Un an après l’Euro, le Portugal prépare un braquage mondial

Si, après le fiasco du mondial 2014, vous aviez dit au peuple portugais qu’ils reviendraient à une Coupe du monde en tant que champions d’Europe en titre, ils n’auraient pas trouvé cette plaisanterie très drôle. Mais tout va si vite dans le football. Le Portugal ne se présentera pas au mondial russe en tant que favori, non. Il est d’ailleurs loin d’être qualifié. Mais la Seleção sera à redouter.

Plus vraiment outsider, le Portugal a quelque peu changé depuis l’Euro. Des joueurs qui se sont affirmés, des nouvelles têtes prêtes à casser la baraque et des leaders qui souhaitent entrer dans l’histoire : le Portugal peut de nouveau réussir le hold-up. Mais cette fois, il y est préparé.

Une colonne vertébrale déjà établie

 

Pourquoi les Portugais ne croyaient-ils que modérément en leurs chances de victoire finale à l’Euro ? D’abord, parce qu’ils n’étaient pas prêts. Sur les onze joueurs titulaires lors de la finale, cinq d’entre eux (José Fonte, Cédric, William Carvalho, Adrien, Renato Sanches) ne l’étaient pas lors du premier match face à l’Islande. Bien sûr, cela correspond à un leitmotiv du sélectionneur, Fernando Santos, qui répétait à l’envi qu’il fallait gérer la condition physique des joueurs et qu’ils n’étaient pas onze, mais vingt-trois.

Aujourd’hui, le Portugal est prêt. Ou presque.

Après un championnat d’Europe convaincant, Cédric et William Carvalho ont verrouillé leur place, respectivement au poste d’arrière droit et de milieu défensif, grâce aux éliminatoires du mondial et à la Coupe des Confédérations 2017. C’est également valable pour José Fonte. Le défenseur central (33 ans), fraîchement arrivé à West Ham en provenance de Southampton, fait preuve d’une grande solidité aux côtés de l’indispensable Pepe. Le poste d’arrière gauche semble promis à Raphaël Guerreiro malgré ses blessures, et ce n’est pas Eliseu, son suppléant, qui semble en mesure de lui contester la place. Dans le 4-4-2 de Fernando Santos, c’est le nouvel avant-centre de l’AC Milan, André Silva (8 buts en 14 matchs avec la Seleção), qui épaulera Cristiano Ronaldo devant. La colonne vertébrale est établie, avec un axe Pepe – Carvalho – Ronaldo qui offre de réelles garanties.

Cependant, le onze type est loin d’être déterminé. Bien malin sera celui qui prédira avec exactitude l’identité de ceux qui accompagneront Carvalho sur cette ligne de 4. Dans l’axe, il semble y avoir un duel entre le capitaine du Sporting (dont le transfert à Leicester devrait être homologué aujourd’hui), Adrien Silva, et João Moutinho, éternel cadre et auteur d’un excellent début de saison. William Carvalho est un fantastique récupérateur et sa puissance se révèle précieuse dans les duels, mais il faut un manieur de ballon à ses côtés. Grâce à un excellent début de saison et à deux très bonnes performances contre les Îles Féroé (victoire 5-1) et la Hongrie (victoire 1-0), Moutinho pourrait rattraper Adrien, qui était préféré pour les gros matchs depuis deux ans.

Des couloirs encore disputés

 

A droite, deux joueurs s’affrontent pour une place dans le onze : Bernardo Silva et Ricardo Quaresma. Plus besoin de présenter le premier qui n’a pas oublié sa magie en Ligue 1 et qui continue à se balader dans les défenses adverses. Ses excellentes performances lui payaient un billet tout frais pour l’Euro l’an dernier, mais une blessure à la cuisse droite l’a gardé assis sur son canapé. A la Coupe des confédérations, il a commencé le second match contre la Russie en lieu et place de Quaresma, qui avait eu beaucoup de déchet face au Mexique trois jours plus tôt. Résultat : titulaire en demi-finale contre le Chili. Le néo-citizen sera l’arme fatale du Portugal en juin et juillet 2018.

Quaresma, lui, fut un des architectes de la victoire portugaise à l’Euro, avec le but de la victoire en huitièmes et le dernier tir au but en quarts. A bientôt 34 ans, l’ailier de Beşiktaş reste un élément important, notamment pour son excellente entente avec Cristiano Ronaldo. Ses centres de l’extérieur du pied droit ont sauvé plus d’une fois la mise aux rouge et verts mais il semble cantonné à un rôle de supersub qui réduit son nombre de ballons perdus et de mauvais choix.

A gauche, la lutte est plus acharnée, mais moins réjouissante. Détenteur du totem d’immunité à la Coupe des confédérations, André Gomes a logiquement perdu sa place après avoir multiplié les pertes de balle et tiré son équipe vers le bas. João Mario, milieu offensif de l’Inter Milan et titulaire lors des deux derniers matchs, n’a pas été flamboyant contre les Îles Féroé mais a montré une certaine justesse. Son activité fut récompensée par un penalty obtenu à la 28ème minute et transformé par Ronaldo. Reconduit face à la Hongrie, son volume de jeu, ses prises de balles et ses dribbles ont déstabilisé les hommes de Bernd Stork. João Mario semble en train de verrouiller, à son tour, sa place dans le onze. Malgré tout, cela reste à prendre avec des pincettes étant donné l’absence de Nani (30 ans, 111 sélections) en raison d’un pépin physique.

Mais inutile de se lancer dans des conclusions hâtives, car de nombreux « nouveaux » tentent de défoncer la porte pour faire une entrée fracassante dans la rotation de la sélection.

La profondeur d’équipe dont peut disposer le Portugal en faisant abstraction des blessures

Des nouveaux qui explosent

 

L’équipe du Portugal a de belles années devant elle, et pas seulement grâce aux jeunes Cédric, André Silva ou Bernardo qui sont déjà titulaires. Mettons les pieds dans le plat : le Portugal a un réservoir de latéral droit exceptionnel. Nelson Semedo (FC Barcelone) et João Cancelo (Inter Milan) ont récemment déclaré forfait pour cause de blessure. Les deux hommes de 23 ans, déjà en place dans de grands clubs, ont vu leur collègue Ricardo Pereira en profiter pour faire son retour en sélection après deux ans d’absence. Auteur d’une excellente saison 2016-2017 avec l’OGC Nice, Pereira est retourné à Porto après ce prêt de deux ans. Même sur le banc, les places s’arrachent.

Dans l’entrejeu, Pizzi, 27 ans et élu meilleur joueur du championnat portugais pour la saison 2016-2017 avec le Benfica, a fait des entrées très encourageantes lors de la Coupe des confédérations. Son énorme volume de jeu, sa vista et ses passes exquises ne sont malgré tout pas assurés de voir le jour en Russie. Pourquoi ? Parce qu’une blessure a permis à Bruno Fernandes de le remplacer dans l’effectif la semaine passée, et parce que Bruno Fernandes, c’est LA sensation au Portugal. Formé à Boavista, il a fait ses gammes en Italie (Udinese et Sampdoria) avant de briller à l’Euro espoirs en tant que capitaine. Le Sporting l’a acheté cet été pour 8,5M€ et depuis, le jeune relayeur (profil offensif) éclabousse chaque match de sa classe. Décidément, les places sur le banc valent cher.

En attaque, il y a Bruma. Sa reprise de volée de 25 mètres en lucarne lors de l’Euro espoirs a fait le tour du net. Sa vitesse, sa qualité de percussion et sa technique lui permettent de faire la différence, même s’il oublie parfois de lever la tête. Récemment transféré au RB Leipzig (2ème de Bundesliga la saison passée), il a marqué l’histoire des sélections de jeunes (33 matchs avec les U19) et s’est montré ultra-décisif lors des tournois. Joker de Fernando Santos ? Peut-être.

Enfin, Gelson Martins, 22 ans, est sûrement le plus grand espoir du Portugal. Il faut un prodige comme Bernardo Silva pour barrer la route à un tel dribbleur qui casse des reins depuis deux saisons au Sporting. Sa vision du jeu est déjà très poussée et lui permet de ne pas être un individualiste. Impossible qu’un grand club ne se jette pas sur lui à l’issue de la saison à venir. Après Renato Sanches (qui est retourné chez les U21), qui sera le jeune portugais qui explosera aux yeux du monde ? Pléthore de choix.

Le Portugal n’est pas encore qualifié pour la Coupe du monde. En considérant que le Portugal ira gagner en Andorre et que la Suisse maîtrisera la Hongrie à domicile, la Seleção jouera une finale contre la Nati à l’Estádio da Luz. Une simple victoire suffira à égaler le nombre de points des Suisses pour finir premier grâce à leur excellente différence de buts (sauf si la Suisse bat la Hongrie 13-0). Oui mais voilà. Ces trois points de retard, c’est en Suisse que Fernando Santos et ses hommes les ont accumulés lors du premier match des éliminatoires (défaite 2-0). Bien qu’ayant la troisième meilleure attaque de la zone Europe (28 buts en 8 matchs) et le meilleur buteur (Ronaldo, 14 buts), les Portugais seraient bien inspirés de montrer leur meilleur visage le 10 octobre prochain. Abonnés aux barrages en 2010, 2012 et 2014, ils s’en sont toujours bien sortis avant de se qualifier directement en 2016, pour la suite qu’on connaît. Quoi qu’il arrive, il est difficilement imaginable de ne pas devoir compter sur le Portugal dans 9 mois. Et même pour les années qui suivront quand on jette un œil aux jeunots. Cristiano Ronaldo pourra se retirer sereinement, l’avenir est là. Mais il a une dernière mission avant cela. Après, il arrête. Ou pas.

Les 24 joueurs convoqués par Fernando Santos le 24 août 2017 pour affronter les Îles Féroé et la Hongrie :

Gardiens (3) : Rui Patricio (Sporting), Beto (Göztepe/TUR), Bruno Varela (Benfica)

Défenseurs (7) : João Cancelo* (Inter Milan/ITA), Cédric Soares (Southampton/ANG), Pepe (Besiktas/TUR), Bruno Alves (Glasgow Rangers/SCO), José Fonte (West Ham/ANG), Fabio Coentrão (Sporting), Eliseu (Benfica)

Milieux (7) : William Carvalho (Sporting), Adrien Silva (Sporting), Danilo Pereira (FC Porto), João Moutinho (Monaco/FRA), Pizzi* (Benfica), João Mario (Inter Milan/ITA), André Gomes (FC Barcelone/ESP)

Attaquants (7) : Cristiano Ronaldo (Real Madrid/ESP), Bernardo Silva (Manchester City/ANG), Ricardo Quaresma (Besiktas/TUR), Gelson Martins (Sporting), André Silva (FC Porto), Bruma (RB Leipzig/ALL), Nelson Oliveira (Norwich/ANG)

*João Cancelo et Pizzi, blessés, ont été remplacés respectivement par Ricardo Pereira (FC Porto) et Bruno Fernandes (Sporting). A noter que Raphaël Guerreiro, Nélson Semedo et Nani étaient blessés et indisponibles.

Photo credits : Photo by Pedro Fiúza/NurPhoto

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