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Vingt et un ans. Vingt et un ans que la Vieille Dame n’a pas soulevé le précieux graal. Après une finale malheureuse perdue contre un Barça inarrêtable et emmené par la fantastique MSN, la Juve avait connu une énième désillusion. Mais tout laisse à penser que cette année sera la bonne.

Un recrutement qui s’avère payant

Dani Alves venu pour prouver qu’il reste le latéral préféré de ton latéral préféré, Pjanic pour illuminer un milieu déjà brillant, et Higuain pour s’imposer comme buteur indiscutable d’une équipe prétendant au titre suprême. Les noms parlent d’eux mêmes. Un recrutement quatre étoiles pour passer un cap dans la plus grande des compétitions européennes. L’adaptation de ces trois éléments se passe à merveille. Papi Alves s’adapte à chaque système d’Allegri, Higuain a scoré dix-neuf fois rien qu’en Série A, et Pjanic alterne entre coups francs dans la lucarne et caviars délicieux chaque week-end.

Mais ce recrutement ne s’arrête pas ici. D’autres noms sont tout aussi attrayants : Mehdi Benatia comme solution de rechange derrière, Marko Pjaca, une jeune pépite croate ayant démontré de belles choses à l’Euro 2016, mais également Tomàs Rincon, étrangement sous-côté, et arrivé cet hiver en provenance du Genoa. Ces trois joueurs, chacun dans leur style et selon leurs capacités, participent au recrutement réussi du géant turinois.

Une autre excellente nouvelle est à souligner : le Colombien Cuadrado, brillant l’année dernière avec la Vieille Dame, voit son prêt prolongé d’une saison supplémentaire. Les intentions semblent donc claires : s’affirmer comme un candidat sérieux au sacre européen en mai à Cardiff. Mais le recrutement ne fait pas tout, un assemblage de talents purs ne suffit pas, il faut savoir les utiliser.

Le crack Max Allegri

Un temps décrié lors de son arrivée, un temps annoncé sur la sellette, Massimiliano Allegri a su faire taire les plus sceptiques. Le départ d’Antonio Conte laissait des supporters sur leur faim, et Allegri en avait bien conscience. C’est pourquoi il a pris la Juve avec beaucoup d’humilité et de sérieux. Il n’a cessé de travailler pour un résultat finalement rapide : un doublé Coupe-Championnat et une finale de Ligue des Champions, et ce, dès la première année.

Son bilan en Ligue des Champions avec la Juventus ? Une finale en 2015, et un huitième de finale en faisant au moins jeu égal avec le Bayern Munich en 2016, dans un match apparu trop tôt dans la compétition.

Allegri est un entraîneur qui sait se remettre en question quand ça ne va pas, et qui change de système quand il ne convient plus à la situation. En témoigne la reconfiguration tactique apportée après la défaite contre la Fiorentina le 15 janvier dernier, en 3-5-2. Depuis ce revers, la Juve est passée en 4-2-3-1 et a gagné 13 fois en 14 matchs avec ce système de jeu.

Cet entraîneur possède une grande science tactique, mais a également la capacité de mettre les joueurs dans les meilleures dispositions possibles afin d’exploiter au mieux leur état de forme du moment. Bref, un crackito.

Une polyvalence tactique

Le célèbre 3-5-2 – oui, quand il est bien mis en place, ça marche – de la Juve n’est plus immuable. Il doit souvent laisser la place à d’autres systèmes concoctés par Mister Allegri.

Le 4-3-1-2, le 4-3-3, le 4-2-3-1. Voici l’ensemble des configurations tactiques de la Juventus cette saison. Et ces dispositions ne sont pas éphémères. Elles ont toutes été utilisées environ une dizaine de fois chacune.

Des matchs importants remportés par la Juventus de Turin dans des dispositifs différents en sont l’illustration parfaite. Le match gagné contre Naples le 29 octobre dernier l’a été en 3-5-2. Le succès à Séville le 22 novembre a été acquis en 4-3-3. La Roma a elle aussi fait les frais de cette polyvalence, et s’est inclinée face à une Vieille Dame en 4-3-1-2, le 17 décembre. Le déplacement gagnant à Porto du 22 février a vu la Juventus débuter en 4-2-3-1.

C’en est assez hallucinant. Les plus gros matchs de la Juventus cette saison ont été victorieux, et ce dans des schémas de jeu tous différents les uns des autres.

Un effectif ultra polyvalent

Les postes sont doublés voire triplés dans certains cas. La profondeur de banc est fondamentale pour aller loin en C1. Mais ce n’est pas tout d’avoir une trentaine de joueurs capables d’évoluer au très haut niveau, il faut bien sûr savoir s’en servir.

Là encore, les exemples ne manquent pas : Mandzukic en ailier gauche en 2017 ? Ou bien Dybala, tantôt meneur de jeu, tantôt attaquant de pointe ou de soutien ? Ou encore Alex Sandro ailier gauche dans un 4-3-3 ? Rien de bien extraordinaire là-dedans me direz-vous, mais c’est bien cela qui est le plus frappant : ces joueurs peuvent évoluer à différents postes selon les semaines, et ce sans que l’efficacité et la solidité de la Juve en soient affectées, bien au contraire.

Un Pjanic capable d’être excellent aussi bien en récupérateur qu’en relayeur, mais aussi en meneur de jeu, un Khedira capable de passer son match à défendre, pour une semaine plus tard se projeter à hauteur d’Higuain, c’est là que réside la force de la Juve.

Quand d’autres écuries européennes peinent à faire la différence dans certains matchs car leurs cadres sont laissés au repos, la Juve, elle, n’a aucun problème de rotation car l’intégralité de ses joueurs s’adapte au schéma mis en place par l’entraîneur, si bien que l’on ne voit aucune différence, tant le système est solide et parfaitement respecté. C’est la définition du collectif.

Cet effectif pléthorique est probablement l’un des plus polyvalents de la planète foot.

Intraitable à l’extérieur

Ce n’est un secret pour personne, les matchs à l’extérieur sont fondamentaux pour aller loin en Ligue des Champions, notamment avec la règle du but à l’extérieur, qui compte « double ». Et dans ce domaine, on peut affirmer que la Juventus excelle sur la scène européenne.

En quatre matchs à l’extérieur disputés, dont trois en poules, la Juve compte tout simplement quatre victoires. La victoire la plus marquante est celle acquise à Séville (1-3), ex-prétendant au titre de Liga, et concurrent direct pour la première place du groupe. Le Parc OL et le Stade du Dragon de Porto font partie de ces stades conquis par une Juventus qui voyage bien. Le très modeste Dynamo Zagreb s’est évidemment incliné lui aussi.

La Vieille Dame supporte donc très bien la pression loin de ses terres, et cet élément peut faire la différence par la suite lors d’affrontements contre des équipes potentiellement supérieures.

Le championnat est déja gagné

Attention, cette avance peut être perçue comme handicapante lorsque l’objectif final est la coupe aux grandes oreilles. Pour la Juventus, ayons une vision optimiste mais clairvoyante. La Vieille Dame gagne le championnat depuis 2012 sans interruption, alors autant vous dire qu’elle en a vu d’autres.

Avec un total de 74 points en 30 journées, et avec 6 points d’avance sur son dauphin romain, elle est presque assurée de gagner un sixième Scudetto consécutif.

L’écart comptable a bien sûr son importance, mais c’est bien l’impression générale qui fait la différence cette saison : la Juve présente une facilité déconcertante à écraser avec la manière son championnat domestique. Un relâchement serait très étonnant, étant donné que l’effectif tourne et apporte globalement satisfaction.

L’écart entre la Juve et la Roma n’est pas monstrueux, ce qui permet aux hommes de Max Allegri de maintenir un niveau de vigilance assez élevé tout en sachant qu’ils seront de nouveaux les rois d’Italie en mai prochain.

Nous vous l’assurons, les Juventini ne seront pas dans le cas du Bayern Munich en 2015, qui a gagné son championnat en mars de la même année, et qui a tout simplement arrêté de jouer par la suite, provoquant alors son élimination en demi-finale de la Ligue des Champions par Barcelone.

Dire que la Juventus aurait ses chances, notamment à cause de l’absence de prétendants nettement supérieurs en apparence, est trop facile. Les Bianconeri ont bel et bien leur destin entre leurs mains. Cela ne dépend que d’eux. Le statut et la solidité actuelle de la Juve devrait leur permettre de n’avoir peur de personne, même pas d’un Barça euphorique et plus dangereux que jamais.

Tous les voyants sont donc plus que jamais au vert, dans une Juventus qui a rarement paru aussi forte depuis sa prise de pouvoir nationale.

Rendez-vous le 3 Juin au Principality Stadium.

Crédits photos : Matteo Ciambelli/NurPhoto

@IyadKha