Manchester City peut-il entrer dans la cour des grands ?

« Manchester has changed »  

Les cartes ont-elles été redistribuées à Manchester, entre le légendaire club Manchester United, et Manchester City, qui cherche désespérément à sortir de l’ombre de son plus fidèle rival ? Une rivalité qui ne cesse d’augmenter depuis quelques années. Une rivalité qui pourrait permettre aux grosses cylindrées anglaises de s’imposer enfin sur la scène européenne., de repartir de la plus belle des manières.

Une question est sur toutes les lèvres ou presque en Angleterre. 2018 sera-t-elle l’année de la rédemption pour les grands clubs anglais, en quête de résultats européens ?  Est-ce l’année tant attendue où un club Anglais retrouvera les sommets de cette terre promise, tant convoitée ?

A l’instant T, une seule armada anglaise semble avoir les faveurs des bookmakers et semble réellement armée pour s’affirmer comme un sérieux prétendant à la couronne européenne. Ce club n’est autre que Manchester City, dont l’ambition et l’investissement ne sont plus à présenter, un club prêt à changer de dimension. Le symbole du retour au premier plan des grosses écuries anglaises sur la scène tant prisée de la Ligue des Champions ?

2008 ou l’an 1 de la résurrection de Manchester City

 

Avant cette date fatidique, Man City était un modeste club du Royaume, avec un palmarès pour le moins moribond, mais en rien déshonorant (4 titres de PL, 4 FA Cup et 2 League Cup). Un parcours en dents de scie pour un club qui avait pris la fâcheuse habitude d’évoluer dans l’obscurité du rival United, club chéri de Manchester, doté d’un immense prestige en Angleterre et dans le monde. Sur une route faite de haut et de bas, Man City connut des moments de liesse, comme lors de la période 68-70, court laps de temps où ils réussirent l’exploit de remporter pas moins de 4 titres dont une Premier League et une coupe des vainqueurs de coupe (doublé en 70 avec la CDL).
Cependant, ne soyons pas dupes, c’était nullement suffisant pour espérer inverser la hiérarchie face aux Reds Devils. Après cette période dorée, Man City retomba dans ses travers et stagna. Dès lors, difficile de changer de statut et devenir un mastodonte anglais. Tout le contraire se produisit, et ils virent l’écart se creuser inlassablement avec leurs voisins, qui conquirent à 12 reprises, excusez du peu, la Premier League créée en 1992. Afin de ne pas tomber aux oubliettes et de devenir la risée de Manchester lors de chaque derby, un changement drastique semblait inévitable dans l’optique de redorer le blason des Skyblues.

Vient alors le fameux été 2008, une date ô combien cruciale dans cette quête de rachat.
Un fond d’investissement saoudien prend les rênes du club et nomme à la présidence Khaldoon Al Mubarak, un homme d’affaires saoudien.
Sans grande surprise, cette reprise fait couler beaucoup d’encre dans le monde du football. Les repreneurs ne sont pas venus les mains vides et sont là pour révolutionner le club à tous les étages. Métamorphoser un club dans toute sa splendeur ne se fait pas en un jour et il ne faut pas hésiter à sortir l’artillerie lourde. Une donnée que les nouveaux dirigeants Cityzens n’ont aucun mal à comprendre. Ils transforment progressivement les structures du club, élément d’une importance capitale pour devenir un grand d’Angleterre et d’Europe. Par la suite, ils changent le naming du stade « Le City of Manchester Stadium » par un sobre mais financièrement efficace Etihad Stadium, suite à un partenariat à hauteur de 170 M (sur une dizaine d’années) conclu avec le plus gros sponsor du club : Etihad Ariways. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin ils rénovent et agrandissent leur stade. Depuis, l’enceinte des Citizens est doté d’une capacité maximale de 60000 spectateurs, soit une augmentation de 12000 places disponibles.
En décembre 2014, ils prennent possession de leur nouveau centre d’entrainement ultramoderne, l’Etihad Campus, un camp réputé mondialement.

Revenons-en aux prémices de ce projet. Pour frapper un grand coup et marquer les esprits, le calcul est d’une simplicité effroyable : recruter une tête d’affiche qui sera le fer de lance du nouveau chapitre du club. Ils n’ont pas le temps de prendre leur mal en patience et raflent un certain Robinho au nez et à la barbe des Blues de Chelsea, en provenance du Real Madrid; contre un montant avoisinant les 38.5 Millions d’euros.

(Lors de son arrivée, le prodige Brésilien pensait avoir signé à Chelsea…)

Cependant, les grands projets nécessitent souvent un temps fou à se mettre en place, et celui-ci n’échappe pas à la règle. Les débuts sont pour le moins laborieux, avec notamment une piteuse dixième place lors du premier exercice sous l’ère saoudienne.

Pas de quoi tirer la sonnette d’alarme chez les Saoudiens, qui au fil des saisons ne vont pas hésiter à sortir le chéquier et recruter de nombreux joueurs chevronnés comme Yaya Touré, Sergio Aguero, ou encore David Silva pour ne citer qu’eux. Même son de cloche pour les coachs : Roberto Mancini remplacera très rapidement Mark Hugues pour piloter ce nouveau projet, et glanera la FA Cup 2011 (premier trophée pour les Cityzens depuis 1976) et la fameuse Premier League 2012, où les SkyBlues étrillent à Old Trafford 1-6 leurs plus grands adversaires au terme d’un match historique. Le final de cette saison sera d’un suspense insoutenable, avec le but salvateur marqué dans les tous derniers instants du match par l’inarrêtable Sergio Aguero, qui permet à City de rafler la Premier League au détriment de Manchester United.

« Some years later » Mauricio Pellegrini remplace Mancini. Une décision très mal accueillie par bon nombre d’observateurs. Le licenciement parait injustifié pour l’Italien. Le Chilien insuffle une tout autre philosophie de jeu, bien plus attrayante et portée vers l’attaque, pour le plus grand bonheur des supporters Cityzens. Les résultats sont à la hauteur, et dès sa première saison, il fait un doublé coupe championnat. Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas pour l’ancien technicien du Madrigal, les résultats en championnat laissent à désirer avec notamment une 4ème place sans saveur lors de sa dernière saison. Cependant, force est de constater qu’en Ligue des Champions son équipe fait d’innombrables progrès. Elle se qualifie pour la première fois de son histoire pour les 8èmes de finale en 2014, puis en 2016 réussit pour la première fois l’exploit d’atteindre le dernier carré de la coupe aux Grandes Oreilles, qui plus est en s’inclinant sur la plus petite des marges face au futur lauréat de la compétition.

Pep Guardiola, alors entraîneur du Bayern Munich, s’engage courant automne 2015 avec Man City, ce qui ne manque pas de faire jaser dans le monde du football. Bien que ça ait pu fragiliser les joueurs, et selon toute vraisemblance le coach Chilien, les Citizens remportent la coupe de la ligue anglaise face aux Reds de Liverpool, et livrent un parcours historique en Ligue des Champions, en s’inclinant aux portes de la finale.
Juin 2016 sonne comme un déclic pour Man City avec la nomination au poste d’entraîneur d’un des plus grands techniciens du moment.

Les débuts de Pep Guardiola

Les grandes retrouvailles entre José Mourinho et Pep Guardiola de l’autre côté de la Manche ont de quoi en faire saliver plus d’un. La Premier League s’offre la chance d’assister de nouveau à des chocs, des rivalités mémorables entre les deux hommes qui officient désormais dans les deux clubs de Manchester. Lorsqu’ils entraînaient en Espagne, le Classico avait pris une toute autre ampleur, et l’attente autour de ce match était arrivée à son paroxysme. Bis repetita pour le derby de Manchester ? Pas tant que ça, puisque leur relation s’est fortement améliorée (publiquement du moins).

Pour bichonner leur nouveau protégé et faire frissonner une concurrence de moins en moins friable avec l’arrivée de coachs de renommée mondiale dans le Royaume, les dirigeants mettent le pied à l’étrier et frappent plusieurs grands coups sur le marché estival 2016. Ils flairent les bonnes affaires en signant notamment Leroy Sané et Ilkay Gundogan, tous les deux venants de la Ruhr, respectivement de Schalke 04 et Dortmund, alors considérés comme deux grands talents du foot allemand et mondial. Ils attirent aussi Nolito, alors en pleine bourre du côté du Celta et titulaire avec la Roja lors de l’Euro 2016. John Stones suit le mouvement, même si son transfert laisse songeur en raison d’un montant (55.6 millions d’euros) plus qu’exorbitant qui fait de lui le défenseur le plus cher de l’histoire à ce moment-là.

Aussitôt arrivé, la patte Guardiola se révèle être indispensable, en témoigne la signature pour le moins inattendue de Gabriel Jesus, considéré comme une étoile montante du football. Alors pisté par les plus grandes écuries européennes, dont le Real Madrid, il rallie contre toute-attente Manchester, grâce à un précieux coup de fil de Pep, qui le convainc de rejoindre les Skyblues.
Sans pour autant déchaîner les foules, la première saison du fils spirituel de Johan Cruyff est convenable. Après un début idyllique, et notamment 10 victoires consécutives toutes compétitions confondues, les Skyblues marquent sérieusement le pas durant l’automne, et ne peuvent espérer mieux qu’une 3 eme place en Premier League. Leur parcour dans les coupes nationales ne resteront clairement pas dans les annales, et ce malgré une demi-finale en FA Cup, où ils furent défaits par les futurs vainqueurs de cette compétition, Arsenal.
Un bilan européen mi figue-mi raisin, en atteste leur élimination -prématurée – dès les 8èmes de Ligue des Champions face à de valeureux et talentueux Monégasques.

Nul besoin de crier au scandale, le Catalan ayant en sa possession une équipe très hétéroclite, composée de jeunes talents incroyables comme Kevin De Bruyne (meilleur passeur de PL avec 18 assists à la clé) qu’il considère comme le plus gros joyau de son effectif, Gabriel Jesus ou encore Leroy Sané, mais aussi d’éléments vieillissants ayant fait leur temps du coté de Manchester et n’ayant plus grand chose à apporter à ce collectif (Kolarov Clichy Sagna etc…)

En raison de quelques déconvenues, Pep essuie de nombreuses critiques lui reprochant de ne pas faire évoluer ses principes de jeu jugés trop risqués, et de ne pas s’adapter au style de jeu dicté en Premier League. Des reproches que Pep n’appréciera guère, se faisant un malin plaisir à rappeler à ses détracteurs le nombre de titres glanés lors des précédentes saisons grâce à ces fameux principes de jeu.

En dépit de résultats irréguliers, la qualité de jeu de Man City est d’une tout autre facture. En effet, les hommes de Guardiola ont alors le jeu le plus chatoyant et attractif du championnat, proposant un style alléchant basé sur le redoublement de passes et la conservation du ballon, bien évidement orientée vers l’attaque. Un jeu Guardiolesque ( n°1 en possession en championnat) tourné vers le but adverse, avec une participation et une présence incroyables de joueurs offensifs.

Un jeu qui en vaut la chandelle, mais qui présentent des risques. En effet, suite à des contres foudroyants et un jeu typiquement British, les troupes du Catalan subissent de terribles désillusions, comme les défaites  face à Everton 4-0 et à Leicester 4-2.

Revanchard après une première saison sans trophée, le disciple de Marcelo Bielsa souhaite redresser la barre et faire taire les mauvaises langues.
En somme, après une première saison dite de découverte, Pep veut clairement combler les lacunes d’un effectif, encore bien trop perfectible pour espérer décrocher un cinquième titre de champion d’Angleterre et pour être plus qu’un simple trouble-fête sur le vieux continent. Un véritable chantier ambitieux s’offre à lui, étant donné les moyens financiers et structurels mis à sa disposition.

Un mercato plus que prometteur, un effectif pour le moins attendu

Inutile d’être l’heureux possesseur d’un BE2 d’entraineur pour cibler les grandes largesses défensives de cet effectif.
Attardons-nous donc sur le grand remue-ménage de l’effectif. Après de bons mais surtout loyaux services, il est temps de s’envoler vers de nouveaux horizons pour certains joueurs comme Zabaleta, Sagna, Clichy, Caballero, ou encore Navas (proposition de contrat refusée par ce dernier) qui arrivent au bout de cette aventure, et qui partent libres. D’autres comme Fernando, Nasri, Nolito, Kolarov, Iheanacho, Bony plient bagage contre une indemnité de transfert plus ou moins importante, afin de renflouer quelque peu les caisses déjà bien garnies des SkyBlues.

Le dégraissage de leur effectif effectué, il est temps de passer aux choses sérieuses, et de se focaliser sur les arrivées enregistrées. Chaque année, tous les regards sont tournés vers le mercato de ManCity. Celui de cette année, ne fait pas exception et semble d’une bien meilleure facture que certains réalisés par le passé. La priorité des dirigeants, étant, bien entendu, de se renforcer défensivement. Annoncé comme grand favori pour rafler la mise Dani Alves, l’ancien protégé de Pep, City se fait devancer dans les tous derniers instants par le Paris Saint Germain, offrant de biens meilleurs émoluments à ce dernier. Dès lors, ils sont obligés de se rabattre sur une précédente cible, et s’attachent les services de Kyle Walker en provenance de Tottenham. Danilo et Benjamin Mendy signent coup sur coup pour le club Cityzen. Coutumier du fait, City fait de Mendy, à nouveau, le transfert le plus onéreux pour un défenseur (57 millions). Le montant évoqué pour Danilo ne manque pas de faire débat, à savoir 30 millions d’euros pour un très probable remplaçant… L’ancien Marseillais, était quant à lui la priorité défensive de Pep, qui avait été impressionné lors de la double confrontation face à Monaco en Ligue des Champions. Malgré des prix toujours plus astronomiques, difficile de nier, que ces transferts représentent une énorme plus-value sportive pour City dans un secteur de jeu jugé en deçà.

Entre-temps, ils s’offrirent Ederson Moraes l’ancien portier du Benfica Lisbonne, contre une indemnité de 40 millions, ce qui fait de lui le deuxième gardien le plus cher de l’histoire (tiens donc).Un véritable coup de maître réalisé par les dirigeants en obtenant les services d’un jeune et talentueux gardien, dont la tâche n’est pas franchement des plus compliquées, à savoir faire bien mieux que Claudio Bravo, auteur d’une piètre saison.

L’arrivée de 3 latéraux au profil offensif et d’un jeune gardien en vogue permettent de renforcer une défense apathique lors des précédents exercices. Cependant, malgré des contacts avec Virgil Van Djik, défenseur central très convoité dans tout le Royaume, aucune arrivée supplémentaire n’est à noter pour l’arrière garde centrale, ce qui peut paraitre surprenant, quand on connait les blessures à répétition de Vincent Kompany, les performances en dents de scie d’Otamendi, et une première saison en demi-teinte de John Stones, capable du pire comme du meilleur.

Muni d’une puissance offensive sans équivalent en Angleterre, City foncent néanmoins sur le prodige Portugais Bernardo Silva, auteur d’une sublime saison à Monaco. On note également l’arrivée d’un jeune Brésilien Douglaz Luiz, assez méconnu du grand public, aussitôt arrivé, aussitôt prêté du côté de Girona, club affilié à City.

Ayant dépensé la bagatelle de 240 millions d’euros,  Pep « Cashiola », est attendu au tournant.

Une nouvelle saison sans trophée serait très mal acceptée par les fans et la direction des Citizens qui lui accordent une confiance sans faille.
Disposant d’un effectif pléthorique à disposition, Pep possède de nombreuses cordes à son arc, et peut clairement envisager de jouer avec des systèmes différents selon l’adversité.

Source : http://startingeleven.co.uk/

Compte-tenu des récentes arrivées, des nombreux départs, et l’effectif déjà en place, Manchester City, s’affirme comme la tête d’affiche du championnat anglais, et comme l’un des favoris à la succession du Real Madrid en Ligue des Champions. Comme le disait si bien Pep, le chemin risque d’être encore très long, pour observer un retour en force des cadors anglais, comeback qui pourrait survenir dans 3-4 ans dans la meilleure des configurations.
Outre son effectif de grande qualité, Manchester City est doté d’un centre de formation très performant, et nul doute que Pep Guardiola garde un œil sur d’éventuelles pépites pouvant intégrer à terme un effectif abondant qualitativement et quantitativement. Le dernier en date se nomme Phil Foden, qui fut rayonnant lors des matchs de préparation, et qui en impressionna plus d’un. Il ne fut pas le seul à faire parler de lui, puisque Brahim Diaz, a lui aussi effectué des débuts tonitruants lors de la phase de préparation. De jeunes talents qui seront amenés à avoir du temps de jeu dans les mois à venir, que ce soit avec leur club formateur, ou en prêt afin de s’aguerrir et revenir plus fort du côté de l’Etihad Stadium. Cependant comment ne pas évoquer, un terrible échec pour les Citizens avec le départ de Jadon Sancho vers Dortmund, qui réalise ici une potentielle affaire en or. Ce joueur est considéré comme un des plus gros cracks de sa génération, et son départ n’était clairement pas prévu du côté de l’Etihad Campus.

Les prémices d’une nouvelle ère ?

Pour conclure, l’avenir s’annonce radieux pour les hommes de Pep, un club qui se donne les moyens de ses ambitions, et aspire à mieux, à savoir devenir un cador européen indiscutable. Le changement de galaxie ne se fait pas en un jour, et un combat de longue haleine les attend, pour enfin atteindre la destinée dont ils rêvent. Dans un premier temps, leur mission sera de reconquérir une bonne fois pour toute la couronne d’Outre-Manche, et ça Pep ne le sait que trop bien.

Sur la scène européenne, Pep Guardiola et ses hommes sont devant un défi immense : ramener une première Ligue des Champions à City. Un professeur qui semble être sur la même longueur d’ondes que son club, après 6 ans de disette en Ligue des Champions.

L’argent ne cesse de croître dans le sport, le foot suit inéluctablement ce chemin vertigineux, une voie qui n’augure rien de bon. Cependant, grâce à cet afflux d’argent dans le foot, renverser des montagnes jugées inaccessibles devient plus qu’une simple utopie, et du jour au lendemain, certains peuvent changer de dimension, et dès lors se mettre à rêver plus grand.

 

Photo Graham Hunt / ProSportsImages / DPPI

Sinon, c'est si cool que ça d’être champions ?