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House Of Corse, la passionnante histoire du foot insulaire : épisode 1

Ce second opus nous emmène dans les années 1960 et 1970. Ah, les sixties et les seventies. Leurs exubérances mêlées à leurs pulsions libertaires. De Woodstock aux costumes de David Bowie, de mai 68 à l’arrivée de Reagan et Thatcher, de la libéralisation des mœurs à celle du marché mondial, un seul mot résonne dans toutes les bouches lors de cette bi-décennie : liberté. Cette liberté, les Corses aussi mèneront leurs combats pour l’acquérir. Et dans cette quête, cette époque se révélera être un véritable tournant, avec l’apparition des mouvements radicaux indépendantistes, qui coïncideront avec l’apogée du Sporting Club de Bastia sur la scène européenne. Retour sur cette période qui changea la Corse et immortalisa son football.

Des premières ruptures…

Tout d’abord, commençons cette rétrospection par un petit point historique. Après la seconde Guerre Mondiale, la Corse se retrouve dans une impasse. L’île de beauté est confrontée à une crise économique et démographique. Les années 1950-1960 sont marquées par un fort chômage, une forte pauvreté ainsi que par un exode vers la métropole de plus en plus important. En 1957, l’Etat met en place un Plan d’action régional, censé restructurer la Corse économiquement et territorialement parlant. Un plan censé l’aider à guérir en quelque sorte. Censé, oui. Car au vue des propos constituant ce plan, ce dernier est le parfait antonyme de l’assistance et de l’aide. Ce Plan d’action régional juge les Corses comme coupables de la situation calamiteuse de l’île. Les arguments avancés sont les suivants : « l’individualisme insulaire » est trop important, tout comme les « absences d’initiatives insulaires ». Le plan désigne « l’introduction d’exploitants et de salariés étrangers à l’île » comme seul remède. L’ambiance est bonne. Ces salariés étrangers ne seront autres que les Pieds Noirs, les Français exilés d’Algérie après l’indépendance de cette dernière.

A la fin de la Guerre d’Algérie, en 1962, on estime à environ 15000 le nombre de Pieds Noirs a être arrivés en Corse. Parmi eux, de nombreux vignerons ayant perdu leurs terres. Nouvel endroit, nouvelle culture, nouvelles terres, l’Etat décide alors d’aider ces derniers par le biais de subventions qui leur permettront d’acquérir des terres. Depuis leur retour d’Algérie, treize ans plus tôt, le gouvernement français a facilité l’installation de plusieurs d’entre eux, en leur déléguant notamment plus de 75 % du domaine viticole d’Aléria, en 1975. Retenez ce lieu, et retenez cette date. Face à cela, les Corses se sentent impuissants et trahis. C’est à partir de là, au début des années 1970, que le mouvement autonomiste corse voit le jour, en se nourrissant de ce sentiment de trahison. Ce n’est pas la première fois que les insulaires se sentent trahis et oubliés. Souvenez-vous de notre première partie et de 1959, avec le refus des instances de football nationales d’introduire les équipes corses aux championnats nationaux. Ce victimisme va d’ailleurs réapparaître dans le football, en 1972.

Bastia se déplace à Lens pour y jouer une demi-finale retour de Coupe de France. L’avant match et le match en lui-même se dérouleront dans une ambiance des plus folkloriques. A la lensoise quoi. L’hôtel où séjournent les bleu et blanc est pris d’assaut ; klaxons, pétards, tambours perturberont la nuit des Corses, contraints de changer d’hôtel en pleine nuit. Le match, lui, se déroule dans une atmosphère anti-bastiaise. Huées et insultes à chaque action, jets de pétards à répétition sur le gardien corse, banderoles racistes ou provocantes (« Allo Napoléon, ici Waterloo » par exemple) et jets de farine et d’eau berceront le match des joueurs et des supporters bastiais. Gervais Martel, président du RC Lens, se souvient parfaitement de ce match, comme il l’a raconté à la Voix du Nord, en 2014 :

« La pelouse de Bollaert, c’était un vrai volcan. J’ai l’impression qu’elle a fumé pendant tout le match. Il y avait des pétards partout. Pour l’anecdote, le chauffeur du maire avait amené une fausse mallette de soins remplie de fumigènes et autres engins explosifs. Pantelic (le gardien corse) devait sauter pour éviter d’être brûlé ! »

Pantelic, à quelques mètres de la marée lensoise. Malgré une présence policière, son match sera un enfer. Source : https://www.corsefootball.fr/

 

Néanmoins, malgré ce contexte délétère, le Sporting accède à la finale de la Coupe de France. Une première dans l’histoire du football corse. A leur retour de Lens, les dirigeants bastiais ainsi que les dirigeants politiques de la ville réagiront via un compte-rendu relayé par l’Equipe « pour alerter le gouvernement sur ce racisme déguisé dont sont actuellement victimes les footballeurs corses en déplacement sur le continent ». La passivité des instances nationales face à ces différents événements fait ressortir ce sentiment discriminatoire. La finale de la Coupe de France, face à l’OM, devient donc une occasion parfaite pour les Corses de se faire entendre sur ces évènements, et les mouvements autonomistes de l’époque vont parfaitement savoir en tirer profit, en la transformant en véritable vitrine politique et idéologique.

« C’est à partir de ce moment-là que le victimisme va, peu à peu, devenir un élément de mise en accusation de la France, c’est-à-dire exactement le contraire de ce qu’il était à l’origine. », nous explique l’historien Didier Rey.

Cette finale devient alors le parfait moyen de se faire entendre et de répondre à ce racisme anti-corse. Le magazine régional de l’époque, Kyrn, écrira d’ailleurs : « Quoi que l’on dise et quoi que l’on fasse, nul n’empêchera de penser que, le 4 juin, le véritable match ne sera pas SCB-OM, mais Corse-France. »¹ . Cette rencontre, finalement perdue 2 buts à 1 par le Sporting, est considérée comme charnière dans l’émergence politique du mouvement autonomiste et nationaliste. Le Parc des Princes, ce 4 juin 1972, fut le théâtre de la naissance symbolique du peuple corse, de par les milliers de drapeaux corses présent ce soir-là dans l’enceinte parisienne. Un transfert de légitimité venait de s’opérer symboliquement ce soir-là, par la présence de cette masse de drapeaux corses au détriment de l’emblème national. Le Sporting n’est alors plus le petit club de football supporté par sa communauté urbaine. Non, le SCB devient le porte-drapeau d’une région, d’une idéologie et d’une scission. Une scission qui se confirmera quelques années plus tard, de manière beaucoup plus dramatique, hors d’un terrain de foot.

… Aux premières violences

21 août 1975. Cette date est considérée comme l’aboutissement des différentes discriminations subies par les Corses et apparaît comme charnière pour le mouvement nationaliste. Elle marque la radicalisation du mouvement autonomiste insulaire. Ce 21 août, une vingtaine de membres de l’Action Régionaliste Corse pénètrent dans l’une caves du domaine viticole d’Aléria, armés de fusils mitrailleurs. Les revendications de cette prise d’otage sont simples : dénoncer les escroqueries dans le domaine viticole et les conditions d’installation des rapatriés d’Afrique du Nord au détriment de jeunes agriculteurs corses. Ces évènements causeront le décès de deux CRS. Ce 22 août (l’assaut se déroulant 24H après), pour la première fois en France en temps de paix depuis 150 ans, les forces de l’ordre sont l’objet de tirs, en France, en Corse. De par la forte médiatisation que connait cette affaire, de nombreux jeunes corses rejoignent la cause et décident de se rendre devant la ferme, pour acclamer et soutenir leurs nouveaux héros et bloquer la police en leur barrant la route. Les jours qui suivent sont chaotiques, notamment à Bastia, où la ville est prise en otage du fait des affrontements entre militants et forces de l’ordre.

Malheureusement cet évènement n’est pas qu’un simple repère historique pour vous aider à comprendre l’évolution de la question de l’indépendance de la Corse. Non, non, cet évènement a un lien indirect avec le football et le fera, lui aussi, tomber dans la violence.

SC Bastia-OGC Nice, 8ème de finale retour de Coupe de France. On est le 10 avril 1976, deux semaines après le match aller qui s’était soldé sur le score de 2 buts partout. Ce 10 avril 1976, les supporters bastiais se souviennent parfaitement de ce match aller, pendant lequel les Niçois avaient enchaîné les tacles assassins, avec la complicité d’un arbitre au laxisme déconcertant. Le match s’était conclu par une bagarre générale, avant une déclaration qui allait encore plus remuer le couteau dans la plaie, celle du capitaine niçois, Jean-Noël Huck : « Nous avons raqué les Corses avant d’aller chez eux parce qu’on sait qu’on va être matraqué là-bas ».

Le capitaine azuréen avait vu juste, le match retour et les jours suivants allaient franchir un point de non-retour. Ce 10 avril 1976, nous sommes en pleine période de procès Simeoni, leader indépendantiste corse, à l’origine du commando d’Aléria un an plus tôt. Cette rencontre ne peut guère plus mal tomber. Ce match commence en dehors du stade de Furiani, à quelques mètres des vestiaires. Le chauffeur du bus niçois se refuse à accompagner l’équipe jusque devant la tribune est, celle recouvrant les vestiaires d’Armand Cesari, du fait des nombreux supporters qui attendent de pied ferme les joueurs de l’OGCN. Ces derniers devront finir le chemin à pied tout en esquivant la pluie de projectiles qui les attend au pied de cette tribune. Malheureusement pour les Niçois, le cauchemar ne fait que débuter. Lors de l’échauffement, la violence monte encore d’un cran. Les niçois se retrouvent désormais à esquiver les bombes agricoles, les pétards et autres projectiles, qui tombent les uns après les autres sur la pelouse de Furiani. Deux joueurs niçois seront touchés, Douis et Katalinski. Traumatisés, excédés, dépassés par la tournure tragique que prend cette rencontre, ces deux derniers refusent de refaire leur apparition sur la pelouse. Le match commence à 9 contre 11, et se termine sur le score de 4-0. Anecdotique, puisque le résultat final n’est pas homologué, de par les incidents, et se retrouvent reporté sur terrain neutre.

DOUIS et KATALINSKY regardent le match de la fenêtre des vestiaires sous la tribune PETRIGNANI
Douis et Katalinsky contraints, de peur, de regarder le match par la fenêtre des vestiaires. Source : https://www.corsefootball.fr/

 

Les jours qui suivent sont un véritable calvaire pour les joueurs niçois. Entraînements sous surveillance policière, alertes à la bombes, attentat. Oui, attentat. Propriétaire, avec son épouse, d’un magasin de vêtements, Jean-Noël Huck voit son commerce se faire dynamiter. Cette attaque dépasse évidemment le stade du foot, et la politique s’en mêle. Le maire de Nice en personne ordonne au club azuréen de déclarer forfait, ce qu’e fera ce dernier, laissant ainsi Bastia se qualifier. Un tel niveau de violence n’avait jamais été atteint. La plaie était trop grosse pour se refermer. Indéniablement, ce 10 avril, quelque chose de différent venait de se déclencher. Ce 10 avril 1976 laissait pressentir quelque chose de négatif. Quelques jours plus tard, le Front de Libération National Corse verra le jour. Une naissance ponctuée par une vingtaine d’explosions un peu partout en méditerranée, visant des quartiers de Nice et Marseille, ainsi que l’île de beauté. Cette nuit bleue annonçait de façon spectaculaire la création du FLNC et laissait préméditer les futurs vagues d’attentats qu’allez connaitre la Corse cette même année. Oui, ce 10 avril 1976, le terrorisme nationaliste entrait en scène. Cette bombe visant Jean-Noël Huck l’annonçait, c’était le lever de rideau des attentats, et le football en était l’une de ses premières victimes.

BARATELLI au milieu des pétards et autres fusées
Le gardien niçois encerclés de pétards, de fusées, et d’autres projectiles. Source : https://www.corsefootball.fr/

1978 : Les grands Bleus.

Cependant, réduire le football corse des années 1970 à un instrument politique et à un nid de violences est une grossière erreur. Cette décennie verra le club bastiais marquer de son emprunte le football corse, et le football français. En cette année 1978, après avoir fini à la troisième place du dernier exercice national, le Sporting allait tutoyer les sommets continentaux.

Un an avant cette date désormais historique pour Bastia, l’équipe dirigée par Pierre Cahuzac, ancien coach du Gazélec, finissait à la dernière marche du podium en première division. Cette troisième position lui permettait donc de jouer la Coupe UEFA (l’ex Europa League) pour la saison 1977-1978. Alors emmenée par des joueurs de classe mondiale comme Johny Rep, finaliste de la dernière coupe du monde avec les Pays-Bas, et des jeunes talents issus du terroir, comme Claude Papi et Charles Orlanducci, ou du territoire comme François Felix, pour ne citer qu’eux, le Sporting s’apprête à écrire la plus belle page de son histoire.

Au premier tour, les Corses sont gâtés et affrontent le Sporting de Lisbonne. La première joute se déroule à Furiani. Le stade déborde, bouillonne et explose à la 85ème lorsque Felix, en plus d’inscrire son troisième but personnel, inscrit le troisième but bastiais et permet au Sporting de s’imposer 3-2. Quinze jours après ce match aller, le match retour se déroule devant 60 000 personnes. Aux oubliettes le chaudron et le scénario épique de Furiani. Ce match retour surpassera le match aller dans tous les domaines. Les Portugais, poussés par les 60000 lisboètes présents dans l’Estadio José Alvalade, ouvrent le score à la 72 minute. A ce moment de la rencontre, les vert et blanc sont évidemment qualifiés. Mais c’était sans compter sur la fameuse force de caractère corse. Rep et Felix marquent successivement à la 86ème et 90ème minutes et envoient le SCB en 1/16ème de finale, pour sa première expérience européenne.

Vingt jours après ce match qui joua avec le cœur des supporters bastiais, les nouveaux héros de ces derniers accueillaient Newcastle à Furiani. On est à la 89ème minute, lorsque Claude Papi pousse grand nombre de supporters corses à se renseigner sur ce qu’est un pacemaker. Alors que le score est de 1-1, ce dernier délivre Furiani à la toute fin du temps réglementaire. Avec seulement un but d’avance, le retour dans le mythique St-James Park s’annonce plus que compliqué.  C’est sans compter sur l’armada offensive bastiaise. Les Corses s’imposent 1-3, avec notamment un doublé de Johny Rep. Ce 2 novembre 1977, Bastia devient le premier club français à s’imposer en Angleterre. Historique.

1/8ème de finale. Le tirage au sort continue de gâter les insulaires. Le grand Torino de Paolo Pulici se déplace à Furiani et s’incline 2-1. Plus rien n’arrête les bastiais, même la neige. Le 6 décembre 1977 se joue le second match de ce 3ème tour de coupe UEFA. Couvert de neige et pris d’assaut par plus de 10000 bastiais, le Stadio Olimpico di Torino est le théâtre d’une nouvelle victoire corse. Menés 2-1, les Bastiais s’imposent finalement 2-3 grâce à un doublé de l’attaquant marocain Merry Krimau. Ce troisième but, qui arrive à la 65 ème minute conforte la place bastiaise en ¼ de finale. Les exploits retentissants deviennent une habitude pour les Lions de Furiani. La Corse rugit de bonheur devant ces exploits, et ce n’est que le début.

Krimau célébrant son but face à la tribune occupée par les 15 000 supporters Corses lors du match Torino - Bastia.
Source : http://www.spiritu-turchinu.com/

 

Le mois de mars s’ouvre par un feu d’artifice footballistique pour les supporters bastiais. Furiani accueille le Carl Zeiss Jena qui avait fini troisième de la DDR Oberliga, la plus haute division de l’ancienne RDA. Cette équipe quasiment inconnue, comme un peu tout ce qui provenait de l’Allemagne de l’Est à cette époque, restera néanmoins dans les mémoires bastiaises, du fait du résultat final de ce match aller. Le Sporting leur dicte une véritable leçon de football et le match se conclut sur un spectaculaire 7-2. Le match retour verra le Sporting tomber pour la première fois. Défaite 4-2. Anecdotique, le Sporting est qualifié en demi-finale de la C3.

Pour la première fois depuis le début de la compétition, les bleu et blanc se déplacent pour le match aller. A Zurich, plus précisément, pour y affronter les Grasshophers. Ce match aller voit les Suisses s’imposer 3-2 et force le Sporting à marquer et à s’imposer au match retour. Ce fameux but tarde à venir. Les 13000 supports présents à Furiani l’attendent impatiemment. Les Suisses souffrent, les assauts offensifs défilent sur le but des Cigales. Mais le temps, lui aussi, défile. Les efforts bastiais vont finalement payer. Comme un symbole, c’est le Corse de naissance, Claude Papi, qui marquera ce fameux but. On est la 68ème minute lorsque le natif de Porto-Vecchio délivre toute une île grâce à une frappe limpide du pied droit. Les vingt dernières minutes sont épuisantes, angoissantes, pour les supporters bastiais, avant la délivrance. Après les coups de sifflet de l’arbitre, la pelouse est envahie, le Sporting vient de gagner sa place en finale de C3. Il devient le premier club insulaire, et le reste d’ailleurs, à atteindre une finale sur l’échelle continentale.

Le tirage au sort désigne Bastia et Furiani comme hôte du match aller face au PSV Eindhoven. Malheureusement, rien ne se passera comme prévu. Le chaudron bastiais se transforme en enfer météorologique. Pluie, grêle, orage, vent, foudre, cette finale aller se déroule dans une ambiance apocalyptique. Le terrain est impraticable, mais l’UEFA ne peut reporter ce match, la coupe du monde arrivant quelques semaines plus tard. Les deux équipes essaieront, en vain, de pratiquer leurs arts de la meilleure des façons. Impossible. La pelouse catastrophique brouillonne le match qui se finit sur un triste 0-0. Le match retour, à Eindhoven, sera une formalité pour les néerlandais. Dépassés dans le jeu, à la ramasse physiquement (les bastiais ayant joué 3 matchs de championnat la semaine précédant le match), les corses s’inclinent 3-0.

L'état du terrain de Furiani avant la finale aller face au PSV Heindhoven.
L’état catastrophique de la pelouse de Furiani lors de ce match aller. Source : http://www.spiritu-turchinu.com/

 

La fin d’un rêve, d’une épopée, qui aura révélé à la France entière et à l’Europe bien plus qu’un simple club de football. Tête de maure sur le torse, cette équipe était prête à y laisser sa vie. A travers son parcours, ses exploits, sa passion, son abnégation, cette équipe est devenu le porte-drapeau d’une île, d’un peuple. En se plaçant en haut de l’affiche continentale en pleine période de revendications indépendantistes, le Sporting venait de s’inscrire dans le cœur de tous les Corses. Ce club venait de faire découvrir à l’Europe entière une ville, une île, un emblème, un combat.

« Les heures de gloire du Sporting sont aussi celles de ses démêlés avec les instances nationales le tout correspondant aux années de remise en cause du développement économique « autoritaire » de la Corse voulue par l’Etat, entrainant des profondes mutations souvent mal vécues qui conduisent au drame d’Aléria et à la création du premier FLNC. Par conséquent, le SCB joue à la fois le role de phénomène de compensation par ses exploits sportifs et ses stars corses ( Papi, Orlanducci etc.) et internationales ( Dzajic, Rep etc.) mais également parce qu’il devient un élément de prise de conscience politique nationaliste pour de nombreuses personnes à l’époque. » nous résume parfaitement Didier Rey.

Le Sporting représente ce mythe d’une Corse forte, d’une Corse qui gagne malgré les bâtons qu’on lui met dans les roues et d’une Corse qui peut gagner sans la France. Le Bastia a, certes, perdu une finale, mais a gagné ailleurs. Le peuple corse est majoritairement acquis à sa cause, en témoigne la célébration de la coupe de France 1981. Cette année-là, les bleu et blanc s’emparent de la vieille dame en venant à bout du Saint-Etienne de Michel Platini. C’est à l’heure actuelle la seule coupe de France remporté par un club insulaire. A leurs retours de Paris, les bastiais sont attendus comme des héros, tout comme le trophée, qui fera le tour de l’ile.
Vous l’aurez parfaitement compris, cette époque marque un véritable tournant sportif et politique pour le Sporting. En plus de découvrir les mouvements nationalistes de l’île, et les violences qui les accompagnent, l’Europe et la France voient émerger au même moment le SCB. Le Sporting devient alors le porte-drapeau et le bastion de cette mouvance. Du moins, il le devient officieusement. Avant de vêtir un costume de porte-drapeau un peu plus officiel quelques années plus tard…

A suivre…

¹ : Kyrn, no 5, avril/mai 1970.

Merci à Didier Rey, Docteur en histoire et maître de conférences à l’Université de Corse. Il est également l’auteur de plusieurs autres ouvrages: « Football en Méditerranée Occidentale de 1900 à 1975 » ( éditions Alain Piazzola), « Sports et Société en Corse des années 1860 à 1945 et des années 1945 à nos jours » (éditions Albiana).

Sources photos : https://www.corsefootball.fr et http://www.spiritu-turchinu.com/

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