Neymar et le premier jour du reste de nos vies

Fans de football, si vous sentez encore la terre trembler sous vos pieds, pas d’inquiétude! Les secousses devraient cesser d’ici à la fin de la semaine.

Fans de football français, vos fuites urinaires sont tout à fait compréhensibles, mais ayez la décence de les camoufler par un subtil « De toute façon c’est une super nouvelle pour la Ligue 1 ».

Fans Barcelonais(es), mes bras sont grand ouverts pour vous réconforter.

Fans du PSG, je vous en supplie à genoux : enfilez au moins des sous-vêtements et arrêtez de poser vos appareils génitaux sur le premier individu avec un léger accent provençal que vous pourriez croiser.

À moins que votre grotte n’ait aucune connexion wi-fi (dans ce cas n’hésitez pas à lui mettre une note bien dégueulasse sur TripAdvisor) vous avez difficilement pu rater la saga qui a ébranlé le vieux continent – voire le monde du football tout entier – à travers le mois de juillet, faisant passer la baisse des APL pour un vulgaire fait divers de presse régionale.

Neymar, joyau du pays aux cinq Coupes du Monde et troisième du dernier Ballon d’Or, est, au moment où j’écris ces lignes, probablement entre deux avions pour régler les derniers détails de l’un des plus gros blockbusters du 21ème siècle soit sa signature au Paris Saint-Germain.

Relisez autant de fois que vous le voulez ces dernières lignes, votre surprise étant tout à fait légitime tant ce transfert paraissait encore irréaliste il y a quelques semaines.

Les gros muscles de Nasser

Évidemment, les amateurs de ballon rond que nous sommes regarderont en premier l’impact de cette transaction sur notre sport favori. Comment ne pas être impressionné (voire fasciné) par la tournure qu’a pris le mercato Parisien ? Sortant d’une frustrante saison qui lui a vu échapper la Ligue 1 et le plafond de verre des quarts de finale (étant même éliminé un tour avant cette fois-ci), le PSG se devait cet été de donner une nouvelle impulsion à son projet pharaonique, de peur de voir l’écart se resserrer avec un championnat de France de plus en plus compétitif, ainsi que de perdre du terrain sur les golgoths du football européen que Paris cherche à concurrencer à terme.

Après un été mouvementé en coulisses, le premier coup de force a été la gestion impeccable de Verratti, l’italien se préparant à aller au clash pour rejoindre… le FC Barcelone. Réussir à conserver la plus belle pioche de Paris sous QSI malgré les approches de la maison catalane (relevant quasiment du harcèlement) est déjà un formidable signe envoyé au reste du continent : Paris n’est pas un club tremplin. Toutefois un argument a semble t’il été déterminant dans ce dossier : la promesse d’une équipe (réellement?) compétitive sur la scène européenne pour la saison à venir.

Il n’en fallait pas plus pour que Nasser active un plan démoniaque qui allait complètement rebattre les cartes du football européen : la conquête de Neymar. Si de petits signes, comme un maillot extérieur aux couleurs du Brésil peuvent faire sourire, la signature de Dani Alves, arraché à une éventuelle réunion avec Pep Guardiola, était déjà un signe annonciateur de quelque chose de beaucoup plus gros.

Avec la signature de l’attaquant Brésilien c’est un véritable mouvement dans les forces du football européen qui s’opère, le PSG regagnant ainsi du terrain en arrachant l’un des meilleurs joueurs du monde à un prétendant direct à la Ligue des Champions, s’assure de garder une distance avec les clubs anglais dont le retour en puissance se fait tout autant sentir et réduit l’écart sportif avec des clubs comme l’Atletico ou la Juventus.

Seulement, la manœuvre engagée pour se payer le luxe de voir le Brésilien sous le rouge et bleu de la capitale est tout aussi effrayante pour le football qu’elle est excitante pour les fans parisiens.

Les lendemains troubles du marché des transferts

Cet article aurait été bien plus agréable s’il ne concernait que le transfert du joueur x d’un club A vers un club B. Mais la démesure ne s’arrête pas à la clause libératoire de 220 millions d’euros payée au FC Barcelone, doublant le record actuel du plus gros transfert de l’histoire établi par Pogba de la Juventus à Manchester United pour 105 millions d’euros… datant d’il y a moins d’un an.

Toutefois, selon mon humble avis, les prix des transferts ne sont que des hochets que l’on agite pour créer de l’actualité pendant les trêves estivales.

Les clubs de football ne font « que » dépenser et faire circuler de l’argent qu’il créent et qu’ils génèrent. En effet ces sommes, certes colossales, ne sont ni arrachées de nos poches, ni extorquées à qui que ce soit, même si ce sont bien nous au final, consommateurs de football qui finançons indirectement ces multi-million deals. Tout autant que la flambée des salaires qui accompagne l’inflation des prix du mercato ne fait pas des footballeurs des vautours assoiffés de billets verts.

Le footballeur de très haut niveau étant un actif retraité avant même de passer par la crise de la quarantaine, ne comptez pas sur moi pour jeter la pierre à celui qui voudra amasser le moindre centime que les pigeons que sont les clubs de football voudront bien lui payer durant les 10-15 ans de sa vie professionnelle. D’ailleurs même cette fourchette de 10-15 ans est assez trompeuse puisqu’elle insinue une carrière linéaire, faite de progressions et de salaires constants. Les contre-exemples de carrières abattues au vol par un mauvais choix de carrière, une blessure dont on ne se remet pas, ou un quelconque problème extra-sportif sont légion. En effet, petit rappel : les threads sur twitter en hommage à Adriano ou le fait de rappeler à qui veut l’entendre qu’il avait 99 en tir sur PES 2006 ne paie malheureusement pas ses factures.

On ne blâme pas un employé qui accepte un meilleur salaire dans son entreprise ou dans une autre, que l’augmentation soit méritée ou pas. La proportion gargantuesque des chiffres dont on parle dans le football ne doit donc pas non plus nous dévier de ce bon sens.

La vague de démagogie qui s’apprête une nouvelle fois à frapper le grand public à coups de « c’est scandaleux, on devrait donner cet argent aux médecins » et autres banalités n’étant basée sur rien de logique ou de censé, ne doit pas nous dévier du sujet principal.

Du moins, c’est le point de vue que j’adoptais jusqu’à ce blockbuster Neymar. En effet, si la manière dont le monde du football fait circuler son argent toujours grandissant n’a au final que très peu d’intérêt, lorsqu’un pays souverain, en l’occurrence le Qatar, peut avoir une telle influence sur le sport le plus populaire du monde, l’inquiétude me paraît légitime.

Comment justifier un montage financier d’une telle complexité pour contourner les règles (déjà plus que souples) du fair-play financier de l’UEFA ? Si ce n’est pas la première fois (loin de là) qu’un investisseur allonge le chéquier pour se payer la star du moment, le montage réalisé par le PSG cet été crée une scission définitive avec le reste du marché puisqu’il n’y a littéralement que Manchester City capable de compter sur les ressources d’un état pétrolier pour se porter garant d’un coup aussi colossal. Chaque période de transferts sera désormais le PSG contre les autres clubs, effrayés de voir leurs clauses libératoires sauter à tout moment. Ce ne serait d’ailleurs pas étonnant de voir désormais de plus en plus de clubs rechigner à accorder des clauses libératoires dans les contrats de leurs joueurs, aussi exorbitantes puissent-elles se chiffrer.

Mais une question subsiste après tout cela… Pourquoi le Qatar se déciderait t’il en quelques jours de juillet à s’engager dans un package chiffré au total entre 400 et 500 millions d’euros, salaires, bonus et primes comprises ?

Le nouveau joujou du Qatar

Puisque ni vous, ni moi n’étions de petites souris gambadant dans le palais de l’émir du Qatar, la réponse à graver dans le marbre à cette question restera un secret bien gardé.

Mais le timing de cette opération n’est certainement pas innocent. Le Qatar, mis au ban des pays arabes ces derniers mois et subissant encore la chute du cours du brut se doit de redorer son image à l’international et quel meilleur instrument de soft power pour cela que le football ?

Ne soyons pas crédules, lorsqu’un état souverain s’engage dans une opération d’un demi-milliard d’euros, ses intentions sont toutes autres que de prendre 3 points à Nantes plus facilement (tous mes respects au peuple de Loire-Atlantique) ou encore de vendre plus de maillots à la boutique PSG des Champs-Élysées. C’est là que le football se mêle une fois de plus à la politique et que les fans que nous sommes voyons notre amour du ballon instrumentalisé. « Rentabiliser » un transfert (quoi que cela puisse vouloir dire) est un souci mineur dans des enjeux qui nous dépassent tous. Neymar est maintenant, jusqu’en 2022 au moins, l’égérie d’un pays qu’il ne saurait probablement pas situer avec un canon sur la tempe, pour un montant qui mettra sa famille et ses enfants (voire les enfants de ses enfants) à l’abri pour le restant de leurs jours. Voilà la victoire diplomatique de l’été.

Mais après tout, bien en fasse à l’émirat. Le monde du football tout entier sera, sans surprise, au rendez-vous pour voir les premiers pas du Brésilien sur les pelouses de notre beau pays. La saison qui s’annonce sera encore plus remplie de drame et d’émotions que la précédente et ce jusqu’au prochain blockbuster de cette envergure. Une saison qui se jouera sur les cendres du fair-play financier, éparpillées par le vent venu de la péninsule arabique.

Bienvenue dans le premier jour du reste de nos vies.

Crédits photos : AFP PHOTO / JAVIER SORIANO

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