement conjugué à une schizophrénie aiguë. Le fan basique va siffler Benzema à son entrée en jeu face à l’Australie à la 45ème parce qu’il n’a plus marqué depuis plus de mille et une minutes (et c’est le cas de le dire). Mais il va scander son nom lorsqu’il marque quelques minutes après. Tout ça en l’espace de moins d’une mi-temps. C’est aussi celui qui va exploser de joie quand Gallas va marquer contre l’Irlande sur une main de Thierry Henry. Mais qui va demander sur l’After Foot ou dans le JT à ce que le match soit rejoué parce que mettre la main ne se fait pas. Cette approche bizarre est due à un manque cruel de connaissances en matière de football. Suivre une équipe,  lire des avis tranchés ou les journaux tout les matins ne permet pas de devenir un expert. En France, on pense encore cela.

En Espagne, la donne est différente. La culture foot est une des plus appréciables du continent. Passion, connaissance, jeu, tout est fait pour que l’amateur s’y retrouve. Mais un phénomène difficilement explicable existe chez certains clubs. Le FC Valence est peut être le meilleur exemple à développer. Le club Ché est considéré comme l’un des plus grands du pays mais il possède avec le Real Madrid les supporters les plus durs d’Espagne. Pas en termes de violences, mais les aficionados sont très exigeants en matière de résultats et de football. Pour certains, cela peut s’apparenter à de la passion poussée à son paroxysme mais la vérité est ailleurs. Les supporters sont juste trop durs et se trompent souvent dans leur approche. Les cas les plus marquants sont les traitement dont ont été victimes Quique Sanchez Flores, Unai Emery et Diego Alves.  Alors que les deux entraîneurs ont amené le club au sommet (toutes proportions gardées), ils ont fini par être trahis par les supporters. En 2007, alors que le club possède dans ses rangs David Villa, Silva, Albelda, Morientes, Canizares et Quique Sanchez en chefs de file, l’enceinte du Mestalla grogne et demande au coach de s’en aller. Les aficionados jugent qu’avec un tel effectif, l’entraîneur pourrait faire largement mieux que ce début de saison. Le club est 6ème après 9 journées et toujours en lice pour se qualifier en huitièmes de finale de Ligue des Champions. Congédié en novembre, le club terminera la saison dans la seconde moitié de tableau. Une situation qui ressemble à celle d’Unai Emery qui stabilisera Valence à la 3ème place avec une grosse perte par saison durant son passage. Lessivé, le Basque décidera de partir de lui-même du côté du Spartak, laissant le club couler saison après saison. La situation de Diego Alves est pire. Véritable légende du club et présent depuis 6 ans, le Brésilien va se faire pourrir durant la fin de saison dernière. Alors qu’il revient d’une grave blessure, l’ancien d’Alméria retrouve son poste de titulaire et va être l’auteur de matchs très médiocres. Le public ne va rien trouver de mieux que de l’insulter et le siffler, une situation incroyable pour quelqu’un qui est parmi les plus grands cracks de l’histoire du club.

Au Milan, c’est le dernier match de Paolo Maldini qui a suscité la colère de ses propres tifosi. Une relation très compliquée entre les deux parties qui dure depuis des années et qui a accouché d’un « jubilé » mouvementé. Lorsque le capitaine entame son tour d’honneur, la Curva Nord brandit des banderoles à l’encontre de leur légende et même un portrait de Franco Baresi avec écrit « il n’y a qu’un seul capitaine ».

L’irrespect des valeurs « Ultra ».

L’irrespect des légendes et de certaines valeurs est aussi présent dans le supporterisme. La culture Ultra a très peu de reconnaissance en France. Malgré l’émergence de nombreux groupes dans les années 90, on a tendance à cataloguer tout ce qui touche à ce monde. Pour les grandes instances, les Ultras sont des groupes de personnes fanatiques et ingérables. Cette image leur colle à la peau au point où les Ultra Marines, le Commando Ultra ou les Red Tigers ont longtemps lutté face à la répression. Mais la réalité est que ces nombreux groupes sont attachés à des valeurs morales qu’on voit de moins en moins dans la société. La solidarité, l’aide à son prochain, le respect des morts disparaissent dans le supporterisme moderne laissant place à des bagarres, des minutes de silence bafouées et des banderoles nauséabondes.

Quand Manchester United se déplace à Geoffrey-Guichard, certains illuminés trouvent le moyen de faire parler d’eux. Quelques « supporters » placés à proximité du parcage visiteur vont mimer un avion en référence au crash de Munich en 1958. Un acte assez dégueulasse pour énerver n’importe quel supporter mais suffisamment « subtil » pour éviter une quelconque suspension.

Les Stéphanois sont des petits joueurs à côté de la guerre que se livrent les tifosi du Torino et de la Juventus depuis quelques années. En effet, les deux clubs de Turin ont été victimes d’un drame chacun dans leur histoire. Le drame du Heysel pour les bianconeri, et la tragédie de Superga pour le Torino, un peu moins connue en France. Le drame a lieu en 1949 lorsque l’équipe du Toro rentre de Lisbonne après un match amical. Considérée comme la meilleure équipe du monde à l’époque, elle va disparaître après que l’avion a percuté les remparts de la basilique de Superga. Un crash qui a marqué l’Italie et le club du Torino. Chez les supporters, on ne rigole pas avec les morts. C’est une chose à laquelle on ne touche pas. Sauf que les supporters de la Juve n’hésitent pas à rappeler ce drame avec des banderoles insultantes du type : « quand je vole, je pense au Toro ». Les Bianconeri qui eux aussi sont victimes de la connerie humaine avec les tifosi de la Viola qui chantent des « Amo Liverpool » lorsque la Juve se déplace à Florence.

La France et  le Portugal ont aussi droit à ce genre de scénarios. Quand l’OM reçoit le PSG en 2009, les South Winners vont dévoiler une banderole qui va faire réagir : « 3 ans sans Julien, 3 ans qu’on est bien ». Ce message intervient 3 ans après la mort d’un supporter parisien tué aux abords du Parc des Princes. Le groupe s’est dédouané de cette banderole quelques semaines après mais les excuses ont été rejetées par la tribune Boulogne.

Au Pays de Fatima, c’est l’irrespect d’une minute de silence qui a fait parler. Lors de Estoril-Sporting, les Leones vont boycotter la commémoration d’Eusebio. Les supporters Sportinguista lui reprochent d’avoir quitté le club pour le Benfica. Considéré comme un traître par les Verde e Brancos, ils n’ont pas voulu lui rendre hommage, entraînant la consternation dans le pays.

Ces sont des actions qu’on finit par vite oublier mais qui polluent le supporterisme depuis de nombreuses années. Malheureusement, ce genre de fait divers finit par être relayé par les grands médias et donnent une fausse étiquette aux supporters. Tout n’est pas tout noir, la majorité de ces actions ne sont dues qu’à des petites minorités qui veulent faire parler d’elles. Car le supporterisme et le monde Ultra, ce sont aussi les supporters du Feyenoord qui chantent « You’ll never Walk Alone » en hommage à la mère de Tonny Vilhena décédée quelques jours auparavant ou les supporters de l’Inter qui demandent aux tifosi d’Italie de respecter les morts (Superga, Heysel, respect pour les morts!!!). Avec le temps et l’avancée des mentalités, le but serait de voir plus d’actions, c’est de cette manière qu’on pourrait espérer voir l’opinion changer concernant le supporterisme. En attendant, prenons notre mal en patience et valorisons les superbes actions que peuvent mettre en place les supporters et groupes de supporters.

 

Crédits photos : Silvia Lore/NurPhoto