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Le ton est donné, le sujet brûlant. La simple lecture de ce titre entraîne un rire général dans la salle. La Ligue 1, la farmer league? Le futur meilleur championnat? Et pourtant.

Partie I : L’évolution positive des cadors du championnat de France

Un vent nouveau souffle en Ligue 1. Un championnat n’est jamais tiré vers le haut que par ses plus grandes équipes et celles-ci ont connu une évolution considérable en 10 ans.

Le Paris Saint-Germain, évidemment, est le club à l’évolution la plus notable.

Sportivement, un bond phénoménal a été effectué depuis le rachat du club en 2011 par QSI, avant quoi le club luttait, globalement, pour les 5 premières places et ce après avoir mangé son pain noir et frôlé la relégation de longues années. Membre régulier de la phase éliminatoire de la Ligue des Champions, vainqueur de la Coupe de France, de la Coupe de la Ligue, du Trophée des Champions et, évidemment, de la Ligue 1, le club phare de la capitale française a considérablement relancé sa dynamique au point d’espérer, à terme, décrocher la Ligue des champions. Ainsi, les franciliens sont désormais dotés d’un effectif majoritairement composé de joueurs de classe mondiale tels qu’Edinson Cavani ou Marco Verratti et, également, de joueurs du cru à l’image d’un Adrien Rabiot ou de Presnel Kimpembé.

Financièrement, le club est doté d’un budget de 500 millions d’euros, du jamais vu en Ligue 1, ce qui le place 4ème des clubs européens. Les revenus merchandising ont explosé, passant de 11 millions en 2011 à 45 millions en 2016. Le contrat équipementier est lui aussi le plus élevé de Ligue 1 avec plus de 20 millions fixes (ce montant pouvant donc augmenter) versés par l’étasunien Nike du côté de la Porte de Saint-Cloud. Bref, beaucoup de voyants sont au vert du côté du Paris Saint-Germain qui, après la claque reçue face au FC Barcelone, peut, d’après les déclarations récentes de Nasser Al Khelaïfi, espérer voir de nouveaux joueurs confirmés au plus haut niveau rejoindre les rouge et bleu.

L’AS Monaco, devenu le principal concurrent de Paris, a connu de sacrées variations dans son projet depuis le rachat du club par le milliardaire russe Dmitry Rybolovlev. Le club, alors en Ligue 2 et fortement menacé de relégation en National, a vu d’emblée de lourds investissements être effectués pour le maintenir avec notamment les arrivées du goleador Ibrahima Touré et des toujours monégasques Nabil Dirar et Daniel Subasic.

Une fois maintenu, à nouveau, le projet s’est voulu ambitieux et les investissements lourds, avec la signature de Claudio Ranieri et, parmi nombre d’autres arrivées, le transfert le plus cher de l’histoire de la Ligue 2 en la personne de Lucas Ocampos. Immédiatement champion de seconde division, le club investit 160 millions d’euros pour son retour en Ligue 1 et décroche les signatures de James Rodriguez, Radamel Falcao et Ricardo Carvalho notamment et ce malgré l’absence de toute compétition européenne.

Entre temps, d’importantes perturbations forcent le club à modifier ses plans puisque la LFP exige 50 millions d’euros en guise de compensation pour les avantages fiscaux dont dispose le club de la principauté et Rybolovlev est empêtré dans un divorce qui va dilapider une bonne partie de sa fortune. Contraint à changer de cap, le club, pourtant 2ème, renvoie Ranieri pour confier le poste à Leonardo Jardim et attribue à Luis Campos le poste de directeur technique chargé de structurer la cellule de recrutement et de dénicher de nombreuses opportunités pour le club.

Monaco mise désormais sur les jeunes avec, pour têtes d’affiche, Kylian Mbappé, Anthony Martial (parti pour 80 millions d’euros bonus compris à Manchester United), Thomas Lemar, Fabinho etc..
La réussite se veut immédiate et le club se qualifie en 2014 pour les quarts de la Ligue des Champions puis à nouveau en ce mois de mars 2017. Le club a systématiquement joué le podium de Ligue 1. Cette saison 2016-2017 grandiose qui voit l’équipe, meilleure attaque d’Europe, toujours engagée en Ligue 1 (première à la 31 ème journée) et en Coupe de France (qualifiée en demi), et fraîchement défaite en Coupe de la Ligue (finale perdue face au PSG), pourrait être historique pour le club princier. Monaco, malgré les secousses connues en 2013, maintient une réelle réussite sportive qui détonne et dont l’Europe toute entière a eu connaissance avec l’élimination du Manchester City de Pep Guardiola par la bande de copains du centre de la Turbie.

L’Olympique Lyonnais, inévitable cador de Ligue 1 depuis plus de 17 ans, est un incontournable de la Ligue 1. Après avoir marché sur la France entière de 2002 à 2008 avec 7 titres de champion de France, le club rhodanien a connu un coup de moins bien à l’orée de la décennie actuelle. L’échec de Claude Puel en tant que manager général du club et la construction du projet cher à Jean Michel Aulas, le formidable Parc OL, ont obligé le club à réduire la cadence.

Néanmoins, de par un centre de formation extrêmement performant et qui a construit l’équipe dans sa quasi totalité (Lopes, Umtiti, Tolisso, Lacazette, Fekir …), les hommes de Rémi Garde, puis Hubert Fournier, puis Bruno Génésio, ont su maintenir un niveau intéressant en Ligue 1 avec une troisième place en 2011 et 2013 et une deuxième en 2010, 2015 et 2016. Le Parc OL, justement, est le principal point d’optimisme pour le club. Il a permis une explosion des revenus et notamment du budget, celui-ci culminant à 235 millions en 2016-2017. De plus, l’arrivée d’investisseurs chinois dans le capital du club qui, rappelons-le, est coté en bourse, a permis de réduire la dette du club de 100 millions d’euros et d’entrevoir ainsi un avenir radieux.

Doté du président probablement le plus compétent en Ligue 1 (malgré ses excès), l’Olympique Lyonnais est une institution extrêmement bien structurée administrativement, jouissant d’un centre de formation flambant neuf qui renouvelle constamment l’équipe première ainsi que d’un plan à long terme cohérent et lui permettant d’envisager l’avenir avec sérénité. Les rhodaniens, pionniers en Ligue 1 dans bien des domaines, restent un club phare du championnat de France et possèdent une marge de progression très intéressante. La dette se rétractant, le club peut, de nouveau, se permettre quelques folies sur le marché des transferts avec l’arrivée cet hiver du pari – pour l’instant gagnant – Memphis Depay et l’annonce d’investissements à venir cet été par le président Aulas.

Sportivement, le club assure une honnête 4ème place en Ligue 1 à l’heure actuelle et est qualifié en quarts de finale de la Ligue Europa après avoir terrassé l’AS Roma, le tout sous la houlette d’un Bruno Génésio pourtant très décrié.

L’Olympique de Marseille, légende de Ligue 1, est bien le club français qui ne laisse jamais indifférent. En 10 ans, les phocéens ont connu 5 présidents, 9 entraîneurs. Cette instabilité chronique n’a, dans un premier temps, pas eu d’influence majeure sur les résultats sportifs des olympiens puisque l’OM a terminé à la 3ème place de Ligue 1 en 2008, vice-champion en 2009, 2011, 2013 et a remporté un championnat qui le fuyait depuis 17 ans en 2010.

Néanmoins, l’OM a joué à nous faire peur ces dernières années : la présidence de Vincent Labrune a mené le club à une instabilité chronique qui aurait pu conduire à la Ligue 2 l’an dernier, les projets sont tous morts plus précocement les uns que les autres (Projet Dortmund, Projet Draft NBA). Malgré la refonte fabuleuse du Stade Vélodrome et ses 67 000 places, un contexte extrêmement morose a vu l’effectif olympien être totalement dilapidé en 2 ans, les perspectives d’avenir devenir inexistantes et le risque de quasi guerre civile entre le club et ses supporters grimper.

L’arrivée de Franck McCourt et son nouveau projet est un véritable rayon de soleil pour le peuple marseillais. Résumer les problèmes qu’a connu l’Olympique de Marseille ces dernières années nécessiterait un dossier spécialement dédié mais ce n’est pas l’objectif. Il convient d’observer l’avenir et celui-ci est probablement, pour l’OM, le plus intriguant et excitant de Ligue 1.

L’OM Champions Project a entraîné, dès les 100 premiers jours de la présidence de Jacques-Henri Eyraud, une vague de licenciements au sein du club, comme un adieu à l’héritage Louis-Dreyfus. La restructuration du secteur administratif n’a pas laissé en reste le secteur sportif puisqu’Andoni Zubizarreta ainsi que Rudi Garcia sont arrivés au club. Un vent nouveau s’est mis à souffler sur Marseille et celui-ci a entraîné un retour progressif au stade de supporters humiliés par des années d’incompétence.

Avec 45 millions d’euros dépensés au mercato d’hiver et les arrivées de Morgan Sanson, Patrice Evra, Dimitri Payet et Grégory Sertic, le club a envoyé un signal fort et le nouvel actionnaire a prouvé sa capacité financière. Misant enfin sur le centre de formation et s’apprêtant à vivre un mercato d’été que les nouveaux dirigeants n’ont cessé de présenter comme étant le véritable point de départ du projet, le club olympien s’apprête à vivre une nouvelle ère excitante qui pourrait, à la surprise générale, débuter par une 5ème place au classement et une qualification en Ligue Europa pour une saison pourtant présentée comme étant de transition. Enfin, la volonté de construire un immense centre de formation pour remplacer l’actuel – pourtant très fonctionnel – prouve le désir de construire sur la durée du côté des Bouches-du-Rhône.

Le LOSC est un cas très intéressant de Ligue 1. Champion en 2011, le club est un habitué du haut de tableau, qualifié en Ligue des Champions en 2012, 2013 et en Ligue Europa en 2015 et 2016. Locataire du bijou technologique qu’est le Stade Pierre Mauroy depuis août 2012, propriétaire du domaine de Luchin, le club est, lui aussi, bien structuré et a reçu un héritage positif de la part de Michel Seydoux.

En effet, il convient désormais de parler de la présidence de Michel Seydoux au passé puisque le club a été racheté au mois de décembre par Gérard Lopez. Ce nouveau projet passe, dans un premier temps, par des hommes forts puisque le Luxembourgeois s’entoure de Marc Ingla, ex dirigeant du FC Barcelone, et de Luis Campos, ancien conseiller sportif de l’AS Monaco donc. Dès la cession du club effective, 7 joueurs rejoignent le club nordiste, exploit notable étant donné qu’il est accompli le dernier jour du mercato. Par la suite, Gerard Lopez remplace Patrick Collot par Franck Passi, non pour construire avec ce dernier mais pour assurer le maintien en Ligue 1 du club et préparer l’arrivée désormais officielle de Marcelo Bielsa. Le club se veut à nouveau ambitieux et le projet est clair : l’achat de jeunes à fort potentiel entourés d’une colonne vertébrale solide, la formation, la post-formation avec, notamment, le possible rachat à venir du club portugais Gil Vicente et d’un club belge par le propriétaire du LOSC.

Si le flou demeure, du côté des Hauts-de-France aussi, un vent nouveau souffle. L’effectif va connaître une profonde mutation et peut s’appuyer sur un centre de formation assez performant mais, surtout, sur le formidable succès en matière de scouting et de recrutement qu’ont été les années Campos à Monaco. La Ligue 1 ne peut que se réjouir de l’arrivée d’un projet totalement nouveau en terres françaises et l’avenir permettra d’en évaluer l’envergure.

L’OGC Nice est un invité surprise de ce classement des cadors de Ligue 1. Sans faire offense aux aiglons, leur palmarès, vierge depuis les années 50 hormis une Coupe de France en 1997 et un Trophée des Champions en 1970, et leurs résultats sportifs depuis 2007 ne leur auraient normalement pas permis de figurer dans ce dossier. Néanmoins, l’arrivée de Claude Puel, impulsée par la présidence Rivière, a permis de redonner de l’élan à un club en perte de vitesse avec une quatrième place en 2014 et en 2016. Basé dans un premier temps sur un centre de formation extrêmement performant (Malang Sarr, Olivier Boscagli, Yoan Cardinale ou Vincent Koziello par exemple) cumulé à un recrutement à bas coût (Arnaud Lusamba, Jean-Michaël Séri, Wylan Cyprien etc..), Nice est aussi devenu spécialiste de la relance de joueurs en difficulté avec Hatem Ben Arfa l’an dernier et Mario Balotelli cette année.

De nouveaux investisseurs ont, là aussi, mené le club à une progression et ont notamment permis les arrivées de Younès Belhanda et Dante l’été dernier et une tentative pour Dimitri Payet et Memphis Depay cet hiver.
Désormais locataire de l’Allianz Riviera, enceinte flambant neuve de 35 000 places, entraîné par un excellent technicien en la personne de Lucien Favre, le club de la Cote d’Azur réalise une saison formidable et, à la 32ème journée, est solidement installé à la 3ème place.

Les perspectives d’avenir s’annoncent intéressantes pour les aiglons et l’étendue de la capacité financière des nouveaux propriétaires permet d’envisager un horizon radieux.

L’ASSE, club français par excellence, construit un projet pas à pas depuis 2010 sous l’égide de Christophe Galtier. Le club le plus titré du championnat a enfin réussi à se pérenniser en haut du tableau et sa progression est notable puisqu’il est régulièrement qualifié pour les 8 èmes de finale de Ligue Europa et dans le top 7 de Ligue 1.

Si le beau jeu n’est pas présent, les troupes vertes font figure de petit village gaulois résistant à l’envahisseur étranger puisque se basant sur des investisseurs français entourés d’anciennes gloires du club comme Dominique Rocheteau.

Respectant son histoire – la création du musée de l’AS Saint Étienne en atteste – et pariant sur le travail et la progression pas à pas, le club stéphanois a pu profiter de l’Euro 2016 pour louer un Geoffroy Guichard agrandi à 42 000 places et toujours plus bouillant malgré les grosses difficultés rencontrées par le club il n’y a pas si longtemps. Le rachat du centre de l’Étrat en 2012 illustre cette montée en puissance des verts qui, en 2015, décident de renouer avec leur équipementier historique : Le Coq Sportif.

Si les perspectives de développement marketing semblent malgré tout assez limitées, Sainté peut compter sur une direction de qualité qui a rendu au club ses lettres de noblesse et qui réfléchit sérieusement aux meilleures stratégies à adopter pour rendre au club sa gloire passée.

Les Girondins de Bordeaux, dernier club a être étudié en profondeur, sont ceux parmi les cadors qui incitent le moins à l’optimisme. Grand monsieur de Ligue 1 avec ses 6 titres de champion de France, dont le dernier remonte à 2009 seulement, demi-finaliste de Ligue des Champions en 1985, quadruple vainqueur de la Coupe de France et triple vainqueur de la Coupe de la Ligue, le club au scapulaire connaît un sérieux coup de mou depuis le départ de Laurent Blanc malgré un coup d’éclat en 2013 avec la Coupe de France.

Rentrés dans le rang, les Girondins ont essuyé un sérieux coup de moins bien avec une stabilisation à la 7ème place. Néanmoins, avec l’apparition de réels liens avec l’Amérique du Sud, la réussite Malcom et le pari Vada en guise d’exemples, ainsi que la migration vers une enceinte ultra moderne, le Matmut-Atlantique, le club peut prétendre à mieux.

Les vieux ennemis de l’Olympique de Marseille font preuve d’une reconstruction progressive. L’arrivée à la tête du club de Jocelyn Gouvernnec, auteur d’un excellent travail tant par le jeu que par les résultats au sein de l’En Avant Guingamp, en atteste. Le retour, aussi, d’un certain investissement de la part de Nicolas de Travenost et de M6 et le pari sur les jeunes peuvent laisser augurer de lendemains qui chantent du côté des marine et blanc mais, dans l’immédiat, probablement pas de retour au sommet.

Les autres grands clubs français que sont le FC Nantes, auréolé de 8 titres de champion de France, le Stade de Reims, double finaliste de la ligue des Champions et 6 fois lauréat de Ligue 1, le Racing Club de Lens ou le Racing Club de Strasbourg notamment connaissent une trop grande instabilité pour les uns, présence en Ligue 2 pour les autres, pour figurer dans ce classement mais ne manqueront pas d’y apparaître en cas de renouveau.

La présence de coachs de haut niveau en Ligue 1 que sont Unai Emery, Lucien Favre, Leonardo Jardim, Rudi Garcia et Marcelo Bielsa, le rachat de 5 clubs en 6 ans et les bons résultats européens récents pourraient laisser à penser que la Ligue 1 a enfin décollé et s’apprête à devenir un championnat qui compte réellement en Europe. Une nuance à cette vision idyllique est donc à apporter.

La suite arrive bientôt …

@Walid

Crédits photos :  Stephane Allaman / DPPI