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Malgré une saison à 20 buts, il est peu probable que Bafé Gomis, prêté par Swansea, prolonge l’aventure phocéenne. Une situation aussi paradoxale que logique.

Il y a tout juste un an, plus personne ne voulait de l’actuel capitaine phocéen du côté du Pays de Galles. Dans le même temps, l’Olympique de Marseille est officiellement mis en vente et s’apprête à vivre un nouvel été mouvementé, entre départs de cadres et arrivées à moindre coût, impliquant surtout des prêts et des joueurs en fin de contrat. Batshuayi parti remporter la Premier League du côté de Chelsea, l’OM se retrouve alors sans attaquant. Pour le remplacer, Franck Passi fait le forcing pour attirer l’international français.

Les négociations durent mais le deal satisfait les différentes parties : l’OM prend en charge une part de son salaire et s’offre un avant-centre expérimenté, capable d’encadrer un groupe jeune, et qui est sans doute la meilleure recrue possible dans le contexte du moment. Le club gallois se décharge d’un joueur dont il ne veut plus. Quant à lui, Gomis retrouve le sud de la France avec la possibilité d’aider un de ses trois clubs de cœur à remonter la pente, tout en s’offrant l’exposition nécessaire pour négocier un dernier contrat à l’issue de la saison.

Une situation inédite

Sauf qu’entre temps, le contexte change considérablement. Le club est officiellement racheté en octobre, Rudi Garcia remplace Passi sur le banc, et le brassard lui est confié suite au feuilleton Lassana Diarra. L’aventure phocéenne de Gomis prend un nouveau tournant. Désormais capitaine et meilleur buteur d’un club auquel il n’appartient pas officiellement, il n’est pourtant pas vraiment l’une des têtes qui incarnent le nouveau projet du club, au contraire de Thauvin et Lopez, ou encore des recrues hivernales comme Sanson et Payet.

Alors que l’on s’acheminait vers une saison de transition, sans véritable objectif sportif mais dans l’espoir de vendre le club pour le mercato d’été, l’OM s’est finalement qualifié pour l’Europa League, tout en posant les premières pierres du fameux OM Champions Project. Le pari Gomis a été une réussite, puisqu’il a inscrit pas moins de 20 buts en championnat, tout en manquant un mois et demi de compétition. A-t-on déjà vu un club ne pas retenir un joueur à 20 buts, qui plus est capitaine de son équipe ? C’est pourtant ce qui risque d’arriver.

Malgré une saison convaincante et la volonté de Rudi Garcia de conserver son buteur, les intérêts de l’OM et du joueur de Swansea semblent aujourd’hui totalement diverger. Il faut dire qu’à 32 ans, et après la saison la plus prolifique de sa carrière, Gomis aurait tort de ne pas capitaliser afin d’obtenir un dernier gros contrat. De son côté, le club phocéen doit continuer de grandir, et cela passe par un joueur d’envergure à la pointe de son attaque. Un profil qui ne colle pas avec celui de Gomis.

La seule solution pour les deux parties serait donc de voir le numéro 18 rester dans un rôle de doublure. Mais l’ancien stéphanois a affirmé à plusieurs reprises qu’il ne souhaitait pas devenir un simple remplaçant, et il serait de toute façon très peu probable que l’OM accepte d’offrir le salaire souhaité par Gomis à une doublure. Voir le Toulonnais rester une année supplémentaire semble donc à l’heure actuelle utopique.

Quel profil pour le remplacer ?

Bien que le départ de Gomis soit inéluctable, sa saison aura eu le mérite de placer la barre haut. Car si l’OM décide de ne pas le conserver, il devra trouver un attaquant capable de faire au moins aussi bien que ce dernier, et donc qu’il puisse lui aussi inscrire une vingtaine de buts par saison. Un profil de plus en plus rare sur le marché, alors que les dirigeants se frotteront à la concurrence d’autres géants européens en reconstruction comme le Milan AC, mais aussi des clubs de Premier League qui seront une nouvelle fois prêts à faire chauffer la carte bancaire, et ce, même pour un vulgaire Maxwel Cornet.

Oublions donc le doux rêve de voir un jour Sergio Agüero débarquer sur la Cannebière. Selon l’Equipe, Zubizarreta pourrait rapidement passer à l’action pour Valère Germain. Le champion de France est très intéressé par le projet marseillais et le montant du transfert sera pour le moins abordable puisqu’il n’a plus qu’un an de contrat à Monaco. Cependant, son profil est différent de celui de Bafé Gomis.

Si Germain est légèrement plus complet, puisqu’il est par exemple capable de prendre plus facilement la profondeur et dispose d’une intelligence de jeu lui permettant de se fondre rapidement dans le collectif olympien, sa capacité à jouer en pivot et à garder le ballon pour faire remonter le bloc ne sera évidemment pas la même. On peut donc penser que Germain viendrait en joueur de complément, capable soit d’être associé à un autre buteur, soit d’apporter une solution tactique différente selon l’adversaire, tout en apportant une concurrence saine et importante.

Par contre, si l’OM et Garcia souhaitent rester dans la continuité du travail effectué cette saison, le profil le plus intéressant serait alors celui d’Olivier Giroud. Moins utilisé cette saison à Arsenal, le Gaulois de Chambéry devra retrouver un temps de jeu régulier à l’approche du mondial 2018, et alors que Lacazette et Mbappé frappent dangereusement à la porte de l’Equipe de France. Un retour en Ligue 1 lui permettrait ainsi de se relancer, et il y disputerait, comme à Arsenal, l’Europa League. Les dirigeants remplaceraient ainsi Gomis par un joueur qui a déjà par le passé inscrit plus de vingt buts en une saison de L1. Le profil du champion de France 2012 collerait également à la politique de recrutement de joueurs français que revendiquent parfois les dirigeants.

La relation entre Gomis et l’OM semblait évidente au départ tant leurs intérêts communs semblaient se rapprocher. Pourtant, un an plus tard, et malgré une réussite sportive irréfutable, ce sont ces mêmes intérêts qui vont les pousser à se séparer. Pour le remplacer, un ticket Germain-Giroud permettrait à l’OM de varier sa force offensive à un coût raisonnable, tout en ayant les moyens de ses ambitions cette saison : retrouver la Ligue des Champions. Avant de voir plus grand ?

Crédits photos : AFP PHOTO / NICOLAS TUCAT