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Président de l’Olympique Lyonnais depuis 30 ans cette année, Jean-Michel Aulas est en réalité un fin tacticien qui use de son réseau pour parvenir à ses fins. En véritable Machiavel de la Ligue 1, il est souvent tapi dans l’ombre lorsqu’il est question de son club ou de ses concurrents. Portait de la face cachée du président de la formidable institution OL.

Sa puissance financière

Il est en premier lieu essentiel de savoir que JMA est le PDG de Cegid, entreprise de services informatiques.

Le reste des actions d’Aulas n’est qu’une vaste histoire de réseau social au sens sociologique du terme.

Dès son arrivée au club, JMA mise sur un développement économique rapide après avoir été pistonné par Bernard Tapie, alors président de l’OM. Quand il arrive, Lyon est au bord de la liquidation judiciaire et Aulas gère parfaitement la situation de manière plutôt paradoxale. Paradoxale dans le sens où il prend l’OL non pas comme un club de foot mais comme une véritable entreprise ; c’est le début du ‘’foot-business’’ en France. La purge financière de Jean-Michel Aulas a fonctionné. Mais il n’est pas seul. Après avoir assaini économiquement le club, le PDG de Pathé, Bruno Seydoux, investit 100 millions de francs en 1999, une somme très importante pour le club. Cet argent sera quasiment intégralement utilisé pour l’aspect sportif. Seulement une quinzaine d’années après son arrivée, Lyon remporte 7 championnats de France consécutifs.

Février 2007 marque l’entrée du groupe OL en bourse. Ce groupe ne regroupe pas seulement le club mais aussi la fondation, la billetterie, les partenariats, les publicités, les droits TV et les tradings de joueurs. Cette cotation en bourse paraît d’abord plutôt étonnante étant donné que les gouvernements, de droite comme de gauche, se refusent à accorder ce genre de cotation aux équipes sportives.

C’est la première fois d’une longue série que Jean-Mimi passe entre les mailles du filet. Et ce, grâce à son réseau. Aulas a employé les grands moyens pour obtenir sa cotation. D’abord via ses connaissances, notamment avec Louis Thannberger, président d’Europe Finance et Industrie, le groupe qui permet le plus d’introduction en bourse de petites et moyennes entreprises (PME) en Europe. Cet homme facilitera l’entrée de l’OL groupe en bourse. Pourquoi ? Car JMA le tient en amitié grâce à Cegid. Est-ce illégal ? Pas à proprement parler puisque le dossier présenté a été jugé recevable. Ce n’est cependant pas très moral car certaines PME innovantes ont du mal à entrer en bourse et la majorité des clubs en France se sont vus refuser cette entrée. En plus de Thannberger, René Ricol, alors président de la Fédération Internationale des Experts-comptables, l’aide dans l’élaboration du dossier. Comment était-il connu par Aulas ? Cegid, encore une fois.

Cependant, se pose maintenant la question de la puissance économique lyonnaise, notamment au niveau boursier. Alors qu’il y a dix ans, le groupe était encore une PME, il devrait normalement rejoindre la cour des grandes entreprises (GE) puisque l’excédent brut du groupe devrait dépasser les 50 millions d’euros d’ici la fin de l’année prochaine voire même plus tôt (à partir de 45 millions d’euros d’excédent brut, une PME devient une GE). Les modalités de la présence en bourse seront alors différentes pour Aulas et la question de son maintien dans celle-ci se pose donc. Va-t-il céder aux refus des gouvernements ou de nouveau faire appel à sa bande de potes ? Personne ne le sait, seul le président de club le plus stratège de France a la réponse…

Au début de l’année 2016, le formidable outil Parc OL est inauguré. Derrière cette volonté de modernisation du complexe sportif, c’est un véritable bond économique qu’a effectué le club. En cette fin de saison 2017, Lyon a ainsi fait 5,7 millions d’euros de recettes contre 3,2 millions pour la dernière période à Gerland. En plus de la hausse du prix des places, le stade accueille maintenant nombre d’événements comme des matchs de hockey sur glace. Cela permet une source de revenus supplémentaire et l’entrée dans une sorte de nouvelle dimension. En effet, à l’image du format américain, ce n’est pas qu’un stade de football ; c’est en réalité un lieu de spectacles.

Son intelligence diplomatique

Rentrons tout de suite dans le vif du sujet, c’est-à-dire le jeu d’échecs d’Aulas qui parvient à toujours placer ses pions dans les sphères dirigeantes et plus précisément dans les instances de la Ligue du Football Professionnel (LFP) qui est chargée d’assurer le bon fonctionnement de la Ligue 1 et de la Ligue 2, soit les divisions où tous les clubs sont jugés professionnels.

Commençons donc le 19 octobre 1991 lors de l’élection de Noël Le Graet au poste au poste de président de la LFP. Il est élu après une sorte de putsch des clubs influents de l’époque comme Bordeaux avec Jean-Louis Triaud, Lens avec Gervais Martel ou encore… Lyon avec Jean-Michel Aulas. Et oui, seulement 4 ans après son arrivée en Rhône-Alpes et alors que Lyon est 5ème de Ligue 1, JMA a déjà marqué de son empreinte la Ligue 1 en se glissant aux côtés de présidents emblématiques comme Martel ou Triaud.

En 2000, ces mêmes présidents échouent dans leur tentative d’élection d’André Soulier (un avocat LYONNAIS) et Gérard Bourgoin est élu à 50% +1 voix.

Mais revenons aux succès de Jean-Mimi et ses copains. En 2002, est élu Frédéric Thiriez après que la bande à Aulas a convaincu l’intégralité des présidents de clubs à voter pour lui. Son mandat dure jusqu’en 2016, soit 14 ans pour une raison principale : la hausse du coût des droits TV. En effet, ils sont passés de 271 millions d’euros en 2002 à plus de 800 millions à la fin de son mandat. Mais avec toute richesse générée, il y a forcément des perdants. Et ici, ce sont les ‘’petits’’ clubs qui ont vu leurs impôts sur ces droits TV augmenter alors que pour eux, la hausse n’était pas si significative. En revanche, il y a un grand gagnant à cette augmentation. Devinez qui. Ce n’est pas très compliqué, c’est encore une masterclass de JMA puisque la hausse des droits télévisuels coïncide avec les 7 championnats de France remportés par Lyon de 2002 à 2008. C’est donc l’Olympique Lyonnais qui va être le grand bénéficiaire de la politique menée par Thiriez qui doit sa place, entre autres, à Aulas.

Nathalie Boy de la Tour, élue en novembre 2016 marque l’accomplissement de la main-mise de Jean-Michel Aulas sur le football français. Membre du conseil d’administration de la fondation OL depuis 2012, elle est contrainte de démissionner pour « éviter tout conflit d’intérêt avec [sa] nouvelle fonction ». Évidemment, on se doute bien que si elle est arrivée ici c’est, certes, pour ses compétences mais il est très fort probable que l’occupation de ce poste ne soit pas totalement désintéressée…

Sa stratégie sportive

Quand il reprend Lyon en 1987, Jean-Mi récupère un club en construction qui a du mal à se développer. Deux ans après son arrivée, Lyon remonte en D1 et termine 8ème lors de la saison 1989-1990. La saison suivante, l’OL parvient à se qualifier en Coupe de l’UEFA et en 1999 en Ligue des Champions, une première depuis 36 ans. Comme dit précédemment, cela est en partie dû à l’arrivée d’investisseurs qui permettent notamment l’achat d’un attaquant vedette : Sonny Anderson. Parallèlement, JMA tente un coup de génie : développer le réseau sportif du club pour recruter les meilleurs jeunes des clubs locaux. La finalité de ce stratagème est l’arrivée des bons jeunes directement dans le centre de formation de l’OL.

Cette stratégie de développement s’avère payante pour deux raisons. D’abord, l’OL devient un véritable modèle de développement articulé autour d’un recrutement intelligent et de la formation. Ensuite, depuis 1996, le club n’a jamais lâché le top 8 remportant par la même sept championnats de France consécutifs, les sept de l’histoire du club.

Alors certes depuis l’arrivée de QSI au PSG, de Rybolovlev à Monaco et dans le futur de McCourt à l’OM, Lyon ne domine ni ne dominera certainement plus sportivement le football français mais le club parvient à maintenir une régularité toute bonnement impressionnante basée sur son modèle de développement. Plusieurs fois on a pensé que ce modèle était à bout de souffle, mais autant de fois Jean-Michel Aulas nous a montré qu’il avait plus d’un tour dans son sac. Ainsi, l’hégémonie hors-terrain d’Aulas n’est pas près de se terminer…

Photo credits : AFP PHOTO / CHARLY TRIBALLEAU