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Après une année haletante à suivre les exploits footballistiques des clubs champions d’Europe, c’est la reprise au pays du Fado. Nouvelle saison, changement de spécialiste, et donc forcément, nouvelle chronique ! La chronique hebdomadaire est donc renommée BFFP (bacalhaufeijão fradepresunto ; trois spécialités culinaires portugaises).

Avant d’entrer au cœur de ce magnifique championnat plein de rebondissements, il semble nécessaire d’effectuer un état des lieux des forces en présence pour la saison qui va débuter. Preview.

La team Victoire Finale

Cette année, pas de nouveauté, ou plutôt une. Les trois grands vont aligner une attaque à deux pointes. Pour Benfica, ce sera Jonas-Mitroglou. Du côté de Porto, Soares-Aboubakar. Au Sporting, on se dirige doucement mais sûrement vers l’ultra-complémentarité avec Podence et Dost.

Commençons par le champion en titre. Benfica remet son titre en jeu en essayant d’aller remporter son cinquième championnat consécutif. La tâche s’avérera pourtant légèrement plus compliquée notamment en raison des départs d’Ederson vers Manchester City, de Lindelöf dans l’autre club de Manchester et de Nelson Semedo au Barça, trois grands artisans de la victoire finale la saison dernière. Au niveau des arrivées, l’attaquant de pointe Seferovic rejoint l’effectif en provenance de l’Eintracht Francfort, de même que Krovinovic de Rio Ave (milieu offensif) qui était l’objet de toutes les convoitises. Enfin, le jeune crack Chris Willock laissé libre par Arsenal vient compléter une attaque déjà bien fournie.

Le dauphin maintenant, j’ai nommé le FC Porto. Après la chokerie de fin de saison dernière, les tripeiros sont dans l’obligation de remporter le championnat afin de ne pas s’engluer dans une crise, même si le mot serait bien grand. Sergio Conceição et ses hommes n’auront donc pas droit à l’erreur. Hormis la levée de l’option d’achat d’Oliver Torres, peu de mouvement sauf des retours de prêt comme ceux de Ricardo Pereira ou encore de Sérgio Oliveira. L’ancien coach nantais semble vouloir faire du neuf avec du vieux. Après une présaison très satisfaisante, cette formule semble être la bonne. Meilleure représentation de cela : la transformation d’Oliver Torres qui était un 8 à vocation offensive la saison dernière, aujourd’hui vrai 8 qui ratisse et fait le jeu. De même pour le duo d’attaque et notamment Soares qui a  »gagné du ballon » pour pouvoir être complémentaire avec son compère Vincent Aboubakar.

Cette saison, un autre club s’invite dans la danse : le Sporting.  S’il y a bien un club armé pour aller chercher le trophée tant voulu depuis quinze longues années, c’est celui-ci. Un recrutement canon : Bruno Fernandes (milieu offensif), Piccini (latéral droit), Acuña (ailier gauche, pépite du Racing en Argentine) ou Seydou Doumbia qui fera une excellente doublure à Bas Dost ; le maintien des quatre meilleurs sportinguistes (Rui Patricio, Adrien Silva, William Carvalho, Gelson Martins) – il est néanmoins probable que William Carvalho soit transféré ; un nombre de cracks incroyable parmi lesquels Daniel Podence, révélation de l’Euro U21, ou Iuri Medeiros… Tout ça dans le shaker et vous avez un sérieux concurrent au titre. Seul petit bémol : une défense trop faible (en même temps avec un Coentrão qui passe ses soirées à la chicha et Jérémy Mathieu seulement utile aux tweets de LeKouss, le club lisboète n’est pas aidé).

La team Volontés Européennes

Braga, d’abord. Après une saison plutôt ratée, due à un triple changement d’entraîneur, faire mieux que la saison dernière risque de ne pas être très compliqué. Le jeune coach Abel Ferreira a marqué sa volonté de reconstruction par un gros mercato et des joueurs comme Ricardo Horta ou Jefferson en prêt. Les retours de prêt de Danilo ou Crislan viennent renforcer l’effectif. De même, bon nombre de joueurs de l’équipe B ont rejoint la A comme Anthony D’Alberto ou Xadas. Hormis Xeka (Lille), pas de départ majeur à combler.

Vous l’aurez lu ici en premier, Chaves sera LA surprise de la saison. S’il y a une équipe à suivre, c’est elle. Malgré le départ de six titulaires comme Rafa Lopes, meilleur joueur du club la saison passée, le club s’est rapidement reconstruit à l’image d’un mercato de haut vol par rapport aux moyens du club. En pillant la seconde division et en se faisant prêter ou en signant libre des joueurs du Sporting ou de Guimarães, jouer l’Europe se doit d’être un réel objectif. Deux joueurs à suivre plus particulièrement : Platiny et Matheus Pereira. L’équipe qui donnait du fil à retordre aux gros la saison dernière risque de continuer encore longtemps.

Quant à Guimarães et son coach Pedro Martins, ils risquent d’avoir beaucoup de mal à réitérer la quatrième place de la saison dernière, notamment en raison des retours à Porto de Moussa Marega et d’Hernâni. Mais aussi des départs d’Hurtado, Bruno Gaspar et Pedrão. Soit quasiment la moitié du onze titulaire à reconstruire. Il est vrai que des arrivées comme celle de Chico Ramos peuvent remédier à cela dans une (trop ?) moindre mesure. En plus de probablement produire un jeu moins spectaculaire que la saison dernière, les résultats risquent de fortement diminuer. Léger coup dur pour le club du plus grand conquérant portugais.

Après avoir impressionné tout le monde avec son 4-1-4-1 la saison dernière, Marítimo semble avoir toutes les cartes en main pour refaire le coup. Seuls Alex Soares et Patrick sont les titulaires qui sont partis car leur contrat n’a pas été renouvelé. Le recrutement de Pacheco et Gamboa (milieux) comble le départ de Soares. Bebeto, latéral droit du Moto Club de São Luis, remplace Patrick.

Malgré la perte de quatre titulaires, dont de sa charnière centrale, Boavista, le deuxième club de Porto semble être armé pour effectuer une saison honorable. En recrutant six centraux dont le français Stéphane Sparagna, Miguel Leal a jugé bon de tous les mettre en concurrence pour déterminer qui est le meilleur. L’Europe est possible, encore faut-il y croire.  

La team Eurosceptiques

Débutons avec Rio Ave. Après une saison plutôt décevante, celle qui s’annonce semble lui ressembler notamment en raison des départs de Krovinovic et de Petrovic, deux joueurs fondamentaux de la colonne vertébrale du club de Vila do Conde. Difficile de trouver au moins équivalent sur le marché actuellement au vu des moyens du club, c’est pour cela que ce sont des prêts qui paraissent être la meilleure solution comme celui de Pelé en provenance de Benfica, par exemple. La lutte à l’Europe risque d’être impossible pour Rio Ave.

Feirense. Terminer huitième s’est avéré être un véritable exploit finalement dû à un recrutement intelligent. Problème de ce recrutement, il était majoritairement basé sur des prêts, comme celui de Pelé (cette saison à Rio Ave) ou de Kakuba. Résultat : seuls quelques titulaires restent au club et les deux meilleurs joueurs de la saison dernière, Vaná (Porto) et Platiny (Chaves) ont quitté le navire. A priori, rien à espérer cette saison pour le club local de Santa Maria da Feira.

Du côté d’Estoril, ce sera une saison de transition pour le club qui a vu six titulaires se faire la malle dont quatre en raison de retours de prêt. Trop peu d’arrivées parlantes aussi, intégralement du Brasileirão grâce aux bonnes relations qu’entretient Estoril avec les clubs brésiliens.

Cas plus complexe, Setúbal. Les saisons se suivent et se ressemblent pour l’équipe de la ville natale de José Mourinho. Des prêts à foison provenant de tout le Portugal, deux-trois têtes d’affiche mais de faibles résultats. Cette saison, rebelote. Des arrivées sous forme de prêt comme celles de Patrick de Benfica, de Podstawski (grosse pépite, au passage) du FC Porto ou encore de Mohcine Hassan de Freamunde, deux têtes d’affiche (elles aussi en prêt) en les personnes de César Martins (Benfica) et Gonçalo Paciência (Porto), mais toujours (normalement) le ventre mou. Et c’est bien triste au vu de la passion de ses supporters.

Comment placer Paços de Ferreira plus haut quand le maintien suffit aux dirigeants pour être heureux ? Avec onze arrivées pour treize départs, on comprend vite la politique du club. Se reposer sur ses acquis et attendre le mois de juin pour calculer combien les droits télé et le maintien en première division ont rapporté. Affligeant…

Troisième club de Lisbonne : Belenenses. Avec des arrivées plutôt sexy sur le papier comme celles de Tiago Gomes (latéral gauche), Fredy (ailier droit) ou du central français Vincent Sasso, Belenenses paraît un peu mieux armé que la saison précédente. Néanmoins, cela semble encore trop juste pour  prétendre à plus. Allez, encore un effort et l’année prochaine, qui sait ?

La team Chaud Derrière

Déjà à la lutte pour le maintien la saison dernière, Moreirense a comblé tous ses départs que ce soit sur le terrain ou sur le banc. Mais faute de moyens, combler est le seul verbe qui va au club. Saison difficile à prévoir pour une équipe qui n’était pas relégable grâce à la différence de buts avant le début de la dernière journée la saison passée.

Tondela, en revanche, était relégable et s’est sauvé grâce à une victoire étrange contre Braga lors de l’ultime journée. Mais le club va mieux, peu de départs importants, un nombre conséquent d’arrivées. Pas forcément de qualité, mais des arrivées tout de même.  Dit comme ça, on dirait que Tondela peut aspirer à plus mais c’était sans compter sur Pepa, jeune entraîneur de 36 ans, qui est encore assez inexpérimenté.

On part dans l’Algarve maintenant avec Portimonense. L’ancien pensionnaire de deuxième division revient dans l’élite. La question est : pour combien de temps ? Peu de mouvements dans ce mercato « plein d’opportunités » et un entraîneur (Vítor Oliveira) qui est l’archétype d’un retraité passant ses journées dans la tasca du coin suffiront-ils à se maintenir ?

Aves. Beaucoup de départs (vingt-deux), beaucoup d’arrivées (vingt-quatre). Et fatalement beaucoup d’instabilité. Dur de ne pas descendre dans ces conditions…

Allez, parce qu’à Ultimo Diez, on a l’habitude de se mouiller, voici l’équipe type de la saison prochaine en avant-première, en essayant de varier (un peu) les équipes présentes.

On se retrouve en fin de saison pour vérifier nos pronostics !

Crédits photos : AFP PHOTO / MIGUEL RIOPA