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Permettre à des gosses de recevoir une éducation grâce au football, c’était le rêve de deux potes qui voulaient rendre au foot tout ce qu’il leur avait donné. Jimmy Adjovi-Boco, défenseur emblématique du RC Lens et Bernard Lama, ancien portier de l’équipe de France (passé notamment par le LOSC et le PSG), accompagnés par Saër Seck (businessman et actuel président de la Ligue sénégalaise de foot professionnel) et Patrick Vieira, vont fonder l’institut Diambars en 2003.

« Un Diambars c’est quelqu’un qui ne baisse pas les bras, quelqu’un qui se bat pour ses convictions, quelqu’un de déterminé et qui a envie d’atteindre ses rêves. Quelqu’un de humble, respectueux et qui vit avec le sourire » disait Patrick Vieira, actuel coach du New York City FC et icône d’Arsenal.

Ca va bientôt faire 15 ans que l’institut, basé à Saly au Sénégal, accueille gratuitement des enfants démunis ayant le même rêve : devenir footballeur professionnel.

Au Sénégal, tous rêvent d’un destin similaire à celui d’Idrissa Gana Gueye, la fierté locale. Il rejoint le programme Diambars en novembre 2003 et après avoir achevé sa formation, il rallie Lille lors de la saison 2007/2008 et intègre l’effectif professionnel. Lancé par Rudi Garcia, il fera le doublé (coupe/championnat) en 2011. Cette même année il honore sa toute première sélection sous le maillot des Lions de la Téranga. En 2015 il rejoint la Premier League, comme de nombreux joueurs de Ligue 1 à l’époque, et s’engage pour 5 saisons avec Aston Villa. A la différence des autres pétards mouillés, il finira par s’y imposer. Auteur d’une première saison remarquable et remarquée, il est recruté par Everton. C’est lors de cette saison 2016/2017 qu’Idrissa va véritablement impressionner l’Angleterre par son talent. L’élégant milieu défensif sénégalais participe à 32 matchs des Toffees et termine meilleur tacleur de PL avec une moyenne de 4,1 tacles réussis par match (3ème total le plus élevé en Europe après Captain Max, nouveau joueur de l’AS Rome, et le canari Valentin Rongier).

Le tremplin norvégien…

D’autres Diambars évoluent actuellement en France à l’image de Saliou Ciss qui vient de signer au SCO d’Angers en provenance de Valenciennes, ou Vieux Yaya Sané à Auxerre. Comme beaucoup de professionnels issus du programme, ces deux joueurs de 27 ans sont passés par une destination surprenante : le championnat norvégien (la Tippeligaen). Afin d’y découvrir le football européen et s’adapter au monde professionnel, ils sont arrivés respectivement en 2010 au Tromsø Idrettslag et en 2011 au FK Bodø/Glimt. On les appelle les « Diambars du Nord ». Ils sont nombreux à avoir transité par ce championnat avant d’en rejoindre d’autres plus médiatisés, dont le niveau est plus élevé et où les salaires sont bien plus attractifs. L’objectif final étant généralement d’atterrir en Angleterre.

Ce devrait être le cas pour Pape Alioune N’Diaye qui brille à Osmanlıspor depuis son arrivée dans l’équipe turque en 2015. Le vif milieu de terrain offensif est l’auteur de 11 buts et 4 passes décisives lors de sa première saison. Il contribue pleinement à la qualification du club d’Ankara en Europa League. Cette saison, il termine 4ème meilleur dribbleur de Süper Lig avec en moyenne 2,8 dribbles réussis par match. Des performances suffisamment abouties pour la presse britannique qui l’annonce du côté de West Ham. Avant de rejoindre la Turquie, cet ex-Diambars était également un joueur du FK Bodø/Glimt où il est arrivé en 2008 pour gagner en notoriété et visibilité.

Se faire un nom et une solide réputation, pour Kara Mbodj c’est mission accomplie ! Egalement passé par la Norvège, il est probablement l’actuel meilleur défenseur central de Jupiler Pro League (le championnat belge). Passé par le KRC Genk, il évolue chez le champion en titre : le RSC Anderlecht. Ce beau bébé d’1m92 est l’un des principaux artisans de la belle saison des Mauves grâce à sa solidité défensive et ses 4 buts inscrits en championnat. L’international sénégalais de 27 ans (7 sélections) attend un signe de nos meilleurs ennemis d’Outre-manche, et plusieurs écuries anglaises lui font les yeux doux.

Depuis la saison 2010/2011, ils ne sont pas moins de 10 à avoir quitté le Sénégal pour rejoindre la Tippeligaen. Ce championnat composé de 16 équipes fait systématiquement office de tremplin pour ces Sénégalais. Aujourd’hui, 2 Diambars évoluent au Tromsø Idrettslag, l’actuelle lanterne rouge. Le plus jeune, Mehdi Dioury (17 ans), est défenseur et son compatriote El Hadj Mour Samb (22 ans) attaquant. Le club poursuit sa folle série de défaites (4 sur ses 5 derniers matchs) et occupe naturellement la dernière place du classement. Le dernier est milieu de terrain au Molde FK, il s’agit d’Amidou Diop (25 ans). Lui s’en tire mieux puisque son équipe siège sur la 3ème marche du podium, derrière Sarpsborg et Rosenborg (26 fois champion de Norvège).

Pour chaque Diambars devenu pro, le club qui le recrute doit verser une indemnité de formation de 300.000€ à l’institut. A cela s’ajoute les fonds en provenance d’entreprises privées, ou des contrats de sponsoring avec des écoles et associations. L’institut dispose donc d’un modèle économique totalement viable, propice à son développement. Initialement lancées au Sénégal, les équipes Diambars sont aujourd’hui présentes en Afrique du Sud, en Europe (France, Grande-Bretagne et Norvège) et sur le continent Américain (Québec, Martinique).

« Educ-passion », c’est bien plus que du foot

Malgré une reconnaissance du monde professionnel pour ses résultats économiques, sociaux et sportifs, l’institut s’est tout de même attiré les foudres de l’autoproclamé meilleur joueur du monde : El-Hadji Diouf.
L’infréquentable ex-attaquant des Reds de Liverpool, plus connu pour ses prouesses extra-sportives que pour faire trembler les filets, déclarait il y a deux ans : « C’est un échec. […] Pendant dix, voire douze ans, Diambars n’a sorti que deux internationaux. J’allais même dire un international et demi ». Mais le bad boy se méprend, car s’il est vrai que peu d’internationaux sénégalais en sont issus, sa mission n’en reste pas moins un succès. La vision des dirigeants de Diambars dépasse complètement la sphère sportive, puisqu’elle encourage surtout le développement des pays et du continent Africain.

Conscient que tous ne feront pas du football leur profession, l’institut Diambars permet avant tout à ces jeunes de devenir des hommes capables de tracer leur propre route. On y apprend à lire, à écrire, à compter… Bref, une scolarité on ne peut plus normale, un privilège dont ne bénéficient pas 70% des enfants en Afrique. Nelson Mandela disait : « L’éducation est votre arme la plus puissante pour changer le monde ». Le football est ici le moyen de s’en sortir et tant mieux si les jeunes arrivent à percer. Passer pro n’est pas une finalité et partir dans une autre voie reste un succès.

« Ce serait bien qu’on voie des avocats, des dentistes, des médecins sortir de chez nous. Ce serait pour nous plus que des footballeurs à la limite… C’est ça qui nous intéresse et on y arrivera par le football. » Bernard Lama.

Diambars compte peut-être dans ses rangs le futur ballon d’or et qui sait, de futurs médecins, ingénieurs ou profs qui pourront contribuer au développement du continent.

Photo credits : horizonsport.files.wordpress.com