[Ligue 1] Désormais transféré, et si on lâchait un peu la grappe de Kylian Mbappé ?

Derrière ce titre provocateur se cache une réalité qui fait actuellement beaucoup parler : Kylian Mbappé vient de quitter l’AS Monaco. Son départ soulève des questions, mais surtout des torrents de critiques, venant pour la plupart du Rocher et de la sphère médiatique. Alors Kylian, ce départ, est ce un manque de respect ?

Il y a un an et trois mois, Mbappé rentrait dans nos vies d’une manière assez anodine. Interviewé par l’idole Daniel Lauclair, qui le confond avec le lensois Taylor Moore, Mbappé allait jouer, et remporter la Gambardella.

La maxime dit que « dans le monde du foot, tout va vite » et pour Mbappé, c’est même plus que ça. Après cette Coupe de France des Jeunes, la grenouille de Bondy a enchaîné les perfs, les doublés, et les posages de testicules sur les stades de France et d’Europe. 44 matchs, 26 buts, 14 passes décisives, des partidazo à Dortmund, contre City… Une année ébouriffante qui l’a porté jusqu’à Clairefontaine où il a réalisé ses premiers pas sous le maillot bleu.

Rapidement, Mbappé s’est mis les médias dans la poche. Une communication bien huilée, un cercle familial qui l’entoure parfaitement, des interviews loin des clichés et des réponses formatées… il n’en fallait pas plus au football français pour voir en Kyky sa nouvelle icône, lui qui en cherche une vraie depuis plus de 10 ans et la retraite de Zidane. Les médias donc, mais aussi et forcément les Monégasques, fiers de voir un jeune de leur centre être à ce point sous le feu des projecteurs. Oui mais…

Avec de telles performances, il fallait bien se douter que les offres arriveraient du côté du Rocher. Et comme souvent, quand une belle offre arrive du côté de Monaco, elle est acceptée. Celle-ci, encore plus que celles pour Bernardo, Mendy ou Bakayoko, est hallucinante. Hallucinante pour deux raisons : tant par son montant, qu’eu égard à la carrière du jeune Kylian. Mais parfois, la passion dépasse l’entendement et la logique.

Paris s’est ainsi octroyé ce que le club de la capitale pense être une pépite. Peut être même LA pépite. A un prix déraisonnable. Coutumier du fait, le PSG a aussi et surtout arraché l’une des dernières attractions de Ligue 1 qui n’était pas dans son escarcelle, de quoi induire un peu plus son rapport de force qui a vacillé l’an dernier.

Mais dans cette histoire, tout est affaire de déraison. L’encensement des médias à l’égard de Kylian l’an passé, le très (trop!) long storytelling autour de son transfert, et désormais, les critiques démesurées qui lui sont adressées. « Qu’il dégonfle son melon ! » « Qui est-il pour avoir un tel comportement ?! » « Comment peut-il à ce point trahir son club formateur ? » sont des piques que l’on ne cesse d’entendre depuis des semaines. Mais Mbappé mérite t-il ce traitement médiatique ?

Durant tout ce feuilleton, peu de monde a parlé. Pas franchement Vasilyev, pas Mbappé. Premier problème ! Et la plupart de ceux qui ont ouvert la bouche ne sont pas les mieux placés pour distiller des bons mots. Quelques insiders mercatos, deux trois journalistes sans trop d’infos, bref, du bruit qui alimente les ragots, et donc la haine. Comme souvent à Monaco ces dernières années, la justesse est venue d’un homme : Léonardo Jardim. Conscient de son environnement de travail, celui qui est habitué à la valse des départs/arrivées chaque été a eu les mots les plus justes au sujet de son jeune poulain, et des conséquences d’un tel vacarme sur son état mental. En papa protecteur, Léo a fait de son mieux pour remettre l’église au milieu du village, et décorner une image de Kylian qui devenait de moins en moins lisse.

«Nous n’avons pas l’habitude de punir nos joueurs. Ce n’est pas le mot adapté. Disons plutôt protéger. Il n’a que 18 ans, c’est de notre responsabilité de le protéger de tout cet orage. Même vous en tant que journaliste… si un jour un autre journal vous propose de vous embaucher en multipliant votre salaire par 15, vous verrez, vous taperez de suite un peu moins bien sur votre ordinateur.»

L.Jardim, 16/08/2017

Le feuilleton Mbappé, véritable caisse de résonance d’un mercato dont le traitement médiatique fut tragique pour l’essence de la profession journalistique, nous met face aux principales incohérences liées au journalisme 2.0, aux réseaux sociaux, et au football actuel. Ainsi, la pensée unique, et la maladie très franco-française d’haïr tout ce qu’on a vite aimé a transformé le gamin de Bondy de « modèle » à « mercenaire ». L’argent, soit. Mais un transfert de Monaco au PSG n’est-il pas un gain sportif évident ? Ce même club de Monaco a t-il eu un discours unique, clair, véridique à l’égard de celui qu’il considérait comme son joyau ?

Qu’on se le dise, à Monaco, aucune porte n’est jamais fermée. Mbappé le sait mieux que quiconque. Passionné de football, il a vu Martial quitter le Rocher un dernier jour de mercato. Cette politique  explose aujourd’hui au visage d’un club qui n’a, par essence, pas envie d’être calife à la place du calife. Du moins pas plus d’un an. Et il est triste d’instrumentaliser le départ de Mbappé tel un coup de force quand Monaco aurait adoré vendre sa pépite au Réal, potentiellement dès cet été.

Éloignons-nous des chiffres, revenons aux terrains. Uniquement aux terrains. Mbappé aime le foot. Pour lui, il s’agit d’un métier mais aussi d’une passion, chose qui le distingue de pas mal de ses coéquipiers et collègues footballeur. Récemment, il a vu tout ses amis partir, tous ceux avec qui il avait formé une équipe d’irréductibles gaulois défiscalisés, triomphant au nez et à la barbe d’un César version qatari. Seuls Thomas Lemar (en partance pour Liverpool, encore un !) et Fabinho se trouvent aujourd’hui dans pire situation que ne l’était Kylian Mbappé. Devait-il ignorer les sirènes de clubs plus huppés et plus à même de transformer le diamant brut qu’il doit être ? Pas spécialement. Fabinho lui même faisait des bonds à l’idée de rejoindre la colonie brésilienne du PSG.

Dans toute cette histoire, le seul tort d’Mbappé aura été de ne pas parler publiquement. Mais pour dire quoi ? Les seules paroles que la doxa aurait accepté d’entendre auraient été « Je reste à Monaco », comme si un départ à Paris était forcément une mauvaise chose, un doigt d’honneur à cette immense institution d’achat/revente qu’est l’AS Monaco. Partant de ce principe, Mbappé n’a t-il pas eu raison de garder le silence ?

Clou du spectacle, la présence sur le banc d’un Mbappé hué par ses propres supporters durant l’incroyable Monaco-Marseille. Ceux qui reprochent à Kyky d’avoir la mémoire courte, de renier le projet ASM ont été les premiers à mettre un voile blanc sur sa saison grandiose, lui qui a été l’un des artisans les plus probants d’une année extraordinaire. Sans Mbappé, Monaco aurait-il fait la même saison ? Une question qui restera sans réponse, mais qui peut se poser. Le foot est ainsi fait, les torts sont sans doute partagés. Ne reste plus qu’à trouver un vaccin contre l’amnésie, le monde du football en aurait parfois bien besoin.

Crédits photos : AFP PHOTO / FRANCK FIFE

Je mène un combat vain contre le corporatisme et les magouilles dans le football français